Un audit inédit montre que nombre de stationnements et aménagements cyclables prévus pour inciter les habitants du Genevois à délaisser la voiture individuelle peinent à sortir de terre.
Pas moins de 145 projets d’infrastructures figurent sur les documents de planification des cantons de Genève et de Vaud, ainsi que du Genevois français, pour accompagner la mise en service, en décembre 2019, du Léman Express (LEx), le premier RER transfrontalier franco-suisse. Ils représentent un investissement de 1,14 milliard de francs suisses (CHF) – soit 1,21 milliard d’euros –, absorbés pour une moitié par des aménagements de rabattement sur des modes de transport doux. Suivent les projets concernant l’utilisation et le développement des transports en commun complémentaires (35 %) et le stationnement (essentiellement les parcs relais).
Cet état des lieux est issu de l’audit conjoint mené par les trois institutions supérieures de contrôle (ISC) territorialement concernées (voir encadré). Il montre que 74 % de l’enveloppe d’investissement, soit 852 millions de CHF (899 M€), concerne des projets en retard ou abandonnés. Par rapport à la planification initiale, le report moyen s’établit à trois ans et demi, avec des pointes à dix ans pour le parking relais à la gare de Coppet ou la voie verte entre la gare des Eaux-Vives et l’hôpital cantonal.
Comme les calendriers, les estimations financières ont dérapé avec une hausse des coûts de 30 % en Suisse (pour 38 opérations) et 6 % en France (18 aménagements).
Des voies d’amélioration
Pour remédier à ces dysfonctionnements, les trois ISC recommandent de mieux préparer les projets au niveau réglementaire, technique, foncier, financier, et d’en renforcer le suivi. « Il a fallu parfois trois ou quatre allers-retours pour savoir qui en était le maître d’ouvrage », observent-elles.
Le rapport conclut aussi à la nécessité d’harmoniser la tarification des parkings relais, les différences actuelles conduisant les automobilistes à opter pour les moins chers ou les gratuits.
Côté français, enfin, la coordination serait plus facile si la mobilité relevait d’une seule autorité organisatrice, comme le Pôle métropolitain du Genevois qui rassemble les huit intercommunalités du Genevois français. De l’eau au moulin de son président, Christian Dupessey, qui salue ce rapport collant aux réalités du terrain. « C’est comme si je lisais ma feuille de route », dit-il.
L’enjeu est de faire face aux enjeux de la mobilité transfrontalière sur un territoire en fort développement, tout en respectant les Accords de Paris. Signés en 2015 par différents pays parmi lesquels la France et la Suisse, ils visent à réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.
Une démarche inédite sur le Grand Genève
En auditant de manière concertée les projets d’infrastructures accompagnant la réalisation du Léman Express (LEx), la chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes, la cour des comptes de la république et canton de Genève et la cour des comptes du canton de Vaud signent une première.
Les trois institutions supérieures de contrôle (ISC) compétentes sur le Grand Genève ont envoyé un questionnaire identique aux maîtres d’ouvrage français, genevois et vaudois pour recenser l’état de mise en œuvre des aménagements, leurs éventuels retards, redimensionnements et surcoûts.
Elles se sont aussi jointes à une enquête réalisée en 2022 par l’EPFL afin de collecter des informations sur les pratiques de mobilité et les attentes des habitants, qu’ils soient usagers ou non du LEx. On apprend que 60 % des frontaliers français utilisent majoritairement les transports individuels motorisés (Tim) pour aller travailler. Les usagers exclusifs des Tim résidant dans le canton de Vaud sont 37 %, 32 % dans le canton de Genève.
Sophie Boutrelle
crédit photo : Nicolas Rodet









0 commentaires