Pour le professeur Klaus-Gerd Giesen, invité à clore l’assemblée générale du Medef, le capitalisme est victime de son propre succès.

Au terme de son assemblée générale, le 12 juin à Ambronay, le Medef de l’Ain s’est intéressé à deux idéologies certes minoritaires, mais que Klaus-Gerd Giesen, professeur de science-politique à Clermont-Ferrand, considère comme de vraies menaces, non seulement pour le capitalisme, mais pour tous les humanismes (socialisme, féminisme, etc.) et la démocratie. Exacts contraires l’une de l’autre, elles se nourrissent mutuellement par opposition. Car elles ont un point commun : elles nient toutes les deux la place centrale de l’homme.

L’humain contesté

La première, le transhumanisme, rêve de l’homme augmenté, d’une humanité transcendée par la technologie ou la génétique. Au programme : puces implantées dans le cerveau, utérus artificiel, exosquelettes, clonage reproductif… Elle compte de nombreux adeptes au sein de la Silicon Valley, où Google notamment, finance une université qui travaille sur ces différents sujets. « Le cheval de Troie du transhumanisme est la médecine. Mais, ne nous y trompons pas. La médecine est la plus humaniste des disciplines. Elle vise la réduction de la souffrance. Le transhumanisme, lui, vise à augmenter les capacités de l’homme en bonne santé, prévient le professeur. Il fait ressurgir l’imaginaire d’un homme nouveau, comme on l’a connu sous Hitler, Staline ou Pol Pot. Son argument est que l’humanité va être radicalement changée par la technologie. » Ses promoteurs promettent une forme d’immortalité, des vies de 1 000 ans ou la possibilité de télécharger le contenu de votre cerveau dans un ordinateur. Ils cherchent à s’affranchir des règles de bioéthiques, notamment avec des bateaux laboratoires naviguant hors des eaux territoriales. « Le capitalisme à visage humain, victime de sa propre destruction créatrice telle que l’a décrite Joseph Schumpeter, pourrait s’auto-anihiler », conclut le professeur.

Le posthumanisme, c’est le projet inverse. En réaction au succès du capitalisme, il prône un retour en arrière. Il s’inspire, entre autres, de l’idéologie Gaïa définie par James Lovelock, qui voit dans la terre, un superorganisme vivant dont les hommes, les plantes et les animaux ne seraient qu’une partie. Ce type d’idéologie — dont l’antispécisme est une émanation — veut supprimer toute hiérarchie du vivant, voire considère que les humains seraient le cancer de Gaïa. Il s’agit donc de mettre un terme à la destruction créatrice car elle détruit la nature. Au programme : politique limitative des naissances et retour à la nature sauvage. « Le terme écologie profonde, créé par Arne Næss, est fondamentalement antihumaniste, à la différence de l’environnementalisme institutionnalisé, à l’échelon européen, par le principe de précaution. C’est une sacralisation de la nature au détriment de l’être humain », décrit Klaus-Gerd Giesen.

Les entrepreneurs en rempart

Si les deux idéologies restent marginales, elles montent en puissance. Soldats augmentés et surveillance généralisée via les objets connectés peuvent être tentants pour les états, tandis que les post-humanistes, en réaction, pourraient jouer la carte de la révolution et du chaos. Dans les deux cas, de sévères menaces pèsent sur les libertés individuelles. Le professeur en appelle donc à la définition d’un cadre bioéthique strict, assorti de mesures coercitives à l’égard des contrevenants, mais aussi de protection des victimes. « Le premier clone humain sera aussi un humain. Il faudra lui garantir les mêmes droits. » Enfin, pour lui, les entrepreneurs sont le premier rempart. « Vous êtes les mieux placés pour vous y opposer par vos choix de financement et d’investissements, ainsi que pour participer à la mise en place, à l’échelon européen, de régulations technologiques fortes. »


Les posthumanistes à l’œuvre

Hasard du calendrier, 63 militants de l’association antispéciste 269 Life Libération Animale sont entrés par effraction, mercredi 14 juin, dans les abattoirs Bigard de Cuiseaux, pour bloquer les chaînes d’abattage.


Par Sébastien Jacquart