Salaires en Haute-Savoie et en Savoie : de réelles disparités

Les écarts se font toujours sentir entre les hauts et les bas revenus en Pays de Savoie. Les deux départements, considérés comme prospères, ont pourtant des laissés-pour-compte.

Avec un coût du travail parmi les plus élevés en Europe (36,68 €/h), 50 % des salariés français touchent pourtant moins de 1 770 euros nets mensuels et seulement 16 % empochent plus de 3 000 €. En Haute-Savoie, les revenus médians annuels avoisinent 24 023 euros (21 195 en Savoie). Une différence qu’il faut aussi décliner entre hommes et femmes. Ces dernières touchent encore généralement moins que leurs collègues masculins. En 2014, le revenu salarial annuel moyen des Français dans le privé et la fonction publique atteignait 17 820 € pour les femmes, mais 23 400 € pour les hommes, soit un delta de 24 %. Une ouvrière percevait 11 300 € par an en 2014, contre 16 480 pour un ouvrier, soit un écart de 31,4 % ; en profession intermédiaire, il était de 21 010 € et 25 300 € et pour les cadres 33 850 € contre 44 980 €.

Légère amélioration

En Savoie, par exemple sur le territoire d’Albertville, une femme, en 2013, avait un salaire net horaire moyen de 11,40 euros (14,20 euros pour les hommes) : l’écart était de 2,80 euros pour les salaires hommes-femmes pour les ouvriers, et de 6 euros pour les cadres. On note quand même une légère amélioration de ces ratios au fil des vingt dernières années, due, depuis 2009, à un salaire moyen des femmes progressant plus vite que celui de la gent masculine (+ 0,9 % contre + 0,4 % en euros constants en 2014).

Concernant les demandeurs d’emploi, les chômeuses recevaient en 2014, une moyenne de 890 euros d’allocations mensuelles, contre 1 180 chez les hommes, une différence qui s’explique notamment par la plus grande proportion de femmes travaillant à temps partiel. Et on retrouve bien sûr les mêmes amplitudes à la retraite. Les femmes de plus de 65 ans se voient verser une moyenne mensuelle de 1 202 €, les hommes 1 617 €. Même la majoration pour le 3e enfant et plus n’est pas équitable avec un apport de 38 € pour les premières et de 55 € pour les seconds, faisant douter de qui s’occupe en priorité des enfants. D’autres discriminations salariales sont à souligner, suivant les catégories socioprofessionnelles. Par exemple, dans le bâtiment où les salaires sont négociés par région, l’indice des émoluments régionaux en Rhône-Alpes s’élève à 521,4 en septembre 2016, contre 574,3 en Languedoc-Roussillon (525,5 en France).

L’âge joue également, accroissant les disparités et les inégalités de salaire. Un salarié de 21 à 25 ans touche en moyenne 1 900 € bruts par mois alors qu’un cadre supérieur est à près de 3 000 €, et un ouvrier qualifié, 1 700 €. Un ouvrier non qualifié de 61 à 65 ans gagne 500 € de plus qu’un jeune, tandis qu’un cadre en fin de carrière voit son salaire majoré de 4 900 € par rapport à un débutant. On enregistre de grosses différences de revenus selon les territoires de Savoie Mont Blanc. Annemasse, proche de Genève concentre un maximum de personnes riches, le seuil des 10 % les plus riches y est 5 fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres (3,5 fois pour la moyenne nationale). Mais, la ville-dortoir de sa voisine suisse n’en est pas à un paradoxe près, puisque les plus pauvres y disposent d’un revenu annuel de 9 000 euros très inférieur à la moyenne nationale tandis que les plus riches empochent de leur côté, 49 000 euros en moyenne, niveau cependant inférieur à celui de l’Île de France.

