Face à la baisse du chômage, les entreprises cherchent à se démarquer dans leur recrutement pour trouver la perle rare : la main-d’œuvre !
Vaste problème que le recrutement dans l’Ain. Avec un taux de chômage de 5,5 %, le département occupe une position enviable, meilleure que celle de la région Aura (6,4 %) ou du pays (7,3 %). Mais cette médaille a son revers. Aussi, les entreprises tentent de diversifier leurs actions pour trouver de la main-d’œuvre.
Certaines d’entre elles s’intéressent aux softs skills, autrement dit, aux savoir être, mais le déclic demeure difficile. « Beaucoup de sociétés s’accrochent encore au CV. Les entreprises que nous accompagnons ont conscience de l’importance des softs skills, mais elles ont du mal encore à se détacher de la compétence technique. Pourtant, c’est essentiel pour recruter différemment, comme avec le speed dating ou encore, avec la mise en place de stands de recrutement près des matchs de foot », explique Marie-Laure Laurier, codirectrice du cabinet de conseils et services en ressources humaines Deux Mains RH. Le cabinet pratique pour sa part la méthode de l’approche directe. « Nous descendons les organigrammes des entreprises pour trouver les compétences et leur proposer des postes. » Toutefois, Marie-Laure Laurier alerte sur la nécessité de ne pas entrer en concurrence avec les sociétés du territoire pour éviter une flambée des salaires. Mieux vaut chercher ses nouveaux collaborateurs en dehors de l’Ain et travailler leur mobilité et celle de leurs familles.
Des initiatives originales
Pour favoriser les rencontres, les initiatives originales ne manquent pas dans le département. Grand Bourg Agglomération a récemment organisé une séance de cross fit (photo ci-dessus) pour repérer des talents. Dirigeants ou candidats, personne n’était identifié. Tous ont fait du sport ensemble, montrant ainsi certaines compétences, avant de pouvoir enfin se présenter. « Il existe aussi des opérations de job dating inversé, où ce sont les employeurs qui passent de table en table pour se présenter. Dans la même idée, des jobs dating à l’aveugle et sans CV ont été organisés », explique Mohamed Baabouchi, chargé de mission handicap de la CPME Aura, qui cite encore les escape games ou la réalité virtuelle comme méthodes de recrutement atypiques, révélatrices de soft skills. « Ailleurs dans la région, on utilise même l’équithérapie et la culinothérapie pour dénicher des talents », poursuit-il. « Il faut toutefois bien définir ce que l’on cherche avant d’utiliser ces méthodes. Sinon, cela risque de ne pas être cohérent pour les candidats », alerte Marie-Laure Laurier.
Publics atypiques
Recruter de façon originale, c’est aussi piocher dans des viviers un peu moins conventionnels. « Il faut penser aux seniors qui cherchent souvent à compléter leurs trimestres, aux personnes handicapées, régulièrement mises de côté, aux étrangers, aux personnes qui sortent de prison ou même aux jeunes. La majorité d’entre eux sont particulièrement motivés et ne demandent qu’à faire leur preuve. De plus, ces publics sont accompagnés, ce qui balise le parcours. Les échecs dans ces cas-là sont peu fréquents », conclut Mohamed Baabouchi.
5,5 %
Le taux de chômage aindinois, en baisse, n’est que de 5,5 %
7,3 %
Au national, le chômage s’élève à 7,3 %.
Cinq conseils pour faciliter l’embauche
- Les candidats doivent pouvoir postuler en moins de cinq minutes, sans contrainte, depuis leur téléphone. Et tant pis s’ils n’ont pas leur CV sur eux.
- Recruter un employé ne doit plus se baser sur le CV. Il faut identifier les qualités et les compétences clés pour le poste et se délier du sacro-saint diplôme.
- Travailler la mobilité du candidat et de sa famille est essentiel pour inciter les personnes hors département à déménager.
- Garder contact, une fois par an, avec les personnes ne correspondant pas au poste permet d’avoir un vivier sous la main quand celles-ci monteront en compétence.
- Enfin, les entretiens formels ne sont plus de mise. Pourquoi ne pas commencer par un premier échange sur WhatApps, avant d’inviter plus tard le postulant à visiter les locaux ?
Prim Agro lance sa deuxième édition
Le dispositif permettant aux entreprises d’accéder à un vivier de candidats atypiques mais motivés est renouvelé.
Ils seront dix stagiaires à suivre le parcours Prim Agro pour neuf postes. La deuxième édition, lancée le 9 juin, dispense des formations linguistiques à visée professionnelle et des formations techniques dans une optique de mise à l’emploi sur un métier pénurique : conducteur d’équipements industriels dans le monde agroalimentaire. Les stagiaires, des adultes en cours d’intégration en France et freinés habituellement dans leur recherche d’emploi par le manque de maîtrise de la langue, peuvent accéder au programme avec un niveau de langue B1, voire, A2. Le projet est donc un partenariat gagnant-gagnant, tant pour les demandeurs d’emploi que pour les six entreprises participantes, qui les intègrent dans leurs équipes pour leur apprendre le métier et qui peuvent leur proposer un poste par la suite. Coorganisée par la préfecture de région, Pôle Emploi, Ocapiat, l’AFPMA et Alimentec, l’opération prévoit au total 792 heures de formation, réparties entre l’apprentissage de la langue, des maths et le passage en entreprise.
« Nous sommes face à un public très motivé. Nous avions déjà tenté la première édition, une vraie réussite ! »sourit Aline Villier, chargée des ressources humaines chez Bressor. La société réitère l’expérience cette année encore. « Nous avions besoin de main-d’œuvre, surtout pour le poste d’opérateur et de conducteur de production. Nous recherchons des personnes qui ont un savoir être exemplaire et qui ont la capacité d’apprendre. Nous les formons pour qu’elles accèdent à un poste de conducteur machine dans un premier temps pour, ensuite, les faire évoluer en conducteur de ligne. Nous avons vu, lors de la première édition, que le manque de maîtrise du français n’était pas une barrière en interne. Nous avons pu les monter en compétences et ils comprenaient les consignes. Nos anciens stagiaires étaient des personnes qui avaient envie de travailler, qui n’étaient jamais en retard et se montraient assidues. Nous espérons que ce sera la même chose avec nos deux nouveaux stagiaires, peut-être trois, si nous arrivons à avoir le dixième », conclut-elle. L’entreprise serait d’ailleurs déjà partante pour recommencer l’expérience, si une troisième opération Prim Agro se monte.
La deuxième édition, elle, devrait se terminer en mars 2023.
Joséphine Jossermoz
Photo : Une séance de crossfit en guise de session de recrutement, organisée chez Talos Crossfit par Grand Bourg Agglomération, avec Pôle Emploi, Cap Emploi, la Mission locale jeunes et Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises, plus des financements du Fonds social européen.







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