Salon Mountain Planet : 50 ans… et autant d’innovations

par | 18 avril 2024

Véritable référence mondiale, le salon des aménageurs de la montagne, organisé du 16 au 18 avril à Alpexpo Grenoble, a réuni 434 marques et 900 exposants de 25 pays, venus dévoiler leurs innovations sur fond de transition écologique. Plus de 23 000 professionnels étaient attendus…

S’il est un salon qui a su s’imposer au fil des ans – 50 ans exactement – au point de devenir incontournable pour tous les acteurs de la montagne, c’est bien Mountain Planet (ex-SAM, Salon de l’aménagement de la montagne) créé à l’initiative de Michel Drapier, fondateur de Montagnes Magazine.

« Ce salon se trouve placé au cœur du problème qui se pose à tout homme ou femme préoccupé par l’avenir des régions montagneuses », écrivait Michel Drapier à l’époque.

Le temps lui donne toujours raison. Mountain Planet est devenu LE rendez-vous des tendances et de l’innovation. Plus qu’un salon, il se veut un agitateur, en abordant les thématiques liées aux changements climatiques et sociétaux, dans l’objectif affiché de faire bouger les lignes et d’embarquer la profession.

C’est là également que les affaires se traitent et les contrats se signent. À l’instar de celui (conséquent) qui lie désormais la Compagnie du Mont Blanc (CMB) à Doppelmayr pour la reconstruction des Grands Montets, à Chamonix.

« À l’issue de l’appel d’offres, nous avons décidé de confier ce marché (conception et réalisation des remontées mécaniques et gares) à Doppelmayr France (CA consolidé 2022-2023 : 45 M€, 55 salariés, siège à Modane), à la tête d’un consortium d’entreprises (neuf au total, dont Spie Batignolles, MBTM, Cogeis, Pichler…), pour sa capacité à travailler en montagne, ses compétences, son prix et son volet sécurité. Sa copie était la meilleure », a résumé Mathieu Dechavanne, PDG de la CMB, lors de son intervention sur le stand du constructeur de remontées mécaniques, qui avait, pour l’occasion, convié médias, acteurs du projet et clients.

L’opportunité aussi pour Bernard Teiller, président de Doppelmayr France, de remercier tous ses partenaires. Montant de l’opération : plus de 50 M€ (et 107,6 M€ à l’échelle du groupement) sur les 155 M€ financés en propre par la Compagnie du Mont-Blanc… Un beau deal parmi d’autres.

Mathieu Dechavanne, PDG de la Compagnie du Mont-Blanc, et Bernard Teiller, président de Doppelmayr France, ont signé, le mardi 16 avril, sur le salon un partenariat portant sur la reconstruction des Grands Montets à Chamonix estimé à plus de 50 millions d’euros et à 107,6 millions pour le groupement (neuf entreprises).

Focus entreprises

Kässbohrer : PB 100 E, première dameuse 100 % électrique

Le fabricant allemand Kässbohrer, dont la filiale France est à Tours-en-Savoie, présente une version aboutie de son modèle PistenBully 100 E… la seule dameuse au monde zéro émission, zéro bruit et 100 % électrique bientôt sur le marché.

En effet, l’engin est équipé de systèmes de fraisage et de levage électriques. Ce dernier permet d’éviter la perte de puissance, comparé aux autres modèles hydrauliques développés par les concurrents. Cependant, avec une autonomie de travail de trois heures et demie sur du plat, la PB 100 E est davantage dédiée au damage des sites nordiques, des fronts de neige et des stations piétonnes.

La prise de charge « rapide » est d’une heure et demie (compter 5 heures sur une prise normale). « Nous sommes en fin de prototypage. Quelques ajustements restent à faire avant de lancer la campagne de démonstration l’hiver prochain », précise Gilles Fournier, directeur général de Kässbohrer France, qui travaille aussi sur l’optimisation de la batterie pour gagner davantage en performance.

De quoi satisfaire les stations “vertes”, qui veulent aller plus loin que l’utilisation du HVO (carburant végétal). Le prix est, lui, 15 à 20 % plus élevé que pour une dameuse thermique. Aprés des tests aux Saisies et dans d’autres pays, les retours sont très favorables.

IDM : des revêtements de sol recyclés

Fournisseur de pièces détachées pour les remontées mécaniques et les dameuses, la société IDM (née à Annecy et basée à Porte-de-Savoie) décide, en 2022, de ne plus importer son caoutchouc d’Asie.

« Nous récupérons les bandages en caoutchouc qui recouvrent entre autres les poulies des pylônes, qui étaient auparavant enfouis ou incinérés, pour les transformer », explique Damien Laymond, associé à Julien Guilloteau (en photo), tous deux anciens cadres de l’entreprise avant de la racheter. Ils produisent alors leurs propres revêtements de sol à destination des domaines skiables (télécabines, gares…).

Pour ce faire, IDM a injecté 1 M€ dans l’outil industriel de son partenaire Plymouth, transformateur de caoutchouc et matières plastiques à à Feyzin (69), pour acquérir une ligne de régénération et de fabrication, et dans des bacs de collecte placés chez 150 clients.

Cent tonnes ont été récupérées en 2022, 130 en 2023. Actuellement, la gamme intègre 75 % de plastique et caoutchouc recyclés ou biosourcés… soit 1 200 tonnes de CO2 économisées. En 2023, l’entreprise a vendu 40 000 plaques de revêtement de sol, dont la moitié est encore importée. IDM (10 salariés, 10 M€ de CA 2024) réfléchit à d’autres débouchés, comme les salles de sport et les bâtiments publics.

SunConseil : signalétique écologique

Lorsqu’Isabelle Bouleau (photo) rachète l’entreprise chambérienne de communication SunConseil, en 2015, également spécialisée dans la scénographie et la signalétique, elle a dans l’idée de développer des espaces et aires de détente. Un de ses plus beaux projets : celui du Balcon sur le mont Blanc réalisé aux Saisies en 2020, une terrasse de 150 m2 dotée d’aménagements en bois (du mélèze) et en acier Corten, plus durables.

Engagée – elle a également participé à la Convention des entreprises pour le climat en 2023 –, elle supprime les produits pétroliers utilisés dans les panneaux de signalétique pour recourir à des matériaux issus du recyclage, comme le PET.

« Nous travaillons avec une entreprise de La Plagne qui les produit sous forme de plaques, et ensuite nous les usinons », explique la dirigeante. Seul le fléchage est encore réalisé en aluminium (à 40 % recyclé). L’impression directe, quant à elle, est à base d’encres végétales.

Il y a un an, SunConseil (750 000 € de CA, 6 salariés) a créé des bornes de tri en PET à la demande de stations de ski. « Ce marché est porteur et nous sommes en discussion avec Grand Massif, Valloire… C’est aussi une manière de donner une seconde vie au déchet recyclé », s’enthousiasme Isabelle Bouleau, qui entend, à l’avenir, mixer les matières.


Patricia Rey

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