OÙ PAIE-T-ON L’ISF ? En 2015, villes de plus de 20 000 habitants ayant plus de 50 redevables à l’ISF REVENU MOYEN PAR FOYER FISCAL EN AUVERGNE-RHÔNE-ALPES Revenus de 2014, en euros

L’impact frontalier

La proximité avec la frontière suisse fait pencher la balance. Chaque jour, le flux de travailleurs français résidant en Haute-Savoie concerne plusieurs dizaines de milliers d’actifs, gonflant leurs comptes bancaires. Les vallées de la Maurienne, de la Tarentaise, de l’Arve, le Chablais et le territoire du Mont-Blanc enregistrent par ailleurs des revenus supérieurs à la zone d’Annecy et au Genevois français (identiques au revenu lyonnais), eux-mêmes supérieurs à la région de Chambéry. Conséquence bien sûr de l’activité touristique en stations et pour la vallée de l’Arve de l’impact du secteur du décolletage.

Le revenu net moyen par ménage oscille, plaçant la Haute-Savoie en 4e position avec 2 767 euros, la Savoie arrive en 18e place, juste devant l’Isère, avec 2 188 € (Paris : 3 400 €, chiffres 2013). Concernant l’Impôt sur la fortune, ISF, en 2015, Chambéry caracole en tête en Savoie avec 325 contribuables assujettis pour un patrimoine moyen de 2 603 904 € et un impôt de 10 809 €. Thonon en comptait 217 (Annecy 513) pour un actif moyen de 2 529 288 € (Annecy 2 299 792 €) et un dû de 12 007 € (Annecy 8 108 €).

DÉCOMPOSITION DU REVENU DISPONIBLE DES MÉNAGES

Vers un revenu de base pour tous ?

Si elle n’est pas au coeur de tous les programmes des présidentielles françaises, l’idée du revenu universel fait son chemin. Des expérimentations se déroulent au Canada, aux États-Unis, en Namibie ou en Allemagne. Outre- Rhin, des volontaires sont tirés au sort pour toucher un revenu issu d’un mouvement participatif. En Suisse, le référendum citoyen de juin 2016 a atteint 23,1 % de oui lors d’une participation de 46 %. En France, le mouvement Revenu de Base, né en 2013, propose un revenu régulier pour tous, de la naissance à la fin de vie, pour couvrir les besoins de base : logement, nourriture, habillement. Un versement individuel, inconditionnel, inaliénable et universel. «Cela pourrait remplacer les allocations familiales, les retraites, le chômage, et serait soumis à l’impôt sur le revenu», commente Stéphane Veyret, membre de l’antenne annécienne du mouvement. Mais les avis sont partagés, certains arguent que l’assurantiel doit subsister. Les montants envisagés oscillent aussi, de 450 euros à 800 euros mensuels.

Si elle n’est pas au coeur de tous les programmes Des présidentielles
françaises, l’idée du
revenu universel fait son chemin.

Robin des Bois ou mandrin ?

Utopie ou avancée ? «C’est parfaitement réalisable, nous vivons dans une société riche. Il existe de nombreux moyens pour trouver cet argent, de la taxe sur les produits polluants, à celle sur les transactions bancaires, avec un taux fixe d’impôt sur les revenus. Le final serait certainement un mix de plusieurs solutions. Cela changerait complètement notre société et le rapport à l’argent. Un filet de sécurité pour survivre décemment en cas de coup dur. Cela permettrait de rééquilibrer les liens entre patron et salarié», poursuit Stéphane Veyret.

Et le risque que les Français ne veuillent plus travailler ? «Nous n’empêcherons pas que ceux qui ont envie de ne rien faire en profitent. Mais cela représente une proportion marginale. Pour ma part, je n’aurais plus peur pour l’avenir de mes enfants.» Loin encore de faire l’unanimité, Stéphane Veyret rêve que le revenu de base soit mis en place d’ici dix ans. «Ce mouvement citoyen, issu au départ d’un rassemblement de différents courants, commence à s’infiltrer au Sénat ou dans les partis politiques. Ces derniers pourraient bien s’en emparer.»

DISTRIBUTION DES REVENUS DANS LES VILLES-CENTRES D’AUVERGNE-RHÔNE-ALPES. INÉGALITÉS DE NIVEAU DE VIE SELON L’ÂGE Revenus disponibles médians en €, âge du référent fiscal du ménage INDICATEURS ÉCONOMIQUES EN SAVOIE Par zone d’emploi au 3e trimestre 2016 INDICATEURS ÉCONOMIQUES EN HAUTE-SAVOIE Par zone d’emploi au 3e trimestre 2016


Par Muguette Berment

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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