Pièces de réemploi : comment la filière auto s’organise ?

Pièces de réemploi : comment la filière auto s’organise ?

Entré en vigueur le 1er avril, un arrêté impose à la profession d’informer les consommateurs des prix et conditions de vente des pièces issues de l’économie circulaire.

L’arrêté relatif aux pièces issues de l’économie circulaire obligeant les professionnels de l’entretien et de la réparation auto à informer les consommateurs sur les prix et les conditions de ventes est entré en vigueur au 1er avril. Le texte était attendu depuis la loi de Transition énergétique de 2015 et plus encore depuis un décret d’application, entré en vigueur le 1er janvier 2017, qui imposait à la profession de proposer ce type de pièces. Malgré que le CNPA (Conseil national des professionnels de l’automobile) ait déposé un référé suspension contre le dernier arrêté dès le 29 mars (lire ci-dessous), le secteur est d’ailleurs plutôt favorable à ce principe. Et les garages n’ont globalement pas attendu pour proposer à leurs clients des pièces de réemploi, avec la promesse d’une économie de 50 à 70 % sur le prix de la pièce neuve.

Délais de livraison

La loi précise les véhicules concernés, personnels (VP) et utilitaires (VU), et liste les éléments autorisés : pièces de carrosserie, selleries, optiques, vitrages non collés, pièces mécaniques et électroniques, exception faite de certains systèmes réputés non démontables du train roulant, de la direction, des organes de freinage et de la liaison au sol…Elle impose également d’informer le consommateur de la possibilité d’y recourir. « Les termes “pièces issues de l’économie circulaire” renvoient soit à des pièces remises en état selon les préconisations des constructeurs, dites pièces d’échange standard, soit des pièces issues des centres agréés de traitement des véhicules hors d’usage (VHU). Il était bien sûr déjà permis de les proposer aux clients, pourvu qu’elles soient conformes à la réglementation. Et il reste possible de poser des pièces d’occasion qui ne sont pas référencées par le texte. C’est de la responsabilité du garage et du client, auquel son accord est demandé dans tous les cas », rappelle Claude Bray, trésorier du CNPA de l’Ain, ancien représentant des concessionnaires de véhicules particuliers et ancien directeur d’affaires chez Renault.

Il existe trois situations où les professionnels sont dispensés de proposer des pièces de réemploi : lorsque la prestation est réalisée à titre gratuit, sous garantie contractuelle ou dans le cadre des rappels ; lorsque la pièce n’est pas disponible ou non compatible avec le délai d’immobilisation du véhicule indiqué au client ; lorsque le réparateur — dont la responsabilité est engagée — estime que la pièce proposée présente un risque pour l’environnement, la santé publique ou la sécurité routière. Pour Claude Bray, le principal obstacle à l’application de ce texte, au demeurant « plein de bon sens », réside dans la difficulté de savoir, avant d’avoir établi le diagnostic, quelles vont être les pièces à remplacer. « Il faut alors les trouver et se les faire livrer, dans un délai raisonnable. Les garages travaillent soit avec les centres de traitement des VHU locaux, soit avec les gros faiseurs établis en réseau. Heureusement, tous sont bien organisés », note-t-il

Gestion des stocks

Dirigeant de Jacquet Recyclauto, à Ambronay, Daniel Jacquet témoigne de la manière dont les recycleurs ont su s’adapter. « Nous travaillons avec Opisto, un logiciel spécialisé dans la démolition auto, qui a créé une base de données des pièces disponibles auprès de tous les professionnels qui l’utilisent, soit 300 à 350 entreprises VHU sur 1 500 professionnels agréés. Nous travaillons également avec Précis, une plateforme de mutualisation des stocks. Avec ces logiciels, les garages ont directement accès non seulement à la liste des pièces, mais aussi des véhicules que nous venons de rentrer. Quant à la livraison, elle ne pose guère de problème. Avec Précis, les pièces sont acheminées en 24 à 48 heures. »

Les recycleurs s’attellent également à lever une réticence des garages et des clients : la qualité. « On n’attend pas tellement de nous que nous vendions une aile, mais une belle aile, ce qui nécessite, pour trouver la perle rare, de démonter 10 voitures, observe Daniel Jacquet. Quand une pièce porte des petits impacts, on envoie la photo au carrossier, pour savoir s’il est prêt à la prendre quand même. En général, s’il l’accepte, c’est parce que la pièce est rare et qu’on n’arrive pas à en trouver de meilleure. L’important, c’est de travailler en confiance et en bonne intelligence, avec les garages. Si on nous demande un pare-chocs gris, mais qu’on en trouve un meilleur en bleu, on va le proposer. Souvent, les carrossiers refont la peinture de toute façon… »

