Réseau Entreprendre : comment fabrique-t-on un dirigeant ?

Réseau Entreprendre : comment fabrique-t-on  un dirigeant ?

Les deux associations des Pays de Savoie (Réseau Entreprendre Savoie et Réseau Entreprendre Haute-Savoie) fêtent en 2019 vingt ans d’expérience dans l’accompagnement des créateurs, repreneurs et développeurs d’entreprise.

Se mettre en jeu : c’est le quotidien des entrepreneurs tout au long de l’année. Les lauréats de Réseau Entreprendre Savoie comme Haute- Savoie le font un peu plus lors de la traditionnelle soirée des lauréats puisque l’association leur demande alors de se produire sur scène. En Savoie, de façon résolument décalée – la dernière édition, en avril, était sur le thème des contes… – mais toujours sérieusement. « Nous demandons à chacun d’une part de présenter de façon courte, claire et précise son activité, d’autre part de le faire en se mettant en scène, de façon ludique », indique la directrice Perrine Bois (photo).

Sketches, danse, fable… l’éventail des formes a été large pour parler de son projet. Le mois précédent, Réseau Entreprendre Haute-Savoie avait placé sa soirée des lauréats sur le thème du “ grand saut ”. Vingt ans que dure l’aventure. C’est en effet en 1999 que Jean-Albert Corrand créait l’association savoyarde puis, deux ans plus tard, un pôle d’activité en Haute-Savoie (l’association haut-savoyarde naissait officiellement en 2005). Vingt ans sans varier du cap défini dès 1986 par André Mulliez, président de Phildar : « Pour créer des emplois, créons des employeurs ». « La création d’emploi reste au coeur de notre projet, confirme Perrine Bois. Nos créateurs s’engagent généralement sur cinq créations à trois ans, nos repreneurs à conserver l’existant et à développer l’entreprise ».

Accompagnabilité

Avant de créer des employeurs, encore faut-il les repérer. En 2018, Réseau Entreprendre Haute-Savoie a été en contact avec 148 porteurs de projets, son homologue savoyarde avec 131 porteurs. Seulement 53 (39 en Savoie) de ces dossiers ont été étudiés, pour 25 soutenus (15 en Savoie). Un tri sévère qu’assume parfaitement Perrine Bois.

« Le prêt d’honneur que nous attribuons (26 900 euros en moyenne) est une dette personnelle du dirigeant envers l’association. Nous l’accordons lorsque nous nous sentons en phase avec le projet et surtout avec son porteur. Nous devons être sûrs de son “ accompagnabilité ” ».

« Il doit montrer qu’il est ouvert, capable d’écouter nos remarques, capable aussi de confier ses problèmes à d’autres entrepreneurs, complète le président de Réseau Entreprendre Haute-Savoie Gilles Mollard (photo, au centre). Nous nous engageons sur deux ans avec lui ! L’intérêt, c’est qu’avant même d’être présenté, le dossier a déjà été travaillé. »

« Nous veillons particulièrement à ce que le lauréat ne se mette pas en danger, ni financièrement ni même humainement ou familialement », complète Perrine Bois. Avoir un projet passionnant est bien sûr la base. Mais ne pas être au clair sur la garde de ses enfants, par exemple, peut être un facteur discriminant.

Prendre des risques

Il ne semble pas y avoir vraiment de règle quant à la sélection. « On aime à rappeler qu’on a soutenu une entreprise de fabrication d’avions, ici en Savoie ! s’amuse Perrine Bois. Historiquement, nous sommes plutôt industrie et services, mais tout s’étudie. Cette année, nous croyons très fort en un projet de restaurant locavore, par exemple. Nous accompagnons également un projet de simulateur de chute libre. »

Choisir un lauréat est bien un processus collectif. « Notre comité d’engagement réunit dix personnes au long d’un véritable parcours de validation. Le porteur le présente, répond pendant trois quarts d’heure à nos questions, puis nous débattons jusqu’à une heure en interne avant de lui faire des retours. » L’analyse n’est jamais uniquement financière. André Mulliez avait coutume de dire : « Si vous avez 100 % de taux de réussite, c’est que vous n’avez pas assez pris de risque », rappelle Perrine Bois.

Pour autant, pas question de (trop) jouer avec l’argent investi. Si le fonds de prêt a été créé grâce à des partenariats bancaires (Caisse d’Épargne Rhône Alpes, Banque Populaire Auvergne Rhône Alpes, Crédit Agricole des Savoie), 93 % des ressources de fonctionnement de la Savoie (422 000 euros de ressources, 360 000 de charges, le résultat étant affecté au fonds de prêt) sont bien apportées par les adhérents (le complément l’est par Chambéry Grand Lac Économie, les communautés de communes Coeur de Savoie et Bugey Sud).

« L’objectif est tout de même d’objectiver le plus possible nos choix, analyse Gilles Mollard. Nos risques doivent être mesurés, nous ne sommes pas des capital-risqueurs. Une entreprise qui réussit nous rembourse notre prêt, pas plus. » Vingt ans, cela donne une certaine expérience.

Depuis 2005, Réseau Entreprendre Haute-Savoie a accompagné 188 entreprises, soit 1 634 emplois créés ou sauvegardés et 4,2 millions d’euros de prêts d’honneur engagés. En Savoie, ce sont 217 entreprises lauréates depuis 1999, soit 2 035 emplois créés ou sauvegardés et 7,5 millions de prêts d’honneur. Une expérience acquise sur le terrain. « Nos 170 adhérents ont donné près de 3 000 heures de bénévolat en 2018 », rappelle Gilles Mollard.

90 % de réussite

Si le projet est accepté, commence alors un parcours combinant accompagnement individuel et collectif. Un véritable engagement dans la durée permettant de “ lever le nez du guidon ”, de compléter sa culture entrepreneuriale, mais aussi de parler de ses difficultés, de ses peurs… Un processus qui soude. « Certaines promotions, celle de 2014 par exemple, continuent de se réunir régulièrement », assure Perrine Bois. Cette attention à l’humain séduit les candidats.

« Beaucoup viennent pour le prêt et restent pour l’accompagnement ». « Pour les banques, ce travail de sélection et d’accompagnement est très sécurisant, assure Gilles Mollard. Un projet labellisé Réseau Entreprendre sera souvent financé un peu plus facilement. Chaque euro que nous prêtons génère un effet levier sur sept euros. » Cet accompagnement bienveillant (mais ferme !) par les pairs, a modelé, au fil des ans, une identité aux associations.

Porté par des présidents charismatiques, Réseau Entreprendre Savoie continue à séduire : « Nous avons plus de 200 membres, se félicite Perrine Bois, soit autant que le Rhône ou l’Isère ». Ils sont plus de 160 en Haute-Savoie, un chiffre en rapide progression depuis que Gilles Mollard a pris la présidence de l’association. « Le taux de réussite de nos lauréats à trois ans est de 90 %, de 80 % à cinq ans, lorsque la moyenne nationale de la création d’entreprise est plutôt à 55 %. »


Par Philippe Claret


Cet article est paru dans votre magazine ECO Savoie Mont Blanc du 17 mai 2019. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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