Montagne et transport : dossier brûlant…

Montagne et transport : dossier brûlant…

Entre un réseau routier frisant la saturation et l’arrivée de 10 000 habitants par an autour du Mont Blanc, la mobilité est devenue un enjeu majeur pour le bien vivre dans la région.

Tous ceux qui pratiquent matin et soir la douane de Bardonnex, la traversée de Chambéry, les différents axes d’entrée sur Annecy ou plus globalement la ceinture du Léman, savent de quoi il retourne. Chaque jour, ce sont des kilomètres d’encombrements et des dizaines d’heures perdues, sans compter coût et pollution.

Avec une croissance démographique parmi les plus actives d’Europe, la mobilité est devenue en quelques années, pour la région, une question prioritaire, ainsi que le confirme Ludovic Antoine, responsable des questions de mobilité et de transport au sein du pôle métropolitain du Genevois Français : « l’enjeu est de taille au regard des chiffres : 1,34 million de déplacements quotidiens actuels, auxquels s’ajouteront 120 000 déplacements journaliers en 2020 et 400 000 à l’horizon 2030 ».

Conscients de l’urgence de la situation, le Conseil départemental de la Haute-Savoie et la Communauté d’agglomération d’Annecy (C2A) se sont alliés pour financer les projets routiers. Un geste engageant les 2 collectivités, à hauteur de 277 M€ pour le Département et 155 M€ par la C2A sur une durée de 10 ans. Durant cette période, 9 aménagements seront réalisés sur les routes départementales afin de fluidifier le trafic, très important aux heures de pointe (jusqu’à 60 000 automobilistes/jour sur les principaux axes routiers de l’agglomération).

Une situation préoccupante

Également au programme : le contournement d’Annecy avec le doublement de la rocade entre Gillon et l’hôpital, puis entre l’échangeur de Gillon et Seynod, et les déviations de Pringy et Poisy. Sans oublier la création d’une nouvelle voie reliant Seynod au parc Altaïs, ainsi que des aménagements réservés aux bus à haut niveau de services (BHNS). Mais le projet qui devrait ouvrir le bal de ces transformations n’est pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit d’un serpent de mer vieux de plus de 20 ans : le tunnel sous le Semnoz.

Cette fois nous promet-on, CD 74 et C2A se sont enfin mis d’accord sur un cofinancement et l’on parle d’une ouverture possible en 2023. Rappelons qu’il s’agit d’un tunnel monotube d’une longueur de 2,9 km, pouvant accueillir entre 700 et 1 000 véhicules par heure dans chaque sens en 2030. Avec l’objectif clairement affiché de “désenclaver” les secteurs des Marquisats jusqu’à Sévrier, en diminuant le trafic de 60 à 65 %.

L’infrastructure routière n’est pas la seule à bénéficier d’un plan d’envergure. Le rail va en effet lui-aussi considérablement se développer dans les années à venir, avec l’arrivée prochaine du très attendu Léman Express, particulièrement dans son tronçon desservant Genève Cornavin, Eau-Vive et Annemasse, baptisé “CEVA”.

“1,34 MILLION DE DÉPLACEMENTS QUOTIDIENS ACTUELS, AUXQUELS S’AJOUTERONT 120 000 DÉPLACEMENTS JOURNALIERS EN 2020 ET 400 000 À L’HORIZON 2030.”
Ludovic Antoine

Le Léman Express reliera 45 gares, sur 230 km de lignes (dont les 16 du CEVA) transportant de part et d’autre de la frontière plus de 50 000 passagers par jour. Alors que les premières gares signées Jean Nouvel ont été inaugurées cet hiver, l’achèvement du chantier est prévu pour 2019, après 6 ans de travaux pour un coût dépassant 1.3 milliard.

Il faudra alors 19 minutes pour relier Annemasse à Genève. Bâti sur un réseau de connexions multimodales à la façon des RER parisiens, le CEVA connectera à une infrastructure de transport collectif bus, tramway, mais aussi parking d’échanges, avec des stationnements pour vélos. Une offre délibérément centrée sur la mobilité collective et douce.

5km de voie verte opérationnels

Une voie verte pour les vélos et les piétons, construite au-dessus du nouveau tracé ferroviaire, a été inaugurée le 27 avril dernier. Si 5 kilomètres seulement sont en service pour l’instant, la voie verte devrait à terme couvrir 38 kilomètres allant de Bonne (Haute Savoie) à St Genis Pouilly (Ain).

L’arrivée du CEVA va également transformer le paysage autour de ces nouvelles gares. 4 000 logements devraient voir le jour à proximité, illustrant une volonté de faire bouger les lignes dans la région, ainsi que le confirme Antonio Hodgers, conseiller d’état au département de l’aménagement, du logement et de l’énergie : « le CEVA ou le Léman Express représentera la future colonne vertébrale de la mobilité genevoise ; on doit penser les choses à l’échelle du bassin de sa population ».

