Le président du parlement européen visite le chantier du Lyon – Turin

par | 9 août 2018 à 20H37

Antonio Tajani, président du parlement européen est venu visiter le chantier du Lyon-Turin mercredi 8 août 2018. L’occasion de constater l’avancée des travaux, mais pas que…

 

Antonio Tajani, président du parlement européen, a visité, mercredi 8 août, le chantier de la section transfrontalière du Lyon-Turin (le futur tunnel de base et ses accès proches). L’occasion de constater que les travaux avancent : côté Saint-Martin-la-Porte (Maurienne; Savoie), la galerie de reconnaissance approche les 9 kilomètres : la première partie constitue une simple galerie technique (pour les réseaux, les accès…) mais la seconde correspond au futur tube du tunnel de base.

Le président est descendu jusqu’au tunnelier, un engin de 170 m de long qui creuse et équipe les parois. Il a même assisté à la pose de quelques voussoirs (éléments de voute en béton).

 

Opération communication

Le tout sous l’œil d’une nuée de journalistes, principalement italiens. De quoi donner à cette visite des airs d’opération médiatique et politique. Le président est certes venu rappeler le soutien de l’Europe au projet : l’UE finance 40% de la partie transfrontalière (l’Italie 35% et la France 25%), dont le coût est estimé à 8,3 milliards d’euros (valeur 2012). Mais il a en aussi profité pour pour mettre la pression sur le gouvernement italien qui a fait part, en mai dans son programme officiel, de son intention de « rediscuter entièrement » le projet Lyon-Turin.

Pour le président du parlement européen ce serait « une bêtise » voire même « une folie » au regard des sommes déjà investies et des travaux réalisés mais aussi des conséquences en matière économiques (pénalités potentielles, liaisons transfrontalières moins performantes…) et environnementales (moins de camions transférés sur le train pour passer les Alpes).

Un point de vue martelé avec d’autant plus de conviction qu’Antonio Tajani est un proche historique de Berlusconi et co-fondateur de Forza Italia, parti battu aux dernières élections par le Mouvement 5 étoiles et la Lega, qui conduisent le nouveau gouvernement.

 

Une forêt de micros, d’appareils photos et de caméras pour immortaliser le discours pro Lyon-Turin d’Antonio Tajani, prononcé à l’intérieur même du chantier de creusement du futur tunnel de base. Photo: Eric Renevier.

 

Attente du côté français

Si cette visite a été suivie de près côté italien (présence de nombreux médias et grands élus), côté français c’était plutôt profil bas : pas de cadors politiques, peu de médias autres que régionaux.

Si le soutien d’une grande majorité des élus locaux et régionaux (Verts, FN et certains élus de la gauche radicale exceptés) est toujours de mise – il a même été rappelé dans un récent courrier adressé par 82 élus à Emmanuel Macron.

Du côté de Paris (Matignon et Elysée), c’est moins net. La position du gouvernement sur le financement des accès à la section transfrontalière devrait être connue à l’automne : en février, le rapport du Comité d’orientation des infrastructures (dit rapport « Duron II ») avait préconisé de repousser la réalisation de ces accès après 2038, rappelant que la ligne actuelle est loin d’être saturée.

Quant à la position du gouvernement et du Président de la République sur la partie centrale du projet (la section transfrontalière) elle semble se résumer à un soutien de principe doublé d’attentiste.

 

Pose d’un voussoir (élément de voute en béton) dans ce qui doit être à terme le tube du futur tunnel de base, long de près de 53 km. Photo : Eric Renevier.

Paris comprend les « interrogations légitimes » de Rome

D’un côté, pas question de remettre en cause un projet basé sur un traité international déjà ratifié. De l’autre, en ces temps d’économies tous azimuts, pas d’empressement pour forcer la réalisation d’un ouvrage très onéreux. L’analyse politique de Paris sur le projet (est-il vraiment nécessaire ? est-il vraiment nécessaire maintenant ? le ratio coût-bénéfice est il bon ? la ligne actuelle peut-elle suffire et si oui combien de temps ?…) demeure illisible. Et pourrait bien s’effacer derrière une analyse purement économique (est-ce qu’on en a les moyens maintenant ?).

On finit par se demander si un coup de frein italien ne serait pas vu d’un bon œil sur les bords de la Seine. Lors d’un déplacement à Rome le 1er août, le ministre français de l’Economie, Bruno le Maire, a d’ailleurs – et c’est nouveau –  dit comprendre « les interrogations légitimes » du gouvernement italien face au Lyon-Turin. Et assuré son homologue que le gouvernement français allait se montrer « patient » (sic) en attendant la position définitive du conseil des ministres transalpin sur le dossier.

Cette position, le premier ministre Giuseppe Conte, le 8 août, l’a promise « tra un po’ ». Ce qui peut se traduire par « bientôt », « prochainement » ou « dans un moment ». Le temps, a t-il expliqué, de terminer l’analyse coût-bénéfice en cours. Et en se gardant bien de donner la moindre date.

Dans les entrailles du tunnelier, un impressionnant engin de 170 mètres de long qui creuse le tube du futur tunnel de base et assure en même temps la pose des voussoirs (éléments de voute en béton). Photo : Eric Renevier.

 

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