Face à l’allongement de la durée de vie en entreprise

Face à l’allongement de la durée de vie en entreprise

Le taux d’emploi des seniors augmente depuis 10 ans. Et il est peu probable que la réforme des retraites en cours inverse la tendance. Une situation qui demande un management spécifique.

C’est un hasard du calendrier. L’événement avait été programmé bien avant l’appel à la grève. En pleine mobilisation contre la réforme des retraites, jeudi 5 décembre, le Medef de l’Ain, en partenariat avec Harmonie Mutuelle, organisait une journée de formation intitulée « seniors en entreprise, conséquences et enjeux de l’allongement de la vie au travail ». L’occasion pour Sylvie Bobillon et Annie-Caroline Prunevieille, consultantes de l’entreprise de conseil et de formation Cepia, d’aborder les questions de l’absentéisme, du management intergénérationnel, ou encore de la motivation. Les deux intervenantes ont commencé par expliquer pourquoi, l’on considérait une personne comme senior dans l’entreprise à partir de 45 ans, voire entre 50 et 65 ans pour l’Insee et différents organismes statistiques. « Il est établi qu’à partir de cet âge, changer complètement de métier, se réorienter est plus difficile. »

Reste que le taux d’emploi des 50 ans et plus a fortement augmenté depuis 10 ans. « Un phénomène qui concerne davantage les professions intermédiaires que les cadres et professions libérales, note les consultantes. C’est dans l’air du temps, pour des gens qui se sentent encore en forme, de cumuler emploi et retraite, puisque la loi le permet depuis quelques années. » De nombreux seniors se sont par ailleurs inscrits comme autoentrepreneurs depuis la crise de 2009. « Il peut s’agir de gens qui ont profité de plans de départs volontaires pour créer leur activité, notamment dans le conseil, le plus souvent en lien avec une expertise forte », commente Annie-Caroline Prunevieille. Mais, l’on observe aussi sur la même période, une inversion de tendance concernant la présence de seniors chez les intérimaires, où ils étaient jusqu’alors peu nombreux.

Des capacités intactes

Ce constat établi, les deux intervenantes ont souhaité battre en brèche quelques clichés. « Certes, le vieillissement impacte notre organisme, mais les capacités fonctionnelles évoluent modérément. De fait, à 60 ans, un salarié en bonne santé dispose de toutes ses capacités pour effectuer son travail. Seules les capacités de récupération peuvent être diminuées. De surcroît, le déclin fonctionnel est compensé par l’acquisition de nouvelles compétences. Les capacités respiratoires se réduisent, mais l’endurance augmente. Agir peut demander plus de temps, mais les capacités d’analyse, d’anticipation et d’organisation se développent. » Aussi, l’emploi des seniors présente des atouts pour l’entreprise, notamment parce qu’ils peuvent être des garants de ses valeurs, du cadre et de la régulation interne. Tout l’enjeu sera donc de préserver leur santé, de développer leurs compétences, notamment vers le numérique, et de favoriser leur engagement.

Des défis spécifiques

Parmi les défis à relever par l’entreprise figure l’absentéisme, qui croît depuis 10 ans toutes générations confondues, mais qui — pour des raisons évidentes — concerne davantage les seniors. Cette population est plus exposée aux arrêts de longue durée et aux phénomènes d’usure professionnelle. Elle présente plus souvent, des affections ostéo-articulaires, notamment des problèmes rachidiens, des membres supérieurs ou des membres inférieurs. Aussi, en nombre de jours, le taux d’absentéisme s’élève à 2,48 % chez les moins de 25 ans, contre 7,4 % chez les plus de 56 ans. « Cette question des absences doit être traitée car il existe un phénomène de viralité. S’ils ne sont pas pris en compte par l’entreprise, les arrêts tendent mécaniquement à augmenter », note Annie-Caroline Prunevieille qui rappelle qu’un point d’absentéisme représente un coût moyen équivalent à 1,87 % de la masse salariale. Et Sylvie Bobillon de suggérer de mettre à profit les entretiens individuels et entretiens de carrière pour discuter, par exemple, d’un passage à 80 %, avec un salarié qui ressent le besoin de souffler. « C’est quand il fait beau, que l’on change les tuiles du toit, conclut-elle. Il faut aider les gens à se projeter dans le futur de leur carrière, à travailler leur employabilité, ne pas attendre qu’il y ait un problème. »

7,6

La France compte 7,6 millions de salariés âgés de 50 à 64 ans, sur un total de 13,1 millions de seniors.

