Patrimoine militaire : un “fort” potentiel touristique

par | 09 juillet 2024

La Savoie compte des dizaines d’anciennes forteresses pensées et construites pour empêcher les invasions ennemies. Des passionnés d’histoire et de vieilles pierres s’attachent à restaurer cet héritage et à lui redonner vie, à travers des projets de reconversion souvent en lien avec le tourisme et les loisirs.

Perchées au-dessus des grandes voies de passage, les forteresses se multiplient à partir de l’an mille pour défendre la maison de Savoie contre ses ennemis. « Les forts de l’Esseillon étaient conçus pour protéger la Savoie des invasions françaises. À partir de 1860, quand elle devient française, tous les forts sont construits contre l’Italie, avec laquelle les relations se tendent », rappelle Robert Porret, guide-conférencier à la Fondation pour l’action culturelle internationale en montagne (Facim) qui développe, depuis 1995, un itinéraire de découverte autour des dix-huit places fortes de Savoie.

Une vocation défensive

La proximité de la frontière italienne, et une possible agression de l’armée transalpine, expliquent l’importance du patrimoine fortifié savoyard des XIXe et XXe siècles. « C’est inévitablement entre Albertville, au débouché même du Haut-Isère, et Ugine, à l’entrée du défilé d’Annecy, que l’ennemi tentera de forcer le passage », prévient le général Séré de Rivières, alors chef du service du génie au ministère de la Guerre, en mai 1874, dans son exposé défensif.

Le système auquel il donne son nom repose sur un ensemble de forts polygonaux semi-enterrés, construits en pierre et en terre, implantés à proximité les uns des autres mais à des altitudes différentes, en fonction de leur vocation (interdiction, protection, surveillance).

Sa stratégie dans les Alpes ? Barrer les accès de la Tarentaise depuis le col du Petit-Saint-Bernard, et de la Maurienne depuis celui du Mont-Cenis. Défensive, la “place d’Albertville”, qui contrôle l’accès entre la Tarentaise et le Beaufortain, est construite entre 1875 et 1888. Elle comprend notamment les forts de Villard-Dessous, Lestal, Tamié, du Mont, les blockhaus du Laitelet, des Têtes et de L’Alpettaz, ainsi que les voies d’accès à ces ouvrages.

Construit entre 1875 et 1884, l’ensemble de Chamousset se compose des forts d’Aiton, Tête-Noire, Frépertus, Montperché, Montgilbert et Plachaux. Sont ensuite engagés les ensembles de Modane (forts du Replaton, du Sapey), Saint-Michel-de-Maurienne (fort du Télégraphe) et Bourg-Saint-Maurice (batteries de Vulmix et de Courbaton, redoute Ruinée, blockhaus de la Platte, fort du Truc…)*.

« Les forts de l’Esseillon étaient conçus pour protéger la Savoie des invasions françaises. À partir de 1860, quand elle devient française, tous les forts sont construits contre l’Italie, avec laquelle les relations se tendent », rappelle Robert Porret, guide-conférencier à la Fondation pour l’action culturelle internationale en montagne (Facim) qui développe, depuis 1995, un itinéraire de découverte autour des dix-huit places fortes de Savoie. Photo : https://www.savoie-mont-blanc.com/visite-culture/sites-incontournables/forts-de-lesseillon/

Déclassés après-guerre

S’ils démontrent leur utilité durant la Première Guerre mondiale, les forts sont pour beaucoup déclassés ensuite, au profit des ouvrages de la ligne Maginot, dont le financement est voté en 1929. La ligne alpine s’organise autour de Modane, avec la modernisation du fort du Sapey, la construction du fort Saint-Gobain et de multiples édifices (Saint-Antoine, Lavoir, Pas-du-Roc, L’Arrondaz, Les Rochilles, etc.). À Bourg-Saint-Maurice, une poignée de petits ouvrages d’infanterie sont construits.

La cession par l’armée et la reconversion de cet imposant patrimoine ayant perdu sa vocation militaire mobilise un écosystème de férus d’histoire, amoureux des vieilles pierres, qui s’entraident volontiers.

À Bourg-Saint-Maurice, un appel à projets lancé en 2020 par la commune a débouché sur la création de l’Association des amis de la batterie de Vulmix, qui intervient dans le cadre d’une convention courant jusqu’en 2026.

