La révolution textile de Tremplin

par | 24 Nov 2022

L’association burgienne d’insertion se lance dans un projet visant à ne plus exporter le moindre déchet d’habillement collecté localement et à trouver des solutions de réemploi, recyclage et traitement à 360 km à la ronde.

« Des milliers de tonnes de déchets textiles sont envoyées à l’étranger, chaque année, avec un impact environnemental et social important. Cela s’inscrit en contradiction directe avec l’action de Tremplin, qui veille à ce que chacun ait un toit et un emploi », a expliqué Agnès Bureau, présidente de Tremplin, à l’heure de lancer, jeudi 17 novembre à Bourg-en-Bresse, Textile 360. Un projet qui vise à traiter l’ensemble des textiles collectés localement par l’association d’insertion (1 150 t par an) et à leur trouver des débouchés dans un rayon de 360 km, chiffre symbolique, évocateur de l’économie circulaire. « Agir à notre niveau nous a paru possible, économiquement viable et revigorant », a encore souligné la présidente. « Retraiter les textiles ici, c’est créer de la richesse, soutenir l’emploi et des savoir-faire industriels. »

Sur le marché de l’habillement en 2021, en France, il s’est vendu 2,8 milliards de pièces, soit un volume de 715 000 t de textiles. Sur cette masse, un tiers seulement finit en points d’apport volontaire. Sur les deux tiers restant, l’essentiel (de l’ordre de 70 %) dort dans les armoires, une petite partie intègre les circuits de revente entre particuliers et sinon, termine dans les ordures ménagères où les tissus ne manquent pas de poser quelques problèmes. L’usine de méthanisation Ovade, près de Bourg-en-Bresse, doit ainsi subir régulièrement des arrêts techniques, pour évacuer de ses malaxeurs, des torons de textiles qui peuvent peser jusqu’à 1 t.

Et sur les tissus collectés en points d’apport volontaires ou directement auprès des entreprises, 80 % sont exportés, 40 % vers l’Afrique, 60 % vers le reste du monde. « On est capable d’expédier des chiffons à l’étranger, pour les réimporter plus tard », se désole Martial Do, directeur de Tremplin, qui souhaite inscrire l’association dans « une stratégie de rupture », arguant que « ces 80 % peuvent représenter une valeur et non des coûts sociaux et environnementaux », comme aujourd’hui. Les marges de progression sont énormes, y compris sur la partie qui n’est pas exportée. Celle-ci ne serait en effet, selon le directeur, seulement réemployée qu’à 10 % (40 % pour Tremplin, lire ci-dessous). « Nous sommes bien organisés pour la collecte. L’enjeu, c’est de développer le tri », abonde Agnès Bureau.

Textile 360 est mis en œuvre sur le territoire de Grand Bourg, en partenariat avec des industriels et des artisans de la filière du recyclage et de la valorisation, ainsi qu’avec la communauté d’agglomération. La soirée de lancement a d’ailleurs été l’occasion pour cette dernière de signer une charte d’engagement avec l’association. « Grand Bourg Agglomération est heureuse, fière et enthousiaste de pouvoir accompagner ce projet », a commenté son président, Jean-François Debat. « C’est un projet ouvert que l’on espère reconductible ailleurs », a ajouté Agnès Bureau qui promet un premier bilan dans un an. Un comité de pilotage va en effet suivre son évolution, en vue d’éventuels ajustements.


Des enjeux industriels

Collecter et trier les textiles, c’est bien. Reste à leur trouver des débouchés.

Table ronde industriels Textile 360

« Le projet que vous nous proposez marque votre volonté de réduire le périmètre du cycle de vie de produits qui, aujourd’hui, parcourent 5 000 km en moyenne. Votre objectif de trouver différents partenaires dans un rayon de 360 km constitue une distance raisonnable. Mais arriver ne serait-ce qu’à 500 km représenterait déjà un pas énorme », a relevé le président de Grand Bourg Agglomération au moment de signer la charte d’engagement liant la collectivité à l’association Tremplin, autour de Textile 360. « Personne ne parle de 50 km. Ce n’est pas possible, à ce jour », a-t-il encore pointé. Car l’ambition de n’exporter aucun déchet d’habillement, mais de trouver des solutions de réemploi, recyclage et traitement à proximité, se heurte à plusieurs enjeux industriels.

Panneaux composites, cartonnages, assises de chaises et de bancs, briques utilisées en mobilier ou en isolation… Selon Virginie Belle, doctorante invitée à la soirée de lancement, le regard change sur le déchet textile qui devient une richesse, même si le phénomène reste encore marginal. « Le textile est comme une mine, il demande beaucoup d’extractions pour en arriver à une matière », a témoigné Jean-Michel Duivon, directeur général de Mapéa, un industriel ligérien. « Aussi, son recyclage est un sujet que l’on ne peut traiter qu’en filière. En plasturgie, on sait utiliser des textiles, mais je ne sais ni les collecter, ni les trier. La substitution de matière a un bel avenir, mais demande que nous ayons accès à des gisements sécurisés, à prix maîtrisé. »

Des solutions existent cependant. Becher Al Awa, dirigeant d’Ain Fibre, à Oyonnax, a exposé ses méthodes d’extrusion filage en continu et les avantages qu’elles présentent sur d’autres techniques de recyclage des polyesters. Une matière pratiquement réutilisable à l’infini, selon lui. Quant à Stan Muraczewski, directeur industriel de la société Revival (Le Touquet), il s’est fait une spécialité du recyclage des chaussures, notamment à travers un procédé de dévulcanisation du caoutchouc qui permet de retrouver les mêmes propriétés mécaniques pour produire de nouvelles semelles.


715 000

En 2021, en France, il s’est vendu 2,8 milliards de pièces textiles, ce qui représente un poids de 715 000 t.

80 %

Sur l’ensemble des textiles usagés collectés en France, 80 % sont exportés.


Le parcours du tissu chez Tremplin

Une fois qu’ils ont été placés dans une borne de tri ou récupérés auprès d’une entreprise partenaire, les textiles collectés par Tremplin (1 150 t par an) font l’objet d’un tri primaire. Les pièces susceptibles d’être revendues en magasin de seconde main sont séparées des tissus à recycler. Elles font ensuite l’objet d’un deuxième tri, par qualité et par genre. Certaines sont revendues directement dans les trois boutiques Frip’One de l’association (deux à Bourg-en-Bresse, une à Ambérieu-en-Bugey). Mais, une partie des tissus passent d’abord par un atelier de création, pour une phase d’upcycling. « Nos boutiques sont un vrai succès. Nous enregistrons 70 000 passages en caisse par an », note Séverine Giovannelli, cheffe du service textile de Tremplin. Un service qui emploie 110 personnes, essentiellement dans le cadre de parcours de professionnalisation.


Sébastien Jacquart

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