Fondateur et gérant de l’étude BTSG présente à Chambéry, Stéphane Gorrias est spécialisé dans le traitement des entreprises en difficulté. Il fait partie des cent vingt mandataires judiciaires qui animent le numéro vert mis en place pour répondre aux entrepreneurs.
Les administrateurs et mandataires judiciaires ont mis en place, en lien avec le ministère de l’Économie et des Finances, un numéro vert destiné aux entreprises. Quel est le rôle de ce service ?
Il est animé par près de deux cents administrateurs et mandataires judiciaires mobilisés bénévolement pour répondre aux questions que se posent les entreprises. Durant la première semaine, environ 1 200 dirigeants ont été renseignés et aidés. En baisse, le nombre quotidien d’appels se situe désormais entre cent et cent cinquante.
Quelles sont les principales questions posées ?
La durée moyenne des entretiens est d’environ quinze minutes. Beaucoup de PME et TPE nous interrogent sur la mise en place du chômage partiel, les reports de charges, les financements bancaires, l’aide aux indépendants…
Dans quel état d’esprit sont vos interlocuteurs ?
Beaucoup se trouvent en situation de détresse, notamment ceux qui travaillent dans le domaine du tourisme et qui ont du mal à se projeter dans l’avenir, tant ils sont économiquement fragiles. Ils risquent d’avoir beaucoup de difficulté à passer la prochaine échéance trimestrielle. La situation des sociétés qui sont solides et ont les moyens de s’en sortir est très différente, même si elles traversent une période compliquée.
Des créanciers se plaignent-ils de retards de paiement ?
Non, pour l’heure nous n’avons pas eu ce type de demandes. Les créanciers se montrent généralement patients, à l’image des dispositifs mis en œuvre au niveau des impôts ou des Urssaf.
Les banques vous semblent-elles jouer leur rôle ?
Aujourd’hui, elles se tournent spontanément vers leurs clients ou se montrent à l’écoute des demandes qui leur sont faites. J’attends de voir comment cette bienveillance va se concrétiser.
Confirmez-vous le fait que les entreprises en difficulté ne peuvent bénéficier des prêts garantis par l’État via Bpifrance ?
L’adage selon lequel on ne prête qu’aux riches se confirme malheureusement. Le livre VI du Code de commerce interdit aux entreprises en difficulté et sous le coup d’une procédure collective (continuation, sauvegarde, redressement judiciaire) de bénéficier de nouveaux prêts.
D’autres sociétés sont-elles exclues des mesures d’accompagnement décidées par l’État ?
Oui, ce sont des situations à la marge, comme les entreprises en cours d’immatriculation. Je pense entre autres aux personnes qui ont laissé leur emploi pour créer leur propre société et se retrouvent sans revenu et sans statut. Il n’y a pas d’aides prévues non plus, au niveau des loyers commerciaux, pour les sociétés de plus de dix salariés et un million d’euros de chiffre d’affaires. Ce sont des seuils vite franchis, notamment dans le domaine touristique.
La prise en compte des cas particuliers peut-elle évoluer ?
Nous établissons des comptes rendus d’appels qui remontent directement à Bercy où ils sont étudiés de près.
Qu’en est-il des affaires en cours ?
L’activité des tribunaux de commerce se limite aux urgences. Les délais vont être rallongés pour les entreprises sous le coup d’une procédure de redressement judiciaire. Pour les liquidations, le Covid-19 aura sans doute peu d’influence, sauf peut-être à faire baisser le prix des actifs.








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