61,5

Le taux d’emploi des seniors a fortement augmenté en 10 ans, passant de 53,3 % en 2007 à 61,5 % en 2017.

Les leviers du management des seniors

 Seniors et numérique ©Adobe Stock
L’un des enjeux du maintien dans l’emploi des seniors relève de la formation, notamment aux nouvelles technologies.

Pour choyer leurs seniors, certaines entreprises font appel à des coachs sportifs, d’autres à des ergonomes. La robotisation et les nouveaux équipements peuvent également constituer des solutions. À condition d’œuvrer avec les équipes pour qu’elles intègrent ces nouvelles habitudes de travail. Les RH ont aussi leur rôle à jouer, en proposant de la mobilité interne ou même externe. Les aménagements de postes et d’horaires sont des mesures fréquentes. Mais, l’on peut activer d’autres leviers : gestion des parcours, prévention des risques professionnels, actions de prévention autour de l’alimentation, du sommeil et des addictions, ou encore développement d’une culture du feedback, voire du feed forward, les seniors étant très sensibles aux signes de reconnaissance. Ils sont de surcroît demandeurs de pouvoir transmettre leur expérience, ce qui peut s’inscrire dans une démarche d’accompagnement à la retraite.

Seniors et arrêts

Le taux d’absentéisme est plus important chez les seniors, c’est entendu. Mais, ce n’est pas eux qui participent le plus à la hausse des arrêts maladie (+ 8 %) observée entre 2017 et 2018. On constate en effet, une hausse de 10 % des arrêts de plus de 90 jours, concentrée sur les 40 ans et moins, avec une augmentation de la prévalence des cancers chez des gens jeunes, ainsi qu’un manque de leviers de motivation.

« Quid du maintien dans l’emploi ? »

L’Éco a profité de la manifestation du 5 décembre pour interroger les syndicats sur l’augmentation de la durée de vie en entreprise.

Bourg-en-Bresse manifestations retraites
La manifestation contre la réforme des retraite a mobilisé 6 à 7 000 personnes à Bourg, le 5 décembre.

Jeudi 5 décembre à Bourg-en-Bresse, les syndicats sont contents. La manifestation contre la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron a largement mobilisé, rassemblant 6 000 à 7 000 personnes. Que leur inspire l’allongement de la durée de vie au travail ? « Il serait déjà bon que les seniors soient encore en entreprise à l’heure de liquider leur retraite, plutôt qu’au chômage, en arrêt maladie ou en inaptitude, répond Franck Stempfler, secrétaire départemental de FO. Peut-être que l’espérance de vie a augmenté parce que l’on travaillait moins longtemps, aussi. Et puis, il faut rappeler que l’espérance de vie en bonne santé, elle, stagne autour de 63 ans. » Et le syndicaliste de considérer que cette réforme n’a d’autre objectif que de faire baisser les pensions, pour ramener la France dans la moyenne européenne, où les dépenses de retraites représentent 12 % du PIB, contre 14 % pour l’Hexagone.

Secrétaire départemental de la CGT, Fabrice Canet considère l’emploi des seniors comme un vrai sujet qu’il est nécessaire de traiter. « L’enjeu est de faire en sorte que les travailleurs ne s’abîment pas au travail. Dans certains métiers, la prévention permet de réduire les risques. Mais dans d’autres, les marges de manœuvre sont faibles. Si l’arrivée des nouvelles technologies peut être une solution, elle ne peut s’imposer d’autorité. Il faut y associer les travailleurs. » Et le CGTiste de dénoncer, comme son camarade de FO, « l’hypocrisie qui consiste à placer des salariés en limite d’âge au chômage ou autre, pour masquer leur situation réelle ». « Avant, les entreprises industrielles disposaient de services annexes qui permettaient de reclasser les travailleurs en difficultés professionnelles. Mais, ceux-ci ont été le plus souvent externalisés », observe-t-il par ailleurs. Aussi, pour organiser le maintien dans l’emploi des seniors, Fabrice Canet plaide pour une forme de sécurité sociale professionnelle qui permette de conserver ses garanties collectives, même en changeant d’entreprise. « Nous sommes ouverts à la discussion sur ces sujets.


Par Sébastien Jacquart

A propos de l'auteur

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

ANNONCES LÉGALES : CONSULTEZ ET PUBLIEZ !

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

PUBLICITÉ

ARTICLES LES PLUS LUS

PUBLICITÉ