L’eau : une ressource vitale mais dégradée

par | 2 Nov 2023

Pour approcher au plus près de la problématique de la ressource, le syndicat Reyssouze et Affluents a invité l’hydrologue Charlène Descollonges à prendre la parole.

La vie sans eau est impossible. Pourtant, c’est une ressource largement maltraitée. « Dans le cycle de l’eau, nous ne nous représentons pas nos impacts. L’appropriation humaine représente 24 000 milliards de mètres cubes. Cela équivaut à la moitié des débits qui s’écoulent des terres aux océans. Tout est relié à l’eau. Mais, nous avons oublié à quel point nous dépendons d’elle », déclare Charlène Descollonges. L’ingénieure hydrologue était invitée par le syndicat Reyssouze et Affluents, pour donner une conférence sur le dérèglement du cycle de l’eau, le 24 octobre au conservatoire de Bourg-en-Bresse.

Dans la salle, le public, attentif, est invité à participer directement à l’événement. « Savez-vous quelle est la quantité d’eau douce accessible sur terre ? » Les spectateurs peuvent choisir entre 1, 3 ou 10 %. Connaisseurs, la plupart répondent 1 %. En effet, seule 2,5 % de l’eau présente sur la planète est douce. Sur cette quantité, 77 % se trouvent sous la forme de glaciers, 22 % sont inaccessibles car emprisonnés trop profondément en sous-sol.

Demeure un seul petit pourcent, dont l’humain peut se servir. Les questions se corsent. « Combien de litres d’eau faut-il pour produire un kilo de bœuf ? » Les réponses pleuvent, comme des enchères : 500, 1 000, 3 000, 10 000 ? La salle se tait. « Il faut 15 000 litres d’eau pour produire un kilo de bœuf en élevage intensif. Plus une alimentation est carnée, plus elle est consommatrice d’eau », précise l’hydrologue.

En 120 ans, l’usage de l’eau a été multiplié par huit, quand la population a été multipliée par 4,7. En France, elle est d’abord destinée à refroidir les différentes centrales.

Actuellement, en France, 70 % des nappes ne sont pas à un niveau normal.

Écosystèmes

« Nous avons besoin d’eau pour produire notre électricité. Cela représente 50 % de la consommation d’eau. Nous utilisons, au total, 5 milliards de mètres cubes par an. L’empreinte d’eau quotidienne d’un Français est de 4 900 litres d’eau, soit l’équivalent de 25 baignoires. »

Une mesure bien loin des 148 litres d’eau annoncés habituellement, mais peut-être bien plus juste. Elle prend en compte, en effet, l’utilisation de la ressource dans ses moindres détails, notamment la quantité d’eau nécessaire à la production de vêtements, de logements ou encore de nourriture de façon globale.

Si en France, nous sommes plutôt bien lotis, de 1997 à 2020 une baisse de 14 % de la ressource est constatée. Si le sous-bassin de la Saône n’a pas trop évolué, une évaporation plus conséquente est constatée. Une tendance qui se retrouve malheureusement à de nombreux endroits.

« On voit des régions entières s’assécher en raison de cette évaporation plus conséquente. Par rapport à l’ère préindustrielle, nous sommes à +1 degré. Et la vapeur d’eau intervient à 40 % dans ce phénomène », explique l’hydrologue qui compare l’effet de cette vapeur d’eau à celui d’une cocotte-minute. Ainsi, plus l’eau s’évapore, plus le système se réchauffe. Et plus il se réchauffe, plus l’eau s’évapore.

Réaction en chaîne

Autour de cette ressource, tout un écosystème est formé. Les zones humides regroupent des tourbières, des mares, des forêts alluviales, des marais, des prairies humides et bien plus encore. Tous ces lieux abritent de la vie et régulent les crues.

« Ce sont des éponges qui modèrent la quantité d’eau. Ces secteurs sont des réservoirs de biodiversité, des puits de carbone. Ils sont très fragiles et peuvent accélérer le changement climatique s’ils sont abîmés », commente-t-elle, en précisant que 40 % des zones humides en tête de bassin ont disparu au cours des 50 dernières années. Pour les plaines alluviales, ce chiffre s’élève à 65 %.