« Notre projet a été sélectionné face à une dizaine d’autres. Nous rassemblons des bénévoles qui proposent des visites durant les vacances scolaires. Des spécialistes viennent aussi régulièrement effectuer des comptages de chauves-souris qui sont nombreuses à venir nicher dans nos murs. Nos développements commerciaux tâtonnent, en raison notamment des normes en vigueur dans les établissements recevant du public », explique Dominique Vialard, son président.

L’homme a planché durant six ans à la rédaction de deux ouvrages très documentés dédiés aux fortifications des Alpes du Nord. Il en a confié la publication à sa propre maison d’édition, Fortenco (Bourg-Saint-Maurice), spécialisée dans les fortifications.

« Vulmix était considéré comme le plus moderne des forts alpins en 1914, en raison de sa construction en béton armé et de la présence de tourelles à éclipses. Il est progressivement nettoyé, réparé, aménagé par l’association dont les seules recettes, les dons, sont utilisées pour acheter un peu de matériel. Nous aimerions valoriser nos tourelles, ce qui implique de les débloquer pour qu’elles puissent de nouveau fonctionner », poursuit Dominique Vialard.

Dès 1861, les priorités du royaume d’Italie sont l’unité et la défense du territoire. Ainsi, il équipe le Mont-Cenis de plusieurs forts dont celui de Ronce à 2286 m d’altitude, un point de vue imprenable sur le lac du Mont-Cenis. Photo : https://www.savoie-mont-blanc.com/visite-culture/visites-et-sites-culturels/fort-et-chateau

En amont de Modane

Plus ancienne, la barrière de l’Esseillon est sortie de terre entre 1815 et 1830, à l’époque du royaume de Piémont-Sardaigne, pour interdire le passage aux armées françaises. Accrochée à un éperon rocheux, en amont de Modane, elle est située sur les communes d’Aussois et Avrieux.

Bâtis selon les plans du marquis de Montalembert, dont les théories s’opposent à celles de Vauban, ses forts sont, pour quatre d’entre eux, classés monuments historiques depuis 1983 et 1991. Ils portent les prénoms des souverains de la famille royale : Victor-Emmanuel et Marie-Thérèse, Charles-Félix et Marie-Christine, Charles-Albert.

« Charles-Félix a subi un début de démolition et Charles-Albert n’a jamais été terminé. Les trois autres peuvent se découvrir librement ou dans le cadre de visites guidées », explique Maurice Bodecher, premier adjoint à la mairie d’Aussois et président de l’association Avenir des forteresses de l’Esseillon.

La redoute Marie-Thérèse, qui se distingue par son architecture en fer à cheval, héberge un centre d’interprétation du patrimoine fortifié. Complètement restauré, le fort Marie-Christine, qui est le plus équipé, abrite un restaurant et un gîte d’étape. Le plus grand, Victor-Emmanuel, propose une visite scénarisée et un espace muséographique autour des gravures rupestres présentes en Haute-Maurienne.

Accessible gratuitement, ce nouvel espace, qui offre une expérience étonnante, a nécessité un investissement de 500 000 euros financés à hauteur de 80 % par l’Europe. Il a déjà reçu 14 500 visiteurs depuis son ouverture à l’été 2023. Il est adossé à une petite boutique qui propose des livres, pièces, jeux et des produits en lien avec les gravures rupestres.

« Nous avons conclu une convention avec le Département pour être les seuls utilisateurs des gravures rupestres. Et nous signons une charte avec les commerçants et artisans leur permettant d’utiliser les supports sur leurs produits gratuitement, mais en respectant la philosophie du projet », poursuit Maurice Bodecher.

Un tourisme culturel et durable

Un projet de tourisme culturel durable est en cours d’élaboration dans le cadre d’un programme franco-italien, Transi T, d’une durée de trois ans. L’idée est d’aménager des salles afin de proposer des activités (stages de sculpture, peinture, photographie, danse, musique…) dans le fort Victor-Emmanuel, afin d’inciter les visiteurs à prolonger leur séjour sur le territoire, en particulier durant les mois de juin et septembre.

S’ils ont souvent une dimension touristique, la plupart des projets de reconversion se cantonnent à la saison estivale, les conditions de vie dans les forts restant rudes. Au point que l’armée les utilise encore parfois pour ses entraînements.

