Devant l’épidémie de coronavirus, la société de flaconnage d’Oyonnax a décidé de modifier une partie de sa production.

Spécialisée dans le flaconnage pour l’industrie de la beauté et du luxe travaillant pour de grandes marques comme Dior, Chanel, Yves Saint Laurent, l’entreprise PRP Création, installé à Oyonnax, a dû changer ses manières de faire avec le Covid-19. Mais le résultat est particulièrement positif. « Aujourd’hui, nous tournons à peu près à 60 % de notre capacité. Nous avons eu énormément de demandes de flacons de gel hydroalcoolique. Nous avons pris la décision de répondre à cette demande et avons converti un atelier fabriquant des flacons en PET pour cela, explique Joël Viry, son PDG. Nous sommes habituellement sur du haut de gamme, mais nous vendons à prix coûtant pour pouvoir fournir les hôpitaux, ainsi qu’un certain nombre de structures. Nous avons aussi effectué des dons allant de 50 à 250 flacons à une bonne douzaine d’entreprises qui avaient récupéré des bidons de gel hydroalcoolique qu’ils devaient distribuer. » Habituellement, la société n’en produit pas. Désormais, elle fabrique 300 000 flacons par semaine. « Si besoin, nous avons une capacité de 400 000, c’est ce que nous avons réalisé la première semaine. Nous sommes en train de signer actuellement un contrat avec une centrale des hôpitaux en France. » Et PRP création fédère autour d’elle. La société Eastman a donné de la matière première pour la fabrication.

Une routine chamboulée

Pendant ce temps, l’entreprise ne produit pas pour ses clients. Pourtant, ces derniers n’ont pas forcément moins de besoins. « Nous sommes sur des marchés mondiaux. Quand nous livrons Dior, les produits sont destinés au monde entier. Et pendant que l’activité se ralentissait en Chine, en janvier, février, elle s’est poursuivie en Europe et aux États-Unis. Désormais, le mouvement est ralenti en Europe et aux États-Unis, mais il a repris en Asie. Nous n’avons pas réellement de baisse d’activité. Pour autant, une machine est consacrée à cette fabrication de flacons et nos autres produits en pâtissent. Heureusement, nos clients habituels comprennent la situation. Il s’agit pour nous d’un effort, mais nous le faisons pour la santé du pays, ainsi que pour l’économie. Cela va être un désastre. Il est important de faire tout ce qu’il est possible pour réduire les dégâts. Quand je rentre tous les soirs, j’ai les mêmes craintes que les salariés. » Pour faire face, la société a dû mettre en place des consignes relativement strictes. Port du masque, nettoyage de toutes les poignées, des rampes, les distances barrières, tout y passe. Pour que le lavage des mains fréquent n’impacte pas les poses, ces dernières ont été augmentées. À l’écoute des employés, l’entreprise se montre compréhensive. « Actuellement, nous n’avons aucun cas de coronavirus dans nos équipes, seulement une suspicion chez un intérimaire, qui, après confinement, n’a pas été détecté comme porteur. Nous avons demandé à toutes les personnes en situation de fragilité de rester chez elles. Nous n’imposons absolument pas à nos employés de venir dans les locaux de l’entreprise, qu’il s’agisse de soucis de garde d’enfants, ou de crainte par rapport à la situation », ajoute Joël Viry. Si une cinquantaine d’employés sont en arrêt de travail. Environ six personnes ont pu passer au télétravail.

« Je tiens à remercier tous les salariés de PRP qui acceptent de venir travailler, tout cela dans un très bon climat. Je comprends également tous ceux qui restent à la maison, je sais qu’ils ont tous une bonne raison de le faire. »


Progression

PRP création réalise actuellement 20 millions d’euros de chiffre d’affaires. La société est issue de la fusion de plusieurs PME sur le territoire d’Oyonnax. Elle compte 180 salariés. « Nous faisons à peu près 65 millions de flacons par an. Environ 80 à 85 % de notre chiffre d’affaires en France, le reste à l’export, notamment vers les États-Unis et le Japon. » Si près de 90 % de la production concerne le flaconnage, l’entreprise réalise également des pièces d’aspect, notamment pour l’électroménager. En 2017, quand les différentes sociétés ont fusionné, le chiffre d’affaires s’élevait à 14 millions d’euros. En 2018, il était déjà passé à 19,5 millions d’euros.


Par Joséphine Jossermoz