Le plan de transformation des Esat, qui entrera en vigueur en janvier 2022, vise à sécuriser le parcours professionnel et le pouvoir d’agir des personnes en situation de handicap.
« Les personnes en situation de handicap des établissements et services d’aide par le travail (Esat) vont pouvoir bénéficier de parcours professionnels plus fluides et pourront notamment évoluer plus facilement en entreprise ordinaire », annonçait, le 9 juillet, Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées. Une modernisation en profondeur, saluée par l’ensemble des organisations professionnelles nationales qui ont pris part à la concertation lancée début 2021 pour faire évoluer ces 1 500 structures médico-sociales où travaillent, en France, 120 000 personnes en situation de handicap.
Faire sauter les verrous
Ce plan, qui comporte 17 engagements déclinés en 31 mesures, entrera en vigueur le 1 er janvier 2022, après avoir été reporté en raison de la crise sanitaire. S’il vise principalement à renforcer les parcours professionnels et les droits des travailleurs handicapés, certaines résolutions s’avèrent majeures. À commencer par le droit aux allers-retours, qui offre la possibilité à ce public de travailler librement en milieu dit ordinaire et de retrouver, en cas de rupture de contrat, une place en Esat. « À mon sens, cette mesure est la plus transformatrice et positive de ce plan », assure Yves Fayolle, directeur de la filière travail d’Aller plus haut, regroupement de trois associations dont les Esat du Faucigny et Le Mont Joly employant 220 ouvriers. Voilà vingt ans que ce spécialiste en redressement d’entreprise se bat pour que ce sujet existe. Reste, selon lui, à créer un service d’accompagnement au sein même des entreprises, pour garantir l’intégration dans la durée : « Une vraie problématique. Et qui va financer ? » Un avis partagé par son confrère savoyard, Laurent Creteur : « Cette population, pour l’essentiel des personnes en déficience intellectuelle, est très éloignée de l’emploi et pas toujours stabilisée. » À la tête du pôle travail de l’Apei de Chambéry (Esat du Nivolet, 237 équivalents temps plein, 12 activités), il précise : « De plus, lorsqu’on les interroge sur leurs attentes dans le cadre du projet personnalisé, 90 % disent ne pas vouloir quitter l’Esat seul pour aller en entreprise. » Autre point, le droit aux congés exceptionnels et à l’accès à la formation. De la sorte, les personnes en situation de handicap, qui n’ont pas le statut de salarié, bénéficieront des mêmes droits que ceux d’un contrat de travail classique et de la complémentaire santé. « L’État officialise ce qui est déjà en place dans la plupart des Esat, mais cela facilitera la mise en œuvre dans les plus petits établissements », reconnaît Laurent Creteur.
Une enveloppe de 15 millions
Enfin, s’agissant des établissements, le gouvernement a débloqué 15 millions d’euros au titre du plan France Relance pour moderniser leur équipement et favoriser la diversification des activités en recourant à des experts. « Ce budget va surtout bénéficier aux petites structures et à celles n’ayant pas fait beaucoup d’efforts plutôt qu’aux Esat innovants qui devront, eux, s’autofinancer », pressent Yves Fayolle, qui pointe des disparités de fonctionnement. « Pour y remédier, des regroupements permettraient d’avancer et d’innover davantage », suggère-t-il. Le professionnel va plus loin encore en prônant l’indépendance des Esat pour qu’ils deviennent des entreprises à part entière : « Il faut sortir du modèle de gestion associatif si l’on veut se développer. » Les deux Esat et le centre de formation qu’il dirige en Haute-Savoie totalisent cinq métiers, depuis la gestion de cafétérias jusqu’à la blanchisserie industrielle, en passant par la fabrication d’emballages en carton et plastique… « Je crois en la valeur de travail que véhiculent les personnes handicapées », conclut-il.

Par Patricia Rey








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