La santé mentale au cœur des entreprises

par | 10 juillet 2024

Le club « Les entreprises s’engagent » de Haute-Savoie proposait vendredi dernier une conférence sur la santé mentale. Un sujet tabou, mais prégnant.

Les problèmes de santé mentale constituent le premier motif d’arrêt de travail longue durée. Et depuis la crise du covid, la médecine du travail constate une augmentation significative du nombre de dossiers liés aux risques psycho-sociaux. « C’est vrai quelle que soit la taille de l’entreprise », confirme Christophe Coriou, délégué général du Medef 74 qui accueillait vendredi dernier une conférence du Club Les entreprises s’engagent sur le thème de la santé mentale.

Une conférence qui a d’ailleurs connu un certain succès puisque 90 personnes étaient inscrites. Responsables des ressources humaines, médecins du travail, assistantes sociales, dirigeants… avaient fait le déplacement pour s’informer sur un sujet qui demeure tabou et face auquel les entreprises ne savent pas toujours comment agir, surtout lorsqu’une situation de crise se présente.

« Le sujet est complexe, d’autant qu’il existe beaucoup de pathologies différentes », expliquait Amaury Pascaud, producteur du film documentaire Soyons fous qui traite de ce thème et dont des extraits étaient projetés. Dépression, bipolarité, troubles anxieux, addictions, troubles du comportement alimentaire, schizophrénie, épuisement professionnel, burnout, agoraphobie, troubles de l’humeur… la liste est longue comme une « journée sans ».

« Quand on a trop de moments dans notre vie qui vont moins bien, on parle de trouble psychique », résumait Noël, atteint de bipolarité, ex-toxicomane devenu pair-aidant pour briser le silence.

Etienne Bourgeois faisant part de l’expérience du groupe Somfy. Copyright : Medef 74

L’Organisation mondiale de la santé donne quant à elle la définition suivante : « La santé mentale est un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, d’apprendre, de travailler, et de contribuer à la vie de la communauté ».

En France, une personne sur cinq est touchée chaque année par un trouble psychique, soit 15 millions d’hommes et de femmes. 64 % des Français déclarent avoir déjà ressenti un tel trouble. Plus inquiétant encore, 73% des Français pensent que cacher sa maladie est crucial pour conserver son emploi. Mais 60% des salariés sont plus motivés par un employeur attentif à leur santé mentale et physique.

Cette dernière donnée commence à faire son chemin dans certaines entreprises. Etienne Bourgeois, responsable engagement sociétal au sein du groupe Somfy – entreprise leader du club Les entreprises s’engagent en Haute-Savoie – faisait part de la démarche menée en interne.

« Nous sommes convaincus que pour avoir des équipes performantes, il faut qu’elles intègrent des profils divers et variés : des personnes handicapées, d’autres sortant de prison, des accidentés de la vie… car la diversité crée des liens tellement forts qu’elle soude les équipes. »

Des actions se sont progressivement mises en place : « Nous avons accueilli des personnes handicapées en stage, ce qui a généré un effet de bienveillance, détaille le responsable. L’an dernier, nos managers ont suivi une formation pour mieux prendre en compte les situations de handicap. Une immersion en réalité virtuelle leur a notamment permis de prendre conscience que beaucoup de leurs collaborateurs étaient peut-être en état de stress psychique. »

A écouter les prises de parole dans la salle, la réalité semble bien différente sur le terrain. « Le chef d’entreprise conçoit peut-être la bienveillance, mais il a ses objectifs à tenir et ne veut pas en sortir, commentait un médecin généraliste. Un mi-temps pour burnout est souvent difficile à faire admettre ! »

Un responsable ressources humaines s’étonnait quant à lui du fait que la formation de sauveteur secouriste en santé mentale (SSSM) ne soit pas obligatoire. Un médecin du travail dressait un sombre tableau : « Je récupère tout ce qui touche à la santé mentale dans les grosses entreprises, disait-elle. Et je me heurte au problème de pénurie de psychiatres. Les structures sont débordées… Je m’inquiète pour les petits employeurs. Si l’un d’entre eux a un employé qui va mal, ce n’est pas lui qui pourra être thérapeute ! La situation est tellement dégradée que le Samu envoie parfois ces personnes sur SOS amitié car ils ne peuvent plus les aiguiller vers l’hôpital. » « On est assez seuls pour gérer nos problèmes », concluait la DRH d’une association.

Pour en savoir plus sur la santé mentale, rendez-vous sur www.psycom.org

Les intervenants de la conférence. Copyright : Medef74

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bourse : tout voir >

PUBLIEZ VOTRE ANNONCE LÉGALE EN LIGNE

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

Catastrophes naturelles : la Savoie enregistre 2,4 fois plus de reconnaissances que la Haute-Savoie sur la période 1982-2024.

ABONNEZ-VOUS

10.90€ / mois
Paiement CB sécurisé
Déblocage immédiat
Tous les contenus premium
Résiliable à tout moment

À lire également :

Clotilde Fournier, Isabelle Chanel, Violette Martel et les deux formats du guide.

Logement : un guide à destination des élus de l’Ain

Dans le sillage des municipales, l’Adil vient d’éditer un document embrassant largement les enjeux de l’habitat, pour permettre aux collectivités d’élaborer leur stratégie en la matière. C’est un document en quatre volets, avec pour chacun d’eux, une mise en exergue...

Guy Martin © Carole Muet

Ain : Guy Martin, « La Banque de France reste un point d’ancrage »

À la tête de la Banque de France de l'Ain depuis novembre 2025, Guy Martin évoque son parcours, ses missions et sa vision du territoire. Il entend inscrire son action comme un point de repère pour les acteurs locaux. Interview. Vous dirigez la Banque de France de...

Les coprésidents du Collectif des entreprises de la Plaine de l’Ain, Florian Arot et Mounir El Mahi. © Carole Muet

Le Collectif des entreprises de la Plaine de l’Ain fait entendre sa voix

La deuxième estivale du CEPA lui a permis d’affirmer sa volonté de fédérer les forces économiques locales et de peser dans les grands enjeux à venir. « On ne pensait pas réunir autant de monde un vendredi soir », lançait Mounir El Mahi, l’un des coprésidents du...

La centrale Astrée Solar vue du ciel. © SM Pipa

Ain : les énergies renouvelables, enjeu de stabilité

La multiplication des projets de centrales photovoltaïques ne doit pas seulement à des obligations réglementaires ou une volonté de décarboner, mais aussi au besoin de garantir une partie de son énergie à un tarif maîtrisé. Si Eddy Vanmarisse, président d’Astrée...

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire (chaque lundi à 7H00)

Linkedin

Suivez-nous sur nos pages Linkedin dédiées à l'économie de vos territoires

Abonnement

Restez informé.e en vous abonnant à nos publications économiques

Annonce légale

Devis instantané, publication et attestation sans délai, paiement CB sécurisé