Pour l’année de sa création, le Reep, nouveau temps fort du Haut-Bugey, a réuni étudiants et chefs d’entreprise le 7 décembre à Valexpo. L’une des conférences de la journée portait sur la seconde vie des matières plastiques.
« Nous sommes proches des entreprises de la Plastics Vallée pourtant avant de porter le projet, nous étions incapables d’en citer une », confiait Nils Lécuyer au mois de septembre, lors de la présentation officielle du Reep. Depuis, la Rencontre étudiants entreprises de la Plastics Vallée est passée, emportée par un élan prometteur et encourageant. Le 7 décembre, pour la première édition, plusieurs conférences étaient au programme. Celle animée par Hervé Vion Delphin, dirigeant de la société Broplast à Izernore, abordait notamment la problématique du recyclage des matières plastiques et leur seconde vie à l’échelle industrielle. « Chez nous, le recyclage consiste à transformer les matières plastiques pour en faire des pièces réutilisables », a expliqué Hervé Vion Delphin. Mais l’enjeu du plastique pour notre environnement nécessite encore d’être l’objet de campagnes de sensibilisation auprès des entreprises, et ce quelle que soit leur taille. Outre la transformation, l’incinération et l’enfouissement demeurent les solutions largement envisagées par les industriels pour se débarrasser de leurs déchets plastiques. Pas sûr toutefois que notre écosystème apprécie ces deux dernières options, « des secteurs à combattre » selon le dirigeant de Broplast. « Nous diviserons par deux les déchets mis en décharge et recyclerons 100 % des plastiques sur tout le territoire d’ici à 2025 », promettait le Premier ministre devant l’Assemblée nationale au mois de juillet. Le chemin reste à parcourir : la France a rejeté 3,3 millions de tonnes de déchets plastiques en 2014, selon l’étude biennale commandée par Plastics Europe, dont 21 % d’entre eux ont été recyclés. Si l’idée de sauver la planète a valeur d’utopie pour Hervé Vion Delphin, son entreprise spécialisée dans la récupération, le traitement et la revalorisation des déchets thermoplastiques, a bel et bien son utilité. « Il y a toujours des bons arguments pour ne pas recycler mais j’invite ceux qui agissent ainsi à habiter près d’un incinérateur et respirer de la dioxine. Il faut être sérieux, c’est un sujet de santé publique. »
D’où viennent les réticences ?
Éthique, morale, préservation de la planète, développement durable, a priori, tout semblerait favoriser le recyclage. Pourquoi donc tant de frilosité de la part des industriels ? « Très vite, quand on dirige une entreprise, on se retrouve rattrapé par le fameux modèle économique, et ce quelles que soient les idées vertueuses que vous pouvez avoir pour la planète. Depuis 25 ans, le niveau des prix des matières vierges est bas », poursuit Henri Vion Delphin. Conséquence, les entreprises se détournent des matières recyclées, jugées moins compétitives. Le dirigeant de Broplast pense que seules la norme et la contrainte peuvent ainsi faire évoluer la situation. « La performance du recyclage vient de l’énergie des hommes. Nous avons un potentiel de transformation des déchets exceptionnel mais il nous faut aussi l’aide de l’État. »
Trivéo, le concept innovant

L’équipe organisatrice du REEP.
Chez Broplast, une quarantaine de salariés s’attellent chaque jour au traitement des matières plastiques dans l’unité de production de 3 000 m2, « pour redéfinir l’économie circulaire ». Grâce à un apport en machines non négligeable, l’activité de Broplast ne faiblit pas. « Comme une compagnie aérienne qui développe une offre low cost, nous avons décidé de bâtir une société qui puisse être low cost dans ses coûts pour s’attaquer aux déchets complexes, ceux qui nécessitent énormément de travail et de main-d’œuvre ». Le concept, le village de la régénération, a donné naissance à Trivéo (Brion). La structure regroupe, en mode coopératif, quatre entreprises du recyclage réunies autour de l’économie sociale et solidaire : Broplast, Gavand, Indco et Nigra. En 2017, Trivéo a traité 800 tonnes de déchets.
Opération séduction dans les allées du reep
Les entreprises ont tenté d’attirer les profils correspondants à leurs besoins.

Le groupe JBT compte 700 collaborateurs répartis dans diverses filiales.
Chez Rovipharm, Guillaume Chevry au poste de responsable de production n’a pas caché pas sa déception. « Pour nous, le bilan est plutôt maigre. Le matin, nous avons vu très peu d’étudiants, peu de monde est venu nous voir », a-t-il indiqué. Des échanges rares « et pour ce qu’on recherchait, nous n’avons pas trouvé les profils qui nous intéressaient », a rajouté le responsable de production. Une majorité d’étudiants en deuxième année en quête d’un stage de trois mois arpentaient les allées du Reep, quand Rovipharm convoitaient des élèves ingénieurs en fin d’étude pour un stage de six mois. « Nous sommes en train de créer un poste, d’abord pour un stagiaire en vue d’une embauche. Nous sommes un peu déçus car nous n’avons pas eu beaucoup de candidatures ». Et Maryline Bouquerod, responsable administrative et financière d’ajouter : « Les étudiants posaient peu de questions ». Seuls quatre élèves ingénieurs ont déposé leur candidature au stand de Rovipharm. L’entreprise située à Val-Revermont transforme et injecte des matières plastiques pour le secteur pharmaceutique et médical (systèmes de dosage, gobelets doseurs notamment). Société en croissance au chiffre d’affaires de 14 millions d’euros, Rovipharm compte 75 salariés, emploie quatre alternants et concentre actuellement son recrutement sur les missions de longue durée.
À vingt minutes en voiture d’Oyonnax, après la frontière de l’Ain, dans le département du Jura, la commune de Molinges était représentée lors du Reep par le groupe JB Technics, fabricant de moules et injecteur de pièces plastiques. Fabienne Vaie, responsable ressources humaines et son adjointe, Aurélie Invernizzi, étaient satisfaites de leur participation. « C’est toujours une bonne journée dès lors qu’on se fait connaître », a souri Fabienne Vaie. Les deux employées ne sont pas reparties avec de candidature en lien avec les besoins de la société, mais loin d’elles tout pessimisme. « Nous avons pu parler de notre activité aux étudiants, qui en parleront autour d’eux. C’est l’effet boule de neige que l’on recherche pour attirer des talents ».
Conférences et tables rondes sur une journée

À noter
De nombreux campus rhônalpins ont fait le déplacement : Lyon, Chambéry, Annecy, Bourg-en-Bresse et bien sûr Oyonnax. Pas moins de 31 entreprises et neuf institutions se sont mobilisées pour l’événement, pour présenter les métiers de la filière et les dernières innovations. Le projet du Reep est né au mois d’avril à l’initiative des étudiants en alternance de l’Insa de Lyon à Oyonnax.
Par Sarah N’tsia








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