Le décolletage a connu une embellie bienvenue en 2021, mais la pénurie et la hausse des prix des matières premières, et les perspectives moroses pour l’automobile n’engagent pas à un optimisme forcené. »
L’année 2020 a été contrastée et les fortunes diverses. Globalement, on a assisté en Haute-Savoie à une reprise de la métallurgie dont le décolletage, avec ses 10 000 emplois, en représente un tiers », énonce Gilles Mollard, président de la chambre syndicale de la métallurgie de Haute-Savoie, dirigeant de Thermocompact, spécialisée dans le revêtement de surface par métaux précieux. Mais l’automobile, qui a connu un phénomène de montagnes russes dans l’année et représente encore 60% de l’activité décolletage, «concentre les inquiétudes depuis la mi-septembre », observe Lionel Brunet, directeur départemental Haute-Savoie à la Banque de France.

L’effet rattrapage a été considérable début 2021, sauf pour les acteurs de l’aéronautique qui ont dû attendre la fin d’année. « L’actualité nous montre d’ailleurs que leurs destins diffèrent selon qu’ils travaillent dans le militaire ou le civil, sont fournisseurs d’Airbus ou de Boeing», précise Gille Mollard. En revanche, les sous-traitants de la connectique, de la domotique, de l’horlogerie ont bénéficié de débouchés records. Ceux de l’automobile ont connu une embellie hors-norme mais doivent faire face depuis l’automne à des arrêts de production.
Pénuries paralysantes
Les usines d’assemblage ont dû en effet cesser de passer commande et ne reprennent que progressivement. La raison? Le manque de composants électroniques. La demande pour des produits manufacturés et de matières premières a repris fortement, entraînant des tensions par rapport à une offre inférieure à la demande. La concentration de 63% de la production mondiale de semi-conducteurs sur Taïwan n’est pas étrangère aux difficultés rencontrées.
« D’après notre enquête trimestrielle, plus de 70% des filières ont eu des problèmes d’approvisionnement », abonde Gilles Mollard. Et malheureusement le phénomène s’auto-entretient : «les particuliers qui achètent une voiture neuve et qui apprennent qu’ils ne seront livrés qu’en avril se tournent vers le marché d’occasion », déplore Lionel Brunet.
La concentration de 63 % dela production mondiale de semiconducteurs sur Taïwan n’estpas étrangère aux difficultés rencontrées.
Automobile : ventes de neuf en chute libre
Mais au-delà de ces désagréments logistiques, les constructeurs européens s’attendent à la plus mauvaise année de vente de neuf depuis l’an 2000. « Nombre de décolleteurs de l’automobile nous disaient durant le premier semestre qu’ils ne savaient pas forcément pourquoi les commandes étaient aussi bonnes, alors que le marché final donnait déjà des signes alarmants», se remémore Lionel Brunet. L’explication tient vraisemblablement à la reconstitution des stocks. Outre la rareté, les industriels doivent aussi supporter la hausse des prix des métaux (acier, argent, nickel, cuivre…) due à la forte reprise mondiale et au coût prohibitif du fret maritime international.
Et demain ?

Les analystes peinent à programmer un retour à la normale mais affirment que cette crise des matières est assez logique et ne devrait qu’être temporaire. « Déjà en 2010-2011, suite à la crise des dettes souveraines en zone euro, nous avons vécu un épisode similaire qui n’a pas duré. Nous sommes sur un plateau et il est fort à parier que la situation se décante entre la mi-2022 et la fin 2022», anticipe Lionel Brunet. PSA a rouvert plus tôt que prévu, avant la fin d’année. Les décolleteurs doivent donc serrer les dents.
Mais la problématique de fond pour les acteurs de la vallée reste la mutation vers des motorisations alternatives au thermique et la diversification (aéronautique, luxe, connectique, médical…). « L’État a annoncé que 300 millions d’euros du plan 2030 seront dédiés à la diversification des sous-traitants automobiles et 100 millions seront affectés à la mutation des territoires concernés », se réjouit Gilles Mollard. Un début seulement…
Dans un département dont 25% du PIB provient de l’industrie, les aléas auxquels sont confrontés les acteurs de la vallée de l’Arve importent beaucoup.
Problèmes durables d’approvisionnement dans l’automobile
les pénuries vont entraver la bonne marche de la filière pendant au moins plusieurs trimestres.Certes, dans l’automobile certains sous-traitants de niche s’en sortent bien. Et « ceux qui ne sont pas positionnés sur le moteur,qui s’il est thermique comporte sept à dix fois plus de pièces qu’un moteur électrique, n’ont pas les problèmes de long terme qui sont annoncés », avance Gilles Mollard, président de la chambre syndicale de la métallurgie de Haute-Savoie.

Mais au-delà de ces situations contrastées, le marché automobile français est globalement orienté à la baisse : -3,21% en novembre par la Plateforme automobile (PFA) qui n’a jamais constaté une aussi mauvaise période. Les 1,65 million de véhicules vendus sont péniblement atteints sur 2021 au niveau national, soit un niveau inférieur à celui de 2013-2014 qui était déjà un fameux creux de vague. Si le premier semestre 2021 a soulevé les espoirs, les inquiétudes sont de mises depuis le mois de juin.
Le marché reste frappé par la crise des composants électroniques qui occasionne des retards de livraison sans précédent. En conséquence, tous les véhicules d’entrée de gamme, qui font du volume, sont sacrifiés au profit des parties les plus rentables, le haut de gamme et les électriques. Le goulet d’étranglement des semi-conducteurs en provenance d’Asie n’est pas près de s’estomper et « le retour à la normale n’est pas espéré avant plusieurs trimestres », prédit dans tous les médias Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur, qui pense néanmoins que le pic des pénuries a été franchi.
En attendant, les cartes sont totalement redistribuées dans le secteur. La Tesla a par exemple été la voiture la plus vendue en Europe en septembre 2021 car la marque n’a pas subi de rupture de stock ! Au niveau mondial, dans toute l’industrie, les pénuries pourraient avoir empêché la production de 7,7 millions de véhicules dans le monde en 2021 selon le cabinet Alix Partners, pour un manque à gagner de 180 milliards d’euros.
Par Julien Tarby
Image à la une : cours de l’acier, ©Boursorama.
Cet article est issu de notre magazine « Le panorama économique du décolletage 2022 », disponible au format digital ou au format papier.










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