Opération séduction pour les métiers de l’industrie

par | 5 avril 2018

Avec Industri|Dimension, l’UIMM de l’Ain cherche à attirer l’attention des jeunes sur les filières industrielles.

Quelque 220 élèves des classes de seconde du lycée Saint-Pierre assistaient le 28 mars au cinéma l’Amphi, à Industri|Dimension, un événement organisé par l’UIMM de l’Ain dans le cadre de la semaine de l’industrie, pour promouvoir les métiers du secteur. Au programme : des témoignages vidéos de jeunes en apprentissage et des tables rondes réunissant dirigeants d’entreprises et alternants. « Nous sommes convaincus que les transformations technologiques en cours constituent des opportunités pour les industriels comme pour vous », a lancé en introduction, Jean-Marc Caire, directeur de l’apprentissage de l’AFPMA, le centre de formation de l’UIMM 01. Des propos confirmés tout au long des projections et interventions.

Opportunités

« L’industrie offre de nombreux métiers qui vont vous permettre de progresser tout au long de votre carrière. Nos entreprises évoluent de surcroît vers de nouveaux modèles de management plus collaboratifs, où les salariés travaillent ensemble sur un projet, où l’on donne du sens, où l’on crée une solidarité », a commencé Richard Adeline, dirigeant de HVAC, entreprise de maintenance sur les échangeurs thermiques. « Les modes de production sont variés et l’on a besoin de profils très différents, y compris dans les fonctions supports, en qualité, services juridiques, etc., a abondé Laëtitia Pierre, DRH chez Faab Fabricauto, fabricant de plaques minéralogiques et entreprise de sérigraphie. Sur 150 personnes qui travaillent chez nous, nous avons chaque année, une vingtaine d’évolutions en interne. Le champ des possibles est large. Parler de conditions de travail difficiles ou d’actions répétitives relève du cliché. Nous offrons au contraire des postes qui exigent une grande polyvalence. L’automatisation des usines demande une approche de plus en plus technique. Aussi, les entreprises ont besoin de conducteurs de ligne. » Chez HVAC, on recherche des chargés d’affaires et des techniciens de maintenance. « Peu de gens sont formés à nos métiers, constate Richard Adeline. Alors, nous embauchons des gens désireux d’évoluer, que nous formons. On peut rentrer dans l’entreprise à n’importe quel niveau, aujourd’hui, et progresser. L’essentiel, c’est d’avoir envie. »

Attractivité

Mais qu’est-ce qui donne envie ? Qu’est ce qui conduit certains jeunes — trop rares — à choisir les métiers technologiques ? Céline Prost est en 2e année de BTS conception de produits industriels, Philippe Esteban en terminale Bac Pro technicien de chaudronnerie. « J’ai toujours eu le goût du bricolage. Et je m’ennuyais en enseignement général, a raconté ce dernier lors des tables rondes. C’est un cousin, lui-même en formation dans ce secteur, qui m’a parlé de la chaudronnerie. » Il suffirait donc de les faire connaître ? « J’intervenais souvent auprès des jeunes, en visite d’entreprise. Et j’étais sidéré de voir les représentations qu’ils avaient de l’industrie », raconte Jean-Yves Selex, ingénieur de chez Thales, détaché auprès de l’Académie pour une mission de trois ans, dans le cadre des relations école-entreprise. L’usine change pourtant. Les débats ont évoqué ce site de Ford, aux États-Unis, recouvert de 42 000 m2 de toitures végétalisées qui non seulement permettent de traiter les eaux utilisées sur place, mais aussi de dépolluer l’air ambiant. L’environnement, mais aussi la numérisation des métiers peuvent constituer des points d’attractivité pour les jeunes. « Avec des usines de plus en plus robotisées, il va se poser la question de la cybersécurité et de la protection des données », remarque Jean-Yves Selex. En alternance chez un fabricant de machines spéciales pour l’agroalimentaire, Céline Prost semble se plaire à travailler sur le logiciel 3D Solidworks et à concevoir des lignes robotisées. Quant à Richard Adeline, il imagine déjà comment la réalité augmentée va faciliter les interventions terrain des techniciens de maintenance.