Plus localement, la Reyssouze est un territoire très riche en hydrosystèmes et en zones humides avec une histoire particulière. Une vraie chance. Toutefois, Charlène Descollonges le rappelle : « ce que l’on fait ici aura un impact sur le Rhône, jusqu’à la mer Méditerranée ». D’ailleurs, entre la sortie du lac Léman et Avignon, le fleuve se réchauffe de deux degrés, dont la moitié est imputable aux centrales en circuit ouvert.

« Entre la fonte accélérée des glaciers et la baisse de l’enneigement, nous allons non seulement au-devant de problèmes de quantité, mais également de thermie. Ces sujets sont inclus dans les réflexions d’EDF, de l’État, de la CNR (Compagnie nationale du Rhône), mais ne sont pas encore la priorité. Les centrales nucléaires n’auraient pas dû continuer à fonctionner au cours des étés 2022 et 2023, mais ont obtenu des dérogations. Si sur le court terme, ces rejets plus chauds jusqu’à 4 °C ne semblent pas avoir d’impact sur le milieu aquatique, nous ne savons pas s’ils sont dangereux à long terme. »

Agir

Ces problèmes ne sont toutefois pas sans solution. Dans l’Ain, l’usage principal est celui de l’eau potable. « La priorité va être de satisfaire cette demande, notamment en temps de sécheresse, avec des épisodes de plus en plus longs et intenses, comme nous l’avons vu en 2022 et 2023. »

Les écogestes, même s’ils sont importants, ne sont pas le plus gros levier pour réaliser des économies d’eau. « Ils ne permettent pas de compenser les dizaines de milliers de mètres cubes perdus par le biais des réseaux d’eau en mauvais état. Certains réseaux d’assainissements, très vieux, sont susceptibles, pour leur part, d’aspirer l’eau d’une rivière ou d’une nappe à proximité. »

Pour Charlène Descollonges, les collectivités disposent d’un pouvoir d’action énorme. Mais pour être efficaces, elles doivent être prêtes à mutualiser leurs moyens et à avoir une gestion cohérente de la ressource. « Leurs réseaux doivent être renouvelés. Il faut également retrouver une qualité d’eau potable. Pour ce faire, elles ont la possibilité d’engager les agriculteurs à protéger les aires de captage. »

En parallèle, la renaturation des cours d’eau, la désimperméabilisation des sols et le ralentissement de l’aménagement des territoires favorisent les infiltrations dans le sol et ainsi, la recharge les aquifères. « Les collectivités peuvent aussi gérer la politique de tarification de l’eau. Elles ont toutes les cartes en mains », insiste-t-elle.

Les entreprises disposent, quant à elles, de leviers pour communiquer auprès des citoyens sur un usage plus raisonné de l’eau et bien sûr, pour réduire le plus possible leur propre consommation et leur impact : récupérer l’eau de pluie en toiture, débitumer leur parking et leurs surfaces imperméables et revégétaliser pour permettre les infiltrations dans le sol. « Notre cycle de l’eau a été dégradé, mais nous pouvons le réparer », conclut-elle.

Cœur de Reyssouze

L’application Cœur de Reyssouze est un observatoire participatif du paysage. « Nous avons disséminé 25 bornes bleues, depuis la source de la Reyssouze, à Journans, jusqu’à Pont-de-Vaux, où elle se jette dans la Saône. L’objectif est que le public puisse nous envoyer des photos de ces endroits-là et réponde à un petit questionnaire. Cela nous permet de savoir comment chaque lieu est perçu, s’il est agréable, sécurisé, utile. Par la suite, nous pouvons comparer ces avis sensibles à notre avis technique, explique Émilie Audoux, chargée de projet eau et participation citoyenne, au syndicat Reyssouze et Affluents. En cas de travaux, cela devient un véritable outil d’aide à la décision de nos élus. » Pour le syndicat, il est important que le public prenne part à la vie de la rivière. Aussi, il organise d’ailleurs des réunions d’information, les 4 et 5 décembre, pour inciter les citoyens à intégrer des groupes pour se former aux enjeux de l’eau et à faire des propositions concrètes sur le sujet.

3 : Sur les quatre dernières années, trois se trouvent sur le podium des sécheresses les plus aiguës de la période 1983-2022.


Joséphine Jossermoz

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