* Source : Albertvillefortifications.com

Une offre “canon” à Tamié

Racheté en 1968 par un syndicat intercommunal rassemblant sept communes (Albertville, Gilly-sur-Isère, Mercury, Plancherine, Verrens-Arvey, Tournon, Cléry et Frontenex), le fort de Tamié (16 hectares à 992 m d’altitude) a ouvert, en 2013, une nouvelle page de son histoire.

Face au déclin de la fréquentation, le syndicat intercommunal a alors confié sa gestion, sa valorisation et son développement à une société coopérative d’intérêt collectif (Scic), qui intervient dans le cadre d’une délégation de service public (DSP).

Après les dégâts causés par la tempête de 2019 et la crise covid en 2020, le site a retrouvé une belle attractivité avec 70 000 personnes accueillies chaque année. « Dix fois plus qu’en 2013. Les deux tiers de nos visiteurs proviennent du bassin albertvillois. Tout le monde peut entrer gratuitement pour pique-niquer, découvrir les expositions et certaines parties du fort en accès libre », explique Olivier Cartier-Moulin, le gérant de la Scic.

La coopérative gère le parc-aventure, une boutique snack, et loue des salles. Certains de ses membres développent d’autres activités sur le site, comme le fabricant de glaces à la ferme Glaces n’Cows ou le bureau des guides d’Albertville.

« Notre statut de Scic montre notre souhait de porter un projet de territoire où tous les acteurs peuvent s’exprimer autour de valeurs communes et d’une vision partagée du tourisme de demain », rappelle son dirigeant.

Si Tamié fait figure d’exemple en matière de reconversion, les nouveaux projets sont en berne en raison de l’arrivée à échéance de la DSP au 1er janvier 2025.

Après les dégâts causés par la tempête de 2019 et la crise covid en 2020, le site a retrouvé une belle attractivité avec 70 000 personnes accueillies chaque année. Photo : Eric Renevier.

Forts de Marthod : l’assaut des bénévoles

Tous deux implantés sur la petite commune (1 400 habitants) de Marthod (73), les forts de la Batterie et de Lestal ont bien failli disparaître du paysage.

Le premier était dans un état de délabrement tel qu’en 1998 la mairie décide, pour des raisons de sécurité, de le démolir. « L’attachement des Martholains au site a conduit un élu à émettre une contre-proposition. Beaucoup de bénévoles ont donné de leur temps et ont su faire preuve d’ingéniosité », raconte Olivier Cartier‑Moulin, vice-président de l’Association du fort de la Batterie.

L’organisation d’événements redonne vie au lieu et permet de récolter les fonds nécessaires à la réfection des bâtiments. Pour accélérer, le processus, une souscription lancée en 2018 lève 12 000 euros auprès de 100 souscripteurs. En 2021, le conseil départemental de la Savoie apporte son concours avec une aide de 50 000 euros.

Depuis, l’association continue de solliciter les collectivités, fondations et mécènes privés (Poma, Snowleader, Crédit agricole des Savoie…). Son ambition est de poursuivre l’aménagement du fort en refuge, avec une activité professionnelle régulière.

« Le fort est idéalement situé pour accueillir des groupes autour de projets combinant éducation à l’environnement et découverte de la montagne », plaide Olivier Cartier-Moulin.

Tous deux implantés sur la petite commune (1 400 habitants) de Marthod (73), les forts de la Batterie et de Lestal ont bien failli disparaître du paysage.

Un éco-lieu à Lestal

C’est en recherchant un site pour accueillir un éco-lieu tourné vers la culture et l’artisanat que l’association Art-Terre a découvert le fort de Lestal, alors ouvert aux quatre vents et a décidé de l’acquérir. Au terme d’une année de tractations internationales (consécutive au décès du propriétaire allemand, la vente a été effectuée par le biais d’une société basée au Liechtenstein), la transaction est conclue en septembre 2023 au prix de 250 000 euros pour 6,8 hectares.

Situé entre Saint-Michel-de-Maurienne et Valloire, sur la route du col du Galibier, le fort du Télégraphe appartient à la commune de Valloire.

« La peur d’un accident dont ils auraient pu être tenus pour responsables a poussé les héritiers à nous vendre le fort. Nous avons mis un an pour rassembler l’argent », précise Philippe Martin , président de l’association et cofondateur de la société coopérative Art-Terre SAS. L’objectif est de réaliser en priorité des travaux permettant d’accueillir du public. Pour Philippe Martin, le fort a tendance à déclencher un double effet “waouh” : « le premier quand on découvre son potentiel ; le deuxième quand on mesure l’ampleur de la tâche ».

