Le syndicat agricole, qui a tenu son assemblée générale à Alby-sur-Chéran, voit ses effectifs augmenter significativement.

Il est encore loin d’être le syndicat agricole majoritaire en Pays de Savoie, mais le nombre de ses adhérents progresse d’année en année, atteignant aujourd’hui 70 personnes. La Coordination rurale des Savoie, qui tenait récemment son assemblée générale, se félicite d’autant plus de cette progression qu’elle va à contre-courant de la tendance générale en cours dans les autres organismes de défense du monde agricole. « Un quart de nos nouveaux adhérents viennent chez nous pour se faire défendre« , explique Gilles Châtelain, président.

Se faire défendre pour obtenir des terres, par exemple, la Coordination rurale étant représentée au sein de la Safer (société d’aménagement foncier et d’établissement rural) : « On sait quand des terres se louent et se vendent et on fait passer l’information en essayant d’être les plus objectifs possibles. On défend tous les agriculteurs, pas seulement nos adhérents ».

Miss France agricole, Noémie Collet, éleveuse de chèvres à Saint-Jean d’Aulps, était présente à l’assemblée générale, même si elle revendique sa non-appartenance à quelque syndicat que cela soit. Crédit photo : CR74

D’une façon plus globale, elle défend l’idée de prix rémunérateurs à la place de la Politique agricole commune « à bout de souffle« . Gilles Châtelain explique : « Le syndicat majoritaire dans nos départements dit qu’on a de la chance car nous avons des produits à haute valeur ajoutée. La vérité, c’est qu’il y a quand même des zones qui souffrent beaucoup, comme celles des avant-pays et de très haute montagne (sauf la zone beaufort)« . Les secteurs du Mont-Blanc, de Samoëns, de Megevette ou d’Onnion sont certes en zone reblochon mais « n’ont pas de gros volumes, exploitent en partie les alpage et sont confrontés au loup qui engendre du stress en plus« . En plaine, dans les zones basses du périmètre IGP (indication géographique protégée), l’équation est encore plus inquiétante : « On fait de gros volumes avec de moins en moins de monde, détaille-t-il. Les fermes sont de plus en plus robotisées et les jeunes ne veulent plus les reprendre car c’est trop de travail par rapport au salaire qu’ils peuvent obtenir en faisant moins d’heures en Suisse ou même en travaillant dans l’Albanais ou le Genevois« . Le problème du logement s’ajoute au phénomène, sans même parler du prix du lait.

En la matière, Gilles Châtelain dénonce les pratiques mises en oeuvre par le groupe Lactalis. « On était à 33 centimes du litre il y a 30 ans, on est à 45 centimes aujourd’hui alors qu’on devrait être à 1,45 euro ! » Et prévient : « Des producteurs cherchent à partir des Fermiers savoyards… » Ils ne devraient pas avoir trop de mal à vendre leur lait ailleurs.

La Coordination rurale a par ailleurs attaqué le décret créant des zones de non-traitement entre les propriétés des tiers et les espaces agricoles. « C’est non et c’est sans compromis, tonne le président, les agriculteurs sont formés pour utiliser les produits phytosanitaires ! » Elle met aussi en garde les organisations agricoles et les députés sur les projets de méthanisation en cours dans les Savoie. Selon elle, ces implantations, réalisées par des sociétés privées, pourraient rapidement venir compliquer le travail des éleveurs du cru en les privant de bonnes surfaces fourragères. « Ces entreprises prônent en effet l’incorporation de cultures alimentaires (maïs, sorgo par exemple), pour doper le rendement méthanogène. Or, ces cultures seront faites sur de belles parcelles alors qu’on est déjà obligés d’acheter du foin à l’extérieur de nos départements. » Un problème qui ne ferait qu’accentuer la raréfaction du « bon foncier », déjà bien mis à mal par l’urbanisation.