La santé des dirigeants en péril

par | 4 Mar 2021

L’observatoire Amarok a communiqué les résultats d’une nouvelle étude portant notamment sur le risque de burn-out des entrepreneurs.

Depuis le début de la crise sani­taire, l’observatoire Amarok et le Labex Entreprendre de l’univer­sité de Montpellier ont réalisé deux enquêtes nationales sur le suivi de l’entrepreneuriat français. Olivier Torrès, président fondateur de l’observatoire, a dévoilé les résultats de l’enquête le ven­dredi 26 février lors d’un webinaire. « La santé du dirigeant est le premier capital immatériel d’une PME. Dans un grand groupe, ça n’a pas vraiment d’impact, en 48 heures, il peut être remplacé. Mais dans une PME, la réalité est tout autre. »

Explosion des burn-out ?

L’enquête analyse entre autres le risque de burn-out des dirigeants. Avec la crise, celui-ci a augmenté drastiquement. Si en mars 2019, il n’était que de 17,5 %, il est désormais de 36,77 %. « Les don­nées ont doublé. Mais pire encore, si en 2019, le risque de burn-out sévère était de 1,75 %, il s’élevait en février à 10,41 % et il continue à augmenter », s’alarme Olivier Torrès. En parallèle, la forme même de cette fatigue évolue. « Pour la première fois, nous constatons un sen­timent chez les chefs d’entreprise d’im­puissance élevé additionné à la sensation d’être coincé. Nous découvrons finale­ment un syndrome d’empêchement. Cette population a une tendance à être hype­ractive à l’ordinaire et à posséder une forte internalité, un sentiment de maî­triser son destin. Ainsi, les dirigeants se sentent englués dans une incapacité à agir et à prévoir. » Toutes les données évolueraient d’ailleurs selon l’âge, les jeunes seraient plus sensibles à l’épui­sement professionnel que les anciens. La perspective d’un dépôt de bilan impacterait également plus leur santé que l’idée d’attraper une forme grave de la maladie.

Exit la vigilance entrepreneuriale

« Un de mes collègues, Karim Messeghem, me disait un jour que l’entrepreneuriat est la science de l’opportunité. Un ou une chef.fe d’entreprise est avant tout une personne qui s’informe. Et effecti­vement, pour basculer dans l’entrepre­neuriat, il faut être capable de passer de l’information à l’idée », explique-t-il. Selon lui, le propre d’un chef d’entre­prise est d’avoir des idées. Mais ce n’est pas suffisant, il faut une troisième étape, décisive, la capacité à passer de l’idée à l’opportunité et à évaluer l’avan­tage stratégique pour l’entreprise, mais aussi les coûts et les bénéfices. « La crise a eu un double effet. Il y a eu une dis­torsion de la vigilance entrepreneuriale. Actuellement, les chefs d’entreprise passent beaucoup plus de temps à s’in­former. Mais la phase d’opportunité, celle ou on lance le processus, s’est affaissée. Nous avons testé cette montée d’impuis­sance, complètement anormale pour un chef d’entreprise, et avons trouvé une corrélation entre ce sentiment et la vigi­lance entrepreneuriale. Plus le sentiment d’impuissance est fort, plus la recherche d’information est conséquente. Mais en parallèle, cela a un effet régressif sur la phase d’évaluation des opportunités. »

Or, la relance n’est pas un processus qui peut s’effectuer seulement avec de l’argent, il faut des femmes et des hommes capables de transformer les subsides en projets, de créer de l’inno­vation, de la croissance et de l’emploi.

Pour lutter contre ce risque de burn-out des chefs d’entreprise, l’observatoire Amarok a mis en place un questionnaire permettant d’évaluer leur état de santé physique et mental. Les services de santé au travail d’Occitanie se sont déjà équipés de l’outil pour faire face à cet aspect de la crise. Le professeur Olivier Torrès espère pouvoir le diffuser large­ment, pour enfin passer de la main tendue à la main saisie.


Échantillon

L’enquête, réalisée en ligne du 11 janvier au 2 février, est composée de 1 065 répondants dont 41,87 % de femmes. L’effectif salarié moyen des entreprises interrogées est de 7,28.


Par Joséphine Jossermoz

Une Eco de l'AinCet article est paru dans le magazine ECO de l’Ain du 4 mars 2021. Pour retrouver l’intégralité des articles de notre hebdomadaire, mais aussi nos suppléments et hors-séries, c’est ICI et ICI.

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