Visite humoristique au Télégraphe

Situé entre Saint-Michel-de-Maurienne et Valloire, sur la route du col du Galibier, le fort du Télégraphe appartient à la commune de Valloire. Il est le seul à proposer, depuis une vingtaine d’années, une visite historique et même humoristique avec des guides en tenue d’époque.

« C’est unique en Savoie et au-delà. Par ailleurs, des décors intérieurs (chambrée, cuisine, infirmerie…) ont été aménagés de manière que les visiteurs puissent se représenter le quotidien des soldats », raconte Laurent Demouzon, guide du patrimoine Savoie Mont-Blanc et auteur de 21 ouvrages sur les troupes alpines et les fortifications.

Outre le panorama sur la vallée de la Maurienne, le fort propose un sentier d’interprétation, en accès libre, et des activités (escape game, laser game) développées par des partenaires.

Des fortifications médiévales à Yvoire

Sa proximité avec la Suisse, dont la neutralité est reconnue par le Traité de Paris de 1815, explique l’absence de fortifications datant des XIXe et XXe siècles en Haute-Savoie. En revanche, la période médiévale a laissé des vestiges militaires, notamment à Yvoire. Fortifié au XIVe siècle par le comte Amédée de Savoie, le village abrite alors une garnison chargée de surveiller la navigation sur le Léman.

« Les remparts, les portes d’accès, le château témoignent de ce qu’était un village médiéval et participent à l’attractivité actuelle des lieux », explique Fabienne Baillif, guide du patrimoine Savoie Mont-Blanc. Le site voisin de Rovorée, où un dernier morceau de rempart est encore visible, était quasiment conçu selon le même schéma, avec une pointe avançant sur le lac et des remparts protégeant le château autour duquel s’organisait le village.

la période médiévale a laissé des vestiges militaires, notamment à Yvoire. Fortifié au XIVe siècle par le comte Amédée de Savoie, le village abrite alors une garnison chargée de surveiller la navigation sur le Léman.

Fort l’Écluse : un concentré d’architecture militaire

Implanté sur la commune de Léaz, dans l’Ain, Fort l’Écluse est à lui seul un concentré d’architecture militaire.

Construit avec les vestiges d’un château fort du XIIIe siècle, l’ouvrage, qui date des XVIe et XVIIe siècles, a été profondément modifié vers 1830. « En partie bâti dans la roche, le fort du bas est relié à celui du haut, posé au sommet de la falaise, par 850 marches. Entre le départ de l’armée en 1960 et son rachat par l’ancêtre de l’agglomération en 1982, beaucoup d’éléments ont malheureusement disparu. Mais l’ensemble, qui a beaucoup servi dans l’histoire, est globalement plutôt bien conservé », explique Jean-Dominique Boulanger, animateur à Pays de Gex Agglo.

Propriétaire de ce site de 14 hectares et 8 000 m² de surfaces habitables qui surplombe le Rhône, la collectivité travaille main dans la main avec Fort l’Écluse Association pour faire vivre les lieux autour d’activités tournées vers le sport, la culture ou le fort lui-même.

Implanté sur la commune de Léaz, dans l’Ain, Fort l’Écluse est à lui seul un concentré d’architecture militaire.

« Nous avons étoffé l’offre au fil des années, avec des expositions permanentes et temporaires, concerts, festivals, sons & lumières, etc. En dehors de la saison estivale, nous louons l’espace pour des événements privés ou à des entreprises », précise Anne Corcelle, chargée d’animation au service culturel de Pays de Gex Agglo.

La diversité du programme permet d’accueillir chaque année 28 000 visiteurs avec une équipe de 3 salariés permanents et 6 saisonniers. Pour accroître l’activité, des projets en direction des professionnels sont en cours d’élaboration avec l’exploitant du parc-aventure installé sur le site, tandis que des coopérations se nouent avec des établissements voisins comme le château Voltaire (billets jumelés), à Ferney-Voltaire.

Également très prisé par les cinéastes – il a notamment accueilli le tournage d’Automne 1943, le premier long métrage du Haut-Savoyard Joël Baud –, Fort l’Écluse n’a rien perdu de son attrait militaire. Depuis deux ans, le 27e bataillon de chasseurs alpins d’Annecy investit régulièrement les lieux pour s’entraîner dans des conditions froides et humides, avec du dénivelé.


Dossier réalisé par Sophie Boutrelle

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