Tefal : « Réduire notre impact écologique et produire plus »

Tefal : « Réduire notre impact écologique et produire plus »

Patrick Llobregat, le Directeur Général de l’activité articles culinaires du Groupe SEB détaille la politique innovation du groupe. Interview.

Comment avez-vous vécu l’année 2018 ?

Notre activité a continué de croître. La conjoncture mondiale est restée porteuse et nos nouveaux produits ont du succès. Les ventes de nos gadgets culinaires sont en forte croissance et sur nos autres produits, l’utilisation de nouveaux matériaux est plébiscitée.

Vous-même avez pris place au comité exécutif du groupe Seb ?

Pour faire simple, je suis en charge de l’ensemble des produits non-électriques. C’est-à-dire un tiers des effectifs (12 000 personnes sur 34 000). J’ai été effectivement nommé au Comex, ce qui me permet d’être associé à la plupart des sujets transversaux.

Où en êtes-vous de la construction du centre de recherche-développement de Rumilly ?

Nous finissons de l’équiper et l’inauguration est prévue en septembre. Ce sera un outil essentiel pour continuer d’évoluer sur nos axes de développement : utilisation de nouveaux matériaux, éco-conception des produits…

Vous venez d’obtenir la certification Origine France garantie pour vos sites. Vous êtes attachés au made in France ?

À la différence de l’appellation Made in France, la certification est le fruit de six mois de contrôle par des organismes indépendants, d’audits préalables sérieux. Nous en sommes fiers. C’est une manière de reconnaître notre implication de longue date sur le terrain local. 95 % des ventes françaises de Tefal sont produites en France, j’en suis heureux. Seuls nos gadgets culinaires sont sous-traités en Chine ou en Allemagne. Je suis également vice-président de l’Unitam (Union des industries d’articles pour la table, le ménage et activités connexes).Le secteur se porte bien. La gastronomie reste française, ses outils aussi.

Ces fabrications traditionnelles évoluent-elles ?

Nous développons fortement les gammes pour les plaques à induction, plus économes en énergie, qui permettent un meilleur contrôle de la température, et dont le prix a été divisé par deux en cinq-six ans. Nous continuons nos recherches pour l’utilisation de nouveaux matériaux. Nous avons déterminé trois grandes familles d’opérations (bouillir, griller, mijoter), qui conditionnent chaque fois des matériaux, des formes, des épaisseurs spécifiques. Enfin, nous poursuivons nos recherches dans le domaine de l’internet des objets.

La poêle connectée ?

La poêle ou la casserole peut effectivement délivrer une information, par bip, par alerte smartphone, sur la température atteinte, par exemple. C’est un premier niveau, finalement plutôt gadget. Le véritable internet des objets, c’est quand ils commencent à converser entre eux. Nous allons vers une cuisine autonome, qui prend en charge les aspects techniques (contrôler les températures, déclencher les hottes aspirantes…).

Vous êtes donc en dialogue avec les fabricants de cuisinière et autres fournisseurs ?

Il faut effectivement amener les fabricants à s’intéresser à ces concepts, et surtout à nous prendre comme référence. Pour prendre un exemple, l’important ce n’est plus de faire bouillir de l’eau très vite. Ça va être de contrôler le processus, de savoir la garder frémissante le temps voulu, … ce qui dépend énormément de l’ustensile, de ses propriétés de conductibilité mais également des systèmes d’information qu’il intègre.

Vous êtes en bonne position pour imposer ces nouveaux standards ?

Nous sommes en discussion. Il est évident que notre leadership nous aide.

Cette cuisine connectée, c’est déjà une réalité ou encore un projet ?

Toutes les briques technologiques existent. Il nous faut maintenant déterminer les protocoles de communication.

Tefal se sent-elle concernée par la crise écologique ?

C’est une grande préoccupation. Nous sommes actuellement en plein audit énergétique, dans le cadre de la norme Iso 50001. Il doit être possible de réduire notre impact énergétique tout en continuant de produire plus. Nous avons depuis longtemps avancé sur l’éco-conception de nos produits. Nous allons vers des produits plus solides, plus résistants, plus économes…

“IL FAUDRAIT QUE LES CONSOMMATEURS PRENNENT L’HABITUDE DE RAPPORTER LEURS USTENSILES INUTILISÉS.”

Notamment les gammes en aluminium 100 % recyclé ?

Nous sommes les seuls au monde à proposer des poêles et casseroles en aluminium 100 % recyclé. Ce n’est pas si simple parce qu’il faut utiliser un aluminium de qualité alimentaire. Seuls deux fournisseurs en sont capables. Cette gamme ne représente pour l’instant que 3 % de notre production, mais nous voudrions monter rapidement à 20 %. Au plan énergétique, l’avantage est évident : les deux tiers de l’énergie initiale est consommée dans la transformation de bauxite en aluminium. Le recyclage est moins consommateur. Le problème se situe au niveau de la récupération de l’aluminium. Il faudrait structurer un réseau de collecte dans les magasins afin de mieux contrôler la qualité reçue, et pour cela que les consommateurs prennent l’habitude de rapporter leurs ustensiles inutilisés. Le gisement, il existe : nous savons qu’en moyenne les français utilisent régulièrement cinq produits, mais que 17 dorment dans leurs placards ! Nous sommes en train de sensibiliser la distribution à cet enjeu.

Vous êtes vigilant sur vos emballages ?

Nous recyclons nos cartons, et nous imposons à nos sous-traitants que les leurs soient réutilisables au moins six fois.

Et auprès du personnel ?

Nous avions pris l’habitude de distribuer des bouteilles d’eau gratuites à notre personnel en période de chaleur. Soit 80 000 bouteilles d’un demi-litre, plus 25 000 autres apportées directement par les employés. Nous avons distribué des carafes thermos et des fontaines à eau, et nous ne jetons plus de bouteille. L’océan commence à la bouche d’égoût !

L’impression 3D, une solution pour prolonger la durée de vie d’ustensiles ?

Certaines pièces détachées à usage rare sont effectivement reproductibles en fabrication additive. Depuis cinq ans déjà ! Cela fait partie de notre engagement de garantir tous nos produits réparables pendant au moins dix ans.

L’entreprise Tefal, premier employeur du bassin de Rumilly, s’engage dans la démarche Territoire d’industrie ?

Nous avons travaillé ensemble avec le groupement des employeurs de l’Albanais et la collectivité pour proposer des idées assez innovantes. Nous voulons redonner au territoire les services dont il a besoin en matière de services interentreprises (santé au travail, logement, …).

Les relations avec les PME sont bonnes ?

J’ai les mêmes problèmes qu’elles : gestion des emplois et des compétences, 5G, fibre… J’arrive peut-être à mieux les anticiper, mais mettre les réflexions en commun est toujours utile. L’attractivité du territoire, c’est ce qui nous fera grandir, collectivement.


Propos recueillis par Philippe Claret

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