La rentabilité de la S3V en question

La rentabilité de la S3V en question

Un rapport de la Chambre régionale des comptes pointe la perte de rentabilité de la Société des 3 Vallées et un retard d’investissements.

Les comptes et la gestion de la société anonyme d’économie mixte des Trois vallées (S3V) majoritairement détenue par le Département de la Savoie ont été passés au crible par la Chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes sur la période 2009-2016. En préambule, la juridiction constate que la création d’un syndicat mixte rassemblant le département et les communes, envisagée en 2009, n’a pas abouti faute de volonté entre les autorités organisatrices.

Un enchevêtrement de structures

Du coup, la situation reste complexe pour la S3V qui gère différents contrats de délégation de service public avec plusieurs autorités organisatrices. A Courchevel 1550 et Le Praz, les remontées mécaniques relèvent du département, l’aménagement et l’entretien des pistes de la commune de Saint-Bon. Idem sur Courchevel 1850 à l’exception d’une enclave (Pralong, Bellecôte et Cospillot) où la commune est la seule autorité organisatrice. A Courchevel 1650 et La Tania ce sont les communes territorialement concernées (Saint-Bon pour la première, La Perrière pour la deuxième) qui sont les autorités délégantes. Enfin la commune des Allues a délégué la gestion de Mottaret à la S3V mais le reste du domaine est géré par Méribel Alpina (Groupe Compagnie des Alpes). Pour la CRC, cette complexité a pu jouer en défaveur des communes, notamment pour les redevances d’occupation du domaine public.

Retards d’investissements

Sept avenants aux différents contrats en vigueur ont été signés débouchant sur un alignement des échéances jusqu’en 2030 et l’arrivée à son terme du contrat pilote conclu avec le département. Une volonté d’harmonisation et de rationalisation qui conduit à des durées totales de délégation excessives, au regard notamment de l’insuffisance de la programmation long terme des investissements. En matière de développement des remontées mécaniques, le rapport de la chambre régionale estime que du retard a été pris et que l’effort affiché est nettement surévalué par rapport à la réalité : « en retraitant les données, il apparaît qu’il n’y a pas d’accélération du plan d’investissement annoncé par le délégataire (S3V) au département », précise-t-il en évoquant même un recul qui atteindra, par rapport aux prévisions,  les 3,16 millions à l’échéance 2030.

Politique tarifaire et gratuités

Pour compenser la baisse du nombre de journées skieurs, la S3V a opté pour une hausse du prix de ses forfaits mais reste concurrentielle par rapport à ses concurrents. En revanche, les gratuités qu’elle accorde représentent un coût potentiel de 4,6 millions d’euros hors taxes pour un total de 6059 forfaits de un jour à la saison. Les principaux bénéficiaires de cette gratuité (1753 forfaits saison) sont les moniteurs de ski en contrepartie d’obligations d’intérêt général (2 jours de travail). Pour la CRC, cette aide indirecte à une activité privée n’est juridiquement pas acceptable. Les officiels et élus sont également bien lotis (1684 forfaits dont 258 saisons) ainsi que le personnel S3V et leur famille (1266 forfaits). Au-delà des remarques faites sur la nécessité de stopper des gratuités injustifiées et les modalités à apporter (paiement de cotisations sociales par exemple pour les salariés), la CRC rappelle que les conditions tarifaires et gratuités doivent être soumises pour approbation aux autorités délégantes.

Une situation financière dégradée

Avec un chiffre d’affaires 2016 de 64,18 millions d’euros, la S3V se classe au 5e rang des sociétés de remontées mécaniques françaises. Modérée (1,9% en moyenne annuelle), sa progression est absorbée par l’augmentation soutenue des charges d’exploitation, notamment de personnel. Depuis sa prise de fonction en 2014,  Pascal de Thiersant, le président du directoire, s’est attaché à maîtriser les charges d’exploitation mais l’excédent brut d’exploitation diminue.  Le montant cumulé des dividendes versés sur la période 2009-2016 s’élève à 35,44 millions d’euros soit 74% du résultat net cumulé après impôt. Pour maintenir de tels dividendes, la S3V a allongé la durée de ses amortissements. « A l’avenir, et pour poursuivre ses investissements, elle ne pourra plus puiser dans ses réserves et devra donc accroître, probablement ensemble, ses emprunts et son autofinancement », prévient la CRC qui observe une dégradation de la rentabilité exigeant de maîtriser les charges et de revoir le modèle économique.

Photo : Courchevel – @Qwesy

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