“CONTRE LA POLLUTION EN VALLÉE DE L’ARVE, 540 HABITANTS ONT PORTÉ PLAINTE CONTRE “X”, POUR MISE EN DANGER DE LA VIE D’AUTRUI.”

Et d’ajouter « il est assez cohérent de bâtir des logements proches des gares, car nous souhaitons encourager les gens à utiliser les transports publics et à quitter leurs voitures ». Encore faut-il que l’offre soit à la hauteur de la demande et que les grèves ne viennent pas perturber un plan qui semble parfait sur le papier. L’enthousiasme provoqué par ces aménagements d’envergure est d’ailleurs tempéré par Ludovic Antoine : « les grands travaux d’infrastructure sont indispensables et doivent être réalisés. Toutefois, ils ne pourront qu’absorber la croissance démographique et nullement désengorger les réseaux, s’ils ne sont pas accompagnés par un mouvement d’adhésion massif aux mobilités nouvelles ».

Car l’autre enjeu majeur définitivement lié à l’offre de mobilité pour la région, c’est la pollution. Nous connaissons tous les problèmes récurrents de la vallée de l’Arve. Ils font régulièrement les gros titres de la presse nationale en raison des chiffres record de son atmosphère excédant les normes de salubrité plus de 35 jours par an.

Exploiter les voies ferrées existantes ?

En cause, un trafic routier excessif et en constante augmentation, avec 1,6 million de voitures et plus de 600 000 camions par an ! Excédés, 540 habitants de la région ont décidé d’aller porter plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui. Une façon comme une autre de tirer le signal d’alarme. Car si le transport n’est pas l’unique cause de cette pollution, il en est clairement l’acteur essentiel.

Pourtant des solutions existent, si l’on en croit Daniel Ibanez, figure de proue des opposants au projet Lyon-Turin, un autre grand serpent de mer de notre région. Pour lui, il suffirait d’exploiter « les voies ferrées existantes au niveau des années 1980 avec 120 trains de fret par jour entre la France et l’Italie. Grâce à tous les travaux réalisés depuis 2002 et aux améliorations techniques et informatiques, il est possible de sortir près d’un million de poids lourds de la route dès aujourd’hui.

Prétendre que la ligne historique est saturée ou obsolète, c’est mentir. Il suffit de voir ce que les Autrichiens ou les Suisses ont fait sur leurs lignes existantes, identiques aux nôtres. » Dans une logique d’économie budgétaire, la valorisation de l’existant pourrait devenir, dans des délais bien plus brefs que la construction d’une nouvelle ligne, une solution viable, d’autant plus qu’il y a urgence.

Pour autant, la voiture aura-t-elle toute sa place face à cette volonté croissante de l’éradiquer ou pour le moins de réduire son utilisation ? En ville, peut-être. Mais hors des grandes agglomérations, elle aura encore longtemps son rôle à jouer, acteur bien souvent unique du désenclavement des zones isolées.

15min de FuniFlaine pour 2000 passagers / jour

Le transport par câble, autre alternative de mobilité verte, verra enfin naître son projet d’envergure : le Funiflaine reliera effectivement Magland à Flaine, avec un arrêt intermédiaire au col de Pierre Carrée. Le “Funiflaine”, téléporteur de grande capacité, effectuera en moins de 15 minutes un trajet de 6,4 km avec un dénivelé de 1 100 mètres, transportant en moyenne plus de 2 000 passagers par jour. Il comprendra une connexion avec le train en gare de Magland.

Pour le Département et la Région : « l’enjeu est de mettre en place une desserte globale multimodale du Grand Massif. » Le début des travaux est prévu pour 2021. Bien sûr, pour désengorger la route, il est également prévu de multiplier les “Navibus” sur le Léman, ainsi que nous l’explique Jean Neury, président de Thonon Agglomération : « en liaison avec les communautés de communes du pays d’Evian et la CGM, nous mettons en oeuvre un programme d’achat de 4 bateaux de grande capacité. La première commande doit être passée en 2019. »

Cependant, les prix élevés des abonnements et les rotations hivernales réduites, en raison des conditions météo, limitent le champ de développement du transport maritime. On le voit, la saturation des axes routiers, l’augmentation de la population, et un besoin impérieux de faire baisser la pollution génèrent un certain nombre de grands projets d’infrastructures, qui vont modifier en profondeur notre région.

Pour autant, la voiture aura-t-elle toute sa place face à cette volonté croissante de l’éradiquer ou pour le moins de réduire son utilisation ? En ville, peut-être. Mais hors des grandes agglomérations, elle aura encore longtemps son rôle à jouer, acteur bien souvent unique du désenclavement des zones isolées.


Par Laurent Ducastel

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