Les entreprises en Savoie Mont-Blanc sont confrontées à un faible taux de chômage qui freine leur croissance. La fatalité se conjure au sein des groupements d’employeurs…
En Pays de Savoie, les Geiq (groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification) s’organisent pour contrer la pénurie de recrues qualifiées. « En 2023, les besoins en recrutement restent très importants, malgré les incertitudes et la conjoncture. Ils sont plus importants que l’année dernière et la tendance va encore se durcir.
Elle est liée au taux de chômage, très faible sur nos territoires : 5,2 % en Savoie et 5,4 % en Haute-Savoie », explique Frédéric Bochet, directeur des GEIQ Industrie Savoie et Interpro Savoie – Haute-Savoie.
Un public très éloigné de l’emploi
Les Geiq Industrie et Interpro accompagnent environ 80 équivalents temps plein (ETP) par an. Une trentaine d’entreprises des deux départements sont membres des conseils d’administration : « Les Geiq se créent lorsqu’il y a des problématiques de métiers en tension », rappelle Frédéric Bochet. Sous statut associatif, les Geiq s’adaptent aux nouveaux profils qui passent leurs portes.
« Il y a quelques années, notre public nécessitait peu d’accompagnement. Aujourd’hui, nous devons passer plus de temps avec les candidats pour lever des freins sociaux, débloquer des situations personnelles complexes, avant de leur permettre d’accéder à l’emploi. Nous réglons les problèmes de logement, nous finançons le permis de conduire, en plus de les orienter vers des formations et d’en assurer le suivi. »
La bascule s’est ressentie à partir de 2019, date à laquelle le chômage a fortement régressé dans les départements savoyards. La conséquence pour les Geiq : il faut aller chercher les candidats les plus éloignés du marché de l’emploi. « Notre cœur de public, aujourd’hui, ce sont vraiment des personnes en grande difficulté. Quasiment 90 % de nos candidats sont reconnus prioritaires, comme les migrants, les personnes sous protection internationale, les jeunes sans qualification, les seniors, les travailleurs handicapés et les habitants des quartiers prioritaires », observe Frédéric Bochet.
L’année 2022 a donné lieu à une nouvelle gageure : l’intégration et l’embauche d’un demandeur d’emploi sourd et muet, Jérémy Toucher. C’est une grande première, comme le soulignait Frédéric Bochet, lors de la cérémonie de remise des diplômes qui s’est tenue à Chambéry, le 19 janvier dernier : « C’est un parcours atypique pour nous. Nous avons voulu mettre l’accent sur cette réussite parce qu’elle a mobilisé de nombreuses personnes pour permettre à Jérémy Toucher de réussir sa formation et d’être embauché ensuite. Il a passé un diplôme d’équipier autonome de production industrielle. Il va conduire des équipements chez Schneider Electric, où il a été en alternance avant de signer un CDI. »
Pour 2023, les Geiq 73 et 74 vont continuer d’innover en développant un projet de sécurisation des emplois saisonniers. « Nous allons embaucher en CDI des personnes travaillant dans les stations, pour les mettres à disposition des entreprises industrielles hors saison », indique Frédéric Bochet. Un premier contrat a été signé en 2022 : « En 2023, nous espérons atteindre 20 ETP. Avec la réforme de l’assurance chômage, nous savons que les saisonniers seront très impactés. »
1,6 M€ de budget
Les GEIQ Industrie et Interpro sont des structures associatives loi 1901, dont les budgets s’élèvent respectivement à 1M€ et 600 000 euros, portés par deux salariés. Ils sont intégrés au sein d’une holding, Iris Rhône-Alpes. Un nouveau GEIQ, le GEIQ numérique des Alpes (dirigé par Carine Martin) est né en 2022 pour répondre à la pénurie des professionnels du digital.








0 commentaires