Les Acteurs de la construction Savoie Léman, la FPI Alpes et le Medef s’appuient sur une étude réalisée par un cabinet indépendant pour dénoncer les incohérences du futur plan local d’urbanisme intercommunal de l’agglomération annécienne.
Après sept années de réflexion, le plan local d’urbanisme intercommunal habitat, mobilités, biodiversités (PLUI-HMB) de Grand Annecy entre en phase d’enquête publique. Menée du 19 mai au 27 juin, cette dernière étape devrait conduire à son approbation en décembre 2025. Ce document de planification se substituera alors à 29 plans locaux d’urbanisme (PLU) communaux et au PLU intercommunal d’Alby, en vigueur actuellement. « Pour la plupart des élus, ce projet qui représente un coût de plusieurs millions n’est pas totalement abouti. Mais la pression est telle qu’il sera très probablement voté en l’état, avec des dérogations à venir », analyse Tony Pessey, élu minoritaire à Annecy, en reconnaissant être « personnellement contre mais avoir voté pour ».
Expertise indépendante
Jean-Luc Raunicher, le président du Medef Haute-Savoie, ne conteste pas l’ensemble du PLUI-HMB mais ses orientations à Annecy. « Les besoins en logements sont vitaux sur notre territoire. Si nous ne pouvons loger les salariés indispensables au fonctionnement de la vie économique, la Haute-Savoie va se transformer en maison de retraite à ciel ouvert », affirme-t-il.
Aux côtés des Acteurs de la construction Savoie Léman (ACSL) et de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) Alpes, le Medef Haute-Savoie a demandé une expertise indépendante au cabinet d’urbanisme Villes vivantes pour évaluer l’impact de ce futur PLUI-HMB.
Des données obsolètes
L’étude réalisée remet en cause le diagnostic démographique sur lequel s’appuie Grand Annecy. Les statistiques Insee utilisées sont anciennes (2012-2017) alors que les chiffres 2015-2021 sont disponibles. Elles minorent la dynamique démographique et la baisse continue de la taille des ménages.
Alors que le plan d’aménagement et de développement durable (PADD) a pour objectif d’accueillir 1 600 habitants de plus par an, le PLUI-HMB prévoit la construction annuelle de 1 400 logements. Mais, selon les travaux de Villes Vivantes, entre 735 et 975 logements pourraient au maximum être construits chaque année du fait, notamment, des hauteurs autorisées, plus basses que 78 % de l’existant dans le secteur central d’Annecy.
En portant la part des logements abordables de 30 % à 66 % selon les secteurs, le futur PLUI-HMB freinerait également la sortie de terre des nouveaux programmes. « Construire en hauteur est le seul moyen de gagner en productivité et de parvenir à l’équilibre économique des opérations », estime Vincent Davy, le président de la FPI Alpes.
Un report sur les territoires voisins
Olivier Aubert, le président d’ACSL, pointe les contradictions avec d’autres documents d’urbanisme comme le schéma de cohérence territoriale et le plan d’aménagement et de développement durable. « À l’inverse du “zéro artificialisation nette” visant une densité optimisée et stratégique, le futur PLUI-HMB reviendrait à reporter l’urbanisation au-delà de l’agglomération, ce qui augmenterait les temps de trajet et l’artificialisation des sols », argumente-t-il.
L’Union sociale de l’habitat (USH) 74, qui fédère les bailleurs sociaux, monte également au créneau pour dénoncer le déclassement de terrains achetés en vue d’étoffer le parc locatif social et qui deviendraient inconstructibles. « Les mètres carrés constructibles autorisés dans ce projet sont réduits par rapport à ce que la loi autorise. La crise du logement qui nous attend sera bien plus grave qu’en 2025 », prévient Nicolas Gauteur, son président.
Sophie Boutrelle
Photo (crédit Sophie Boutrelle) : Olivier Aubert (ACSL), Jean-Luc Raunicher
(Medef) et Vincent Davy (FPI Alpes)
(de g. à d.) estiment que le futur plan
d’urbanisme ne prévoit pas assez de logements.








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