Reste une question : en deux à quatre ans, la loi a-t-elle dynamisé le marché des pièces de réemploi ? « Elle n’a pas changé grand-chose, sinon qu’elle nous a poussés à mettre en place des moyens informatiques pour la gestion des stocks de manière groupée, estime Daniel Jacquet. Les carrossiers ont fini par se rendre compte qu’ils avaient un intérêt à monter de la pièce d’occasion, en particulier sur les véhicules peu cotés. Cela évite que la réparation soit refusée par l’expert. »

Le rôle des assureurs

Pour Daniel Jacquet, dirigeant de Jacquet Recylauto, ce sont les compagnies d’assurances qui ont fait le plus pour l’utilisation de la pièce de réemploi. « En carrosserie, on a vraie progression du marché, mais souvent à l’occasion d’un choc, donc davantage à l’initiative des assureurs, que des garages ou des clients. Pour eux, c’est une source d’économie, un moyen de contenir le prix des primes d’assurance, estime-t-il. L’une d’elles avait même lancé l’initiative de proposer une remise à leurs clients qui acceptaient le principe de monter des pièces d’occasion, en cas d’accident. »

Jacquet Recyclauto, Recyclage automobile, pièces de réemploi, économie circulaire

Arrêté du 1er avril : les raisons du référé suspension

Favorable aux pièces de réemploi, le CNPA a déposé un recours devant le Conseil d’État contre un texte jugé « trop contraignant ».

Le Conseil national des professionnels de l’automobile (CNPA) représente l’ensemble du secteur, agents, concessionnaires, contrôleurs techniques, etc. Sans oublier les recycleurs. « Nous sommes évidemment favorables au fait de proposer des pièces issues de l’économie circulaire, assure donc Dorothée Dayraut, sa directrice des affaires publiques et de la communication. C’est intéressant pour les clients. Le marché se concentre sur les véhicules de plus de 8 ans. Avec des pièces de 50 à 70 % moins chères que le neuf, il est possible de réparer à moindre coût et d’éviter qu’un véhicule soit voué trop tôt à la destruction. »

Mais alors, pourquoi avoir déposé, le 29 mars devant le Conseil d’État, un référé suspension contre l’arrêté du 1er avril ? « Nous voulons un système simple, pour les consommateurs comme pour les professionnels, notamment les artisans », explique la directrice qui reproche au texte d’être mal rédigé et d’aller plus loin que la loi. « Son champ d’application ne se limite pas à l’entretien et à la réparation, mais s’étend à la vente de pièces détachées, note-t-elle. De plus, il impose une lourdeur excessive, notamment en termes d’informations précontractuelles sur le prix et l’origine des pièces. »

« Une fois que vous avez établi le diagnostic et procédé à la recherche des pièces nécessaires, l’arrêté impose de fait de proposer au client tout ce que vous avez trouvé, puisqu’il faut obtenir l’agrément du client non seulement sur le principe du montage de pièces de réemploi, mais sur la pièce choisie en particulier, précise Claude Bray, trésorier du CNPA de l’Ain. Il faut tenir compte des réalités. On ne va pas immobiliser un véhicule pendant deux jours pour une petite pièce, ni passer du temps à chercher une pièce d’occasion qui coûtera à peine moins cher qu’une pièce neuve. Ce référé suspension vise avant tout à une réécriture du texte, afin que celui-ci ne soit pas suffisamment contraignant pour ne pas être appliqué et semer le doute, dans l’esprit des clients, sur l’honnêteté des garagistes. »

300

Le chiffre d’affaires hors taxe du marché de la pièce issue de l’économie circulaire s’élève à 300 millions d’euros. Les pièces de réemploi les plus vendues sont, dans l’ordre, les jantes, les ailes, les portes, les pare-chocs, les rétroviseurs, les optiques, les feux, le capot, le hayon et la calandre.

Un budget automobile en hausse

D’après l’Automobile club association, le budget des automobilistes a connu différentes hausses en 2018, notamment du côté des carburants et de l’entretien. L’ACA observe une augmentation de 15,4 % pour le sans-plomb 95 et de 22,5 % pour le gazole, en valeur hors taxes, tandis que la fiscalité pétrolière a grimpé de 6 % pour le super et de 12,9 % pour le diesel. L’entretien quant à lui aurait connu une inflation de 3,4 à 3,8 %. Un argument de plus pour les pièces de réemploi, même si elles augmentent aussi (+4,4 % de 2017 à 2018, selon l’association Sécurité et réparations automobiles), pour des raisons d’’enrichissement technologique des fonctions des véhicules. Les autres postes inscrits à la hausse sont les primes d’assurance avec une progression moyenne de 2,5 % à modèle égal, le péage à +1,36 % et le garage de la voiture à + 1,54 %. Ces deux dernières augmentations restent toutefois inférieures à l’inflation (1,8 %). Le prix d’achat des véhicules neufs reste stable, de même que leur valeur de reprise à quatre ans.


Par Sébastien Jacquart

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