En Savoie et Haute-Savoie, le nombre de médecins progresse et la profession rajeunit. Mais pour les patients, trouver un généraliste disponible ou obtenir un rendez-vous rapide reste souvent compliqué.
La Savoie et la Haute-Savoie continuent d’attirer des médecins. Les effectifs progressent, les installations de généralistes restent dynamiques, la profession se féminise fortement et l’exercice salarié gagne du terrain. Mais derrière cette embellie statistique, l’accès concret à un médecin généraliste dépend de plus en plus du mode d’exercice, de la répartition territoriale et de la capacité à stabiliser les nouvelles installations.
Des effectifs médicaux en nette progression
La démographie médicale de Savoie Mont Blanc envoie un signal plutôt favorable. Entre 2017 et 2026, le nombre de médecins en activité régulière augmente nettement dans les deux départements : la Haute-Savoie passe de 2 168 médecins en 2017 à 2 528 au 1er janvier 2026, tandis que la Savoie progresse de 1 395 à 1 613 sur la même période. La tendance est donc clairement haussière, avec une progression régulière et un rebond plus marqué en fin de période.
Cette dynamique s’observe aussi du côté des primo-installations en médecine générale, même si le mouvement reste irrégulier d’une année à l’autre. En Haute-Savoie, les nouvelles installations de généralistes libéraux et conventionnés restent globalement plus nombreuses qu’en Savoie, avec plusieurs pics autour de 2019, 2021 et 2022.
La Savoie connaît elle aussi des années plus favorables, notamment autour de 2020, mais avec des volumes plus modestes et plus fluctuants. En 2024, les deux départements se situent de nouveau autour d’une vingtaine de primo-installations, légèrement davantage en Haute-Savoie.

Des médecins plus jeunes que la moyenne nationale
Autre élément notable : les deux Savoie se distinguent par le profil relativement jeune de leurs médecins. Au niveau national, l’âge moyen des médecins en activité régulière était de 47,5 ans en 2025, contre 50,2 ans en 2010. La Savoie affiche même l’âge moyen le plus bas de France métropolitaine, à 45,1 ans, devant la Haute-Savoie, à 45,5 ans. C’est un indicateur d’attractivité important : un territoire qui attire ou conserve des médecins plus jeunes dispose, en théorie, d’un potentiel de présence médicale plus durable.
Mais la hausse des effectifs ne signifie pas mécaniquement un renforcement équivalent de la médecine libérale de proximité.
Le mode d’exercice évolue fortement. Entre 2010 et 2026, la part des médecins libéraux ou mixtes recule en proportion : de 61 % à 51 % en Savoie, de 64 % à 54 % en Haute-Savoie. Dans le même temps, la part des salariés progresse fortement, de 39 % à 49 % en Savoie et de 36 % à 46 % en Haute-Savoie. Le phénomène est national, mais il est particulièrement visible localement. En volume, les effectifs libéraux ou mixtes continuent pourtant d’augmenter légèrement, tandis que les médecins salariés progressent beaucoup plus vite : +62,3 % en Savoie et +68,7 % en Haute-Savoie.


Une profession de plus en plus féminisée
La profession change également de visage. Pour la première fois, les femmes sont plus nombreuses que les hommes parmi les médecins en activité. La Savoie et la Haute-Savoie figurent dans le top 10 des départements les plus féminisés : 57 % de femmes médecins en Savoie, avec une hausse de 38 % entre 2010 et 2026 ; 55 % en Haute-Savoie, avec une progression de 40 %.
Cette féminisation traduit un renouvellement profond de la profession, mais elle oblige aussi les territoires à penser autrement l’organisation du travail médical : temps collectifs, exercice coordonné, salariat, équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, attractivité des cabinets et des maisons de santé.

Un accès aux soins toujours sous tension
Reste que cette amélioration statistique ne se traduit pas toujours, pour les patients, par une facilité accrue d’accès aux soins. Trouver un médecin traitant disponible, obtenir un rendez-vous rapidement, ou simplement intégrer une patientèle restent des difficultés bien réelles dans de nombreux secteurs, notamment lorsque la hausse du nombre de praticiens ne compense pas la croissance démographique, le vieillissement de la population, les départs à la retraite ou l’évolution des modes d’exercice.
Les quatre graphiques ne mesurent d’ailleurs pas directement les délais d’attente ni la disponibilité effective des généralistes : ils montrent une dynamique d’effectifs, d’installations et de profils professionnels.
Or, pour les habitants, l’enjeu se joue souvent ailleurs : dans le nombre de médecins acceptant de nouveaux patients, dans la répartition fine entre vallées, villes et zones périurbaines, et dans la capacité des cabinets à absorber une demande de soins de premier recours toujours soutenue.
Une amélioration réelle, mais à nuancer
Au total, les quatre indicateurs racontent moins une crise quantitative qu’une transformation structurelle. La Savoie et la Haute-Savoie gagnent des médecins, attirent des praticiens plus jeunes et enregistrent encore des installations de généralistes. Mais l’offre médicale se recompose : moins exclusivement libérale, plus salariée, plus féminisée, plus sensible aux conditions d’exercice.
Pour les patients, l’enjeu n’est donc pas seulement le nombre de médecins présents sur le territoire, mais leur disponibilité réelle, leur localisation et leur engagement dans le suivi de premier recours.
À retenir :
- Les effectifs médicaux progressent nettement en Savoie comme en Haute-Savoie.
- La médecine générale continue d’attirer, mais les primo-installations restent irrégulières selon les années.
- Les médecins sont plus jeunes qu’ailleurs : la Savoie affiche même l’âge moyen le plus bas de France métropolitaine.
- Le salariat gagne fortement du terrain, au détriment relatif de l’exercice libéral ou mixte.
- Malgré ces bons indicateurs, l’accès à un généraliste reste tendu pour de nombreux patients.
Ces chiffres sont issus de notre magazine hors-série « Savoie Mont Blanc en Chiffres 2026 », disponible au format liseuse en ligne ou au format papier.













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