Recyclerie : Emmaüs 73 maintient le cap face à la concurrence

par | 27 février 2026

Longtemps seul maître à bord de l’économie solidaire et circulaire, Emmaüs 73 a vu une concurrence marcher sur ses platebandes… Loin de s’en plaindre, la communauté savoyarde s’adapte au mieux.

Pionnier de l’économie sociale, solidaire et circulaire, Emmaüs se frotte désormais à d’autres structures locales de la récupération et du réemploi. « Nous avons été parmi les fondateurs de certaines des structures liées au réemploi en Savoie, explique Lucas Winkelmann, coresponsable d’Emmaüs 73, notamment Trialp, qui gère tous les déchets à Chambéry, mais aussi Les Chantiers valoristes. Aujourd’hui, ce sont des entreprises pleinement autonomes dont nous sommes partenaires. »

Pour lui, cette “concurrence” est tout à fait loyale si elle est observée sous le prisme social : « L’idée n’est pas de faire en sorte qu’Emmaüs survive et que les autres périssent, ou inversement. La bonne dynamique consiste à travailler ensemble et à répondre collectivement à des projets. »

Les opportunités de coopérer ne manquent pas dans le Grand Chambéry : un pôle “économie circulaire” sur le site de Rubanox fait l’objet d’un appel à manifestation d’intérêt – auquel tous ces acteurs devraient concourir –, et Savoie Déchets porte un projet de centre du réemploi, en lieu et place de l’ancien site de tri des déchets, à Bissy.

« Plusieurs acteurs de l’économie circulaire vont se retrouver. Le site sera mutualisé pour avoir des espaces de vente, du stockage pour ce qui concerne Emmaüs, de la logistique et des ateliers de réparation », expose Lucas Winkelmann. Ce projet, validé fin 2025, est en cours de maturation pour une mise en service en 2027. « L’enjeu, pour nous, est de ne pas passer à côté de ces dynamiques-là », ponctue le jeune homme.

Le modèle économique d’Emmaüs 73 a fait ses preuves depuis quarante-cinq ans qu’il existe. « L’association est autosuffisante financièrement. Nous touchons peu, voire pas de subventions publiques », précise Lucas Winkelmann. « Nous percevons des aides ponctuelles sur des activités sociales bien précises ».

Lucas Winkelmann (debout à droite) en compagnie de deux bénévoles d’Emmaüs 73, Isabelle Abry-Durand et Bruno Soler, au rayon “enfants”, à La Motte-Servolex.

1,4 M€ de ventes annuelles

Emmaüs 73 génère 1,4 M€ de chiffre d’affaires, dont 80 % relèvent de la vente directe des objets déposés gracieusement par les donateurs. Une demi-journée d’activité engendre jusqu’à 800 passages en caisse, voire 1 500 le samedi. Il faut dire que le site, installé sur la zone industrielle de Bissy, s’étend sur 2 000 m2, divisés en pôles. Emmaüs 73 emploie sept salariés permanents, pour encadrer l’activité bénévole de la cinquantaine de volontaires actifs chaque semaine et assurer un service d’accueil.

Emmaüs : deux modèles économiques différents

Le modèle économique de la communauté Emmaüs a pour seul but de venir en aide à un public en grande difficulté : à La Motte-Servolex, 60 compagnes et compagnons sont hébergés à titre gratuit et reçoivent même un budget mensuel pour leur contribution à la vie de l’association. Quant à Emmaüs Vêtements, elle affichait un chiffre d’affaires de 2,5 M€ en 2024.

« L’activité “vêtements” a été créée pour favoriser l’emploi des femmes, sur le tri du textile. Lorsqu’elle s’est développée, elle s’est séparée de la communauté », explique Lucas Winkelmann, coresponsable d’Emmaüs 73. Une quarantaine de salariés en insertion professionnelle font tourner les magasins, qui fonctionnent comme n’importe quelle entreprise d’aide à l’emploi pour les personnes qui en sont les plus éloignées.

A l’instar de toutes ces entreprises sociales, Emmaüs Vêtements bénéficie de subventions publiques, contrairement aux recycleries Emmaüs organisées sous forme associative.


Leila Oufkir
Photo à la une : Emmaüs Challes-les-eaux

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