Alors que les équipements peinent à couvrir les besoins des scolaires, clubs sportifs et habitants, les projets de centres aquatiques sont noyés par les difficultés budgétaires des collectivités.
Sans un accord avec Grand Annecy, la piscine espérée à proximité du complexe sportif de Sous-Lettraz, à Épagny-Metz-Tessy, risque bien d’être coulée avant même d’être construite. Pour des raisons financières, cinq des dix-sept communes (10 de Grand Annecy, 7 de la communauté de communes Fier-et-Usses) associées à l’origine dans le projet, ont décidé de se retirer.
Le bassin de population concerné tombe ainsi à moins de 50 000 habitants, alors que le seuil critique est, a minima, de 60 000 personnes. « Pour être acceptables dans la durée, les coûts de fonctionnement d’un tel équipement doivent être de l’ordre de 10 euros par an et par habitant, on ne peut pas aller au-delà », calcule Pierre Bruyère, le maire de Poisy, à l’initiative de ce programme estimé à 15 millions d’euros pour deux bassins couverts.
« Il est vraiment regrettable que nos enfants n’aient plus de créneau possible pour l’apprentissage de la natation. Des communes déléguées d’Annecy seraient également sûrement intéressées car, depuis la fermeture de la piscine des Marquisats, les capacités sont très insuffisantes », poursuit l’élu.
1000 : c’est, en euros, le coût moyen de l’entretien, par m² et par an, des piscines pour les collectivités.
Source : Observatoire des finances et de la gestion publiques locales – 2021
Vague de reports
À Annecy, la piscine des Marquisats, qui a fermé ses portes en septembre 2020, devait théoriquement rouvrir après deux ans de travaux. Mais les nageurs ne reviendront pas avant octobre 2025, au mieux. « Nous espérons que l’ouverture des plis, mi-juin, sera fructueuse, comme elle l’a été pour les travaux de la patinoire et de la piste d’athlétisme. Dans le cas contraire, nous serons contraints de relancer des appels d’offres ce qui prendra de nouveau du temps », prévient Catherine Allard, adjointe au maire chargée des sports.
Le planning de l’opération, lancée sous le précédent mandat, a été revu pour diverses raisons : modifications apportées par l’équipe municipale élue en juin 2020 (bassins en inox plus pérennes, traitement plus performant permettant une économie d’eau de 30 %, etc.), recherche d’économies financières, difficultés géotechniques, cyberattaque retardant le permis de construire, etc. « C’est un très gros projet, comme il y en a peu aujourd’hui en France. Rien que la publication des marchés a mobilisé un agent municipal à temps plein pendant trois mois, car nous devons être extrêmement rigoureux », poursuit Catherine Allard.
L’objectif actuel est de réaliser cet été la dépollution du site et les travaux préparatoires, en vue de lancer, début octobre, la reconstruction prévue sur 24 mois. Il est aussi de rester dans le cadre de l’enveloppe portée à 34 M€, alors que le budget prévisionnel s’établissait à 26 M€. Annecy annonce qu’elle ne pourra pas investir davantage et rappelle qu’elle est l’une des rares villes françaises à financer ses équipements sportifs et culturels alors même qu’ils sont largement utilisés par les habitants de l’agglomération. « Ce choix a été fait en 2017 par nos prédécesseurs. L’indemnité compensatoire qui nous est versée ne porte que sur les coûts de fonctionnement et elle est fixe », regrette l’adjointe aux sports.

Rumilly Terre de Savoie se jette à l’eau
Après une vingtaine d’années de réflexion et douze ans d’études, la communauté de communes a décidé de lancer la construction d’un centre aquatique intercommunal. L’investissement est estimé à 14 millions d’euros.
La construction d’un nouveau centre aquatique est le principal projet du mandat pour la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie, qui espère bien couper le ruban avant le prochain scrutin, en 2026. « Les 32 élus communautaires qui ont pris part au scrutin du 30 janvier ont tous voté favorablement, car ils ont bien compris que, si on manquait le coche cette fois, nous n’aurions plus d’autres occasions compte tenu de l’évolution des finances des collectivités », assure Christian Heison, son président et maire de Rumilly.

L’investissement, qui fera l’objet d’un marché global de performance, est évalué à 14 millions d’euros, tandis que les charges d’exploitation sont estimées à 1,2 M€ par an, soit un déficit annuel de l’ordre de 550 000 euros. « Un scénario plafond, compte tenu du contexte de fortes incertitudes. Le cas échéant, des ajustements ultérieurs seront proposés pour réduire l’enveloppe en investissement et/ou fonctionnement », précise le rapport.
Implanté à l’entrée de la base de loisirs, l’équipement sera calibré pour une fréquentation maximale instantanée de 642 baigneurs en été, 475 en hiver. Sur une emprise d’environ 8 000 m², il comprendra un bassin sportif, un bassin d’apprentissage-loisirs-activités et une pataugeoire. Des espaces extérieurs (bassin estival de 250 m², aires de jeux, terrasses minérales et végétalisées) et un parking viendront compléter l’ensemble.
L’équipement, dont le mode de gestion reste à arrêter (régie directe ou déléguée à un prestataire), est destiné à remplacer la piscine de Rumilly, considérée comme obsolète après une quarantaine d’années de fonctionnement. Propriétaire, la Ville de Rumilly imagine que le site pourrait, à l’avenir, accueillir un conservatoire intercommunal de musique à la hauteur des besoins du territoire.
« Nous avons un patrimoine de 90 000 m² quand le ratio, pour des villes de notre taille, oscille entre 60 000 et 65 000 m² », note Christian Heison. « Ce constat nous a amenés à engager des réflexions dans le cadre d’un schéma directeur immobilier. »
Un budget allégé aux Foron
Gestionnaire de l’espace aqualudique des Foron, le Sivu (syndicat intercommunal à vocation unique) des Foron est depuis le 4 mai présidé par Pierrick Ducimetière, le maire de La Roche-sur-Foron. « Dès lors que la présidente, Isabelle Mourer, et son 3e vice-président, Bernard Gaillard, étaient démissionnaires, et que personne ne souhaitait se présenter, il me semblait logique de prendre la suite du projet de rénovation », estime-t-il.
Les réflexions engagées en 2015 par le Sivu ont débouché sur l’élaboration d’un programme de travaux de 7,5 M€, réévalué à 8,6 M€ en raison, entre autres, de l’inflation. Mi-février, La Roche-sur-Foron, suivie par Reignier-Ésery et Saint-Pierre-en-Faucigny, ont annoncé que leur situation financière ne leur permet pas d’aller au-delà des engagements initialement prévus, ce qui a déclenché les démissions d’Isabelle Mourer et Bernard Gaillard.
Pierrick Ducimetière envisage de revoir le phasage des travaux pour se limiter, « dans un premier temps, aux investissements strictement nécessaires liés aux machineries et aux mises aux normes ».
Sophie Boutrelle
Photo : La future piscine des Marquisats à Annecy, dessinée par l’agence Dubuisson Architecture (crédit Dubuisson Architecture)








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