Liberté d’expression

par | 16 avril 2015 à 7H00

Pour l’extrême droite, la liberté d’expression, c’est un cheval de Troie. Elle consiste exclusivement à réclamer de pouvoir cracher son fiel, sans risquer de se voir assigner en justice pour incitation à la haine raciale. Mais lui attribuer un quelconque crédit sur le sujet, ce serait oublier un peu vite qu’elle fut adepte des autodafés de livres, par le passé.

Pour le reste de la classe politique, cela consiste essentiellement à ne laisser s’exprimer que des idées molles et consensuelles, sous peine, au mieux, de les voir tous pousser des cris d’orfraies sur le mode «un discours qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire», ou «une atteinte intolérable aux valeurs de notre République», au pire, de tomber sous le coup des lois antiracistes ou contre l’apologie du terrorisme. Sur ce dernier motif, L’Obs référençait, le 20 janvier, à peine quelques jours après les attentats de Charlie et de l’Hyper Cacher, une vingtaine de condamnations et une demi-douzaine d’affaires en attente de jugement.

Dernièrement, cinq sites internet relayant de la propagande islamiste ont été censurés. Et le projet de loi «relatif au renseignement», examiné par le Parlement depuis le 13 avril, promet de rendre ce genre d’opérations plus facilement réalisables (sous ce prétexte ou sous un autre, pourquoi se limiter à l’islamisme ?), directement par la voie administrative, sans passer par la case justice. On a bien fait d’être 4 millions à défiler le 11 janvier, non ? Vous avez le sentiment d’avoir été entendus ? Moi, pas. Je crois au contraire que la liberté d’expression devrait être totale. Cela éviterait, déjà, que les porteurs des idées les plus nauséabondes puissent se présenter en victimes du système, faire passer leur discours pour «cool» et rebelle.

Heureusement, à côté de tous ces gens pour qui cette question n’est qu’un prétexte, il existe de vrais défenseurs de la liberté d’expression, comme l’animateur Frédéric Taddéï. L’artiste underground Tristan-Edern Vaquette fait également partie de ceux-là. Et depuis la première heure, pas depuis quelques semaines parce que c’est la mode. D’ailleurs, il vient de se fendre d’un pamphlet d’une centaine de pages, intitulé «Je ne suis pas Charlie, je suis Vaquette», pour dénoncer la récupération des attentats de Charlie et essayer d’analyser les raisons profondes à la fois de ces événements et de la mobilisation qui a suivi. Des raisons finalement très éloignées du droit à exprimer librement ses idées.

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