Dirigeants et alternants ont témoigné des atouts de l'industrie

Dirigeants et alternants ont témoigné des atouts de l’industrie.

850

L’UIMM de l’Ain compte 850 entreprises adhérentes

21 000

L’ensemble de ces entreprises représentent 21 000 emplois.

 

Et les filles, alors ?

« Oui, il y a de la place pour les femmes dans les métiers technologiques. On apporte une autre vision sur les projets », estime Céline Prost. Pourtant, cette élève de BTS conception de produits industriels est la seule de sa promotion. Et si l’entreprise où elle réalise son alternance emploie quatre femmes, celles-ci occupent des fonctions support, en SAV ou secrétariat. « Les outils d’aide à la manutention rendent pourtant les métiers de production tout à fait accessibles à la gent féminine, constate Laëtitia Pierre, DRH chez Faab Fabricauto, qui compte presque autant de femmes que d’hommes dans ses ateliers. Et puis, il existe d’autres métiers industriels que la production, des métiers qui consistent à imaginer, à concevoir ou encore, à vendre. » Avec les évolutions en cours dans l’industrie, les femmes seraient toutefois de plus en plus nombreuses dans les usines.


Connectivité

L’usine connectée, c’est maintenant. Chez Faab Fabricauto, on utilise les réseaux sociaux pour asseoir la notoriété de l’entreprise et l’on développe des systèmes d’analyse des données en appui des décisions stratégiques. Chez HVAC, les techniciens reçoivent leurs ordres de mission sur leur smartphone. Quant à Thalès, c’est elle qui permet la connectivité, grâce à ses satellites de télécommunication.


Le problème de l’inadéquation des qualifications et compétences

Une étude publiée sur le site de l’UIMM tente d’analyser la situation et de proposer des solutions.

Adequation des compétences ©FotoliaDans un dossier publié sur son site internet le 15 mars, l’UIMM (à l’échelon national) s’intéresse aux inadéquations de qualifications et de compétences. L’étude les divise en trois catégories : l’inadéquation du domaine de formation où la personne est employée dans un secteur différent de celui pour lequel elle s’est spécialisée, l’inadéquation du niveau de qualification (CAP, bac, supérieur…) par rapport au niveau requis pour l’emploi occupé et l’inadéquation des compétences. Les deux dernières apparaissant comme les plus préoccupantes.

Près d’un salarié français sur deux est concerné par une inadéquation du niveau de qualification. Et en moyenne, 25 % des salariés considèrent qu’il y a un écart significatif entre leurs compétences et les compétences requises par leur emploi. Travailler en dehors de son champ de spécialisation est un facteur de surqualification, de même que le licenciement, car il conduit à accepter un emploi moins en ligne avec ses compétences, surtout en cas de chômage de longue durée. Conséquence : leur salaire est inférieur de 20 % à celui auquel ils pourraient prétendre sur un poste correspondant à leur niveau. Enfin, si « l’inadéquation des compétences concerne la France, en moyenne, autant que ses partenaires » (20 % des salariés), le phénomène se trouve « concentré sur les compétences technologiques ».

Jugeant que « l’inadéquation des compétences soulève des problèmes de productivité globale du travail » et constitue « un frein très significatif sur la croissance », l’étude propose différentes solutions dont, évidemment, d’agir sur la formation professionnelle. Mais elle plaide aussi, sans plus argumenter, pour « une protection moins excessive de l’emploi ». Et elle demande un renforcement de la concurrence, l’entrée de nouvelles entreprises limitant les « rentes indues » et favorisant « l’allocation des salariés les plus compétents dans les entreprises les plus performantes ». Enfin, elle estime que « le droit de la faillite devrait favoriser la sortie de marché des entreprises les moins performantes qui “captent” des salariés sur-compétents ».


Par Sébastien Jacquart

Post scriptum : voici l’une des vidéos diffusées à l’Amphi, devant les élèves de seconde de Saint-Pierre.

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