Un drôle de reconfinement… et des sentiments contraires

par | 13 Nov 2020

Deux semaines après son retour, la saison 2 du confinement ne cesse de susciter des sentiments contraires. Des représentants des partenaires sociaux partagent leur vision, entre circonspection, inquiétude et résignation.


Par Matthieu Challier

Il suffit de sortir de chez soi pour s’en persuader. La saison 2 du confinement – à laquelle les Français sont abonnés d’office depuis le 29 octobre à minuit – diffère assez largement de sa grande soeur printanière. C’est que, pour tenter d’endiguer l’épidémie tout en préservant l’économie, le gouvernement a cette fois opté pour un confinement « adapté », selon le mot du ministre de la Santé.

Cette nouvelle conformation, dont la première singularité tient au fait que les écoles restent ouvertes, permet à un grand nombre de nos concitoyens de continuer à travailler, mais aussi de sortir davantage de chez eux, à en juger par le monde présent sur les routes et dans les rues. D’ailleurs, 60 % des Français avouent avoir enfreint au moins une fois le nouveau confinement, selon un sondage Ifop paru le 12 novembre pour Consolab.

Une situation pour le moins paradoxale alors que la pandémie de Covid-19 flambe plus que jamais, que la deuxième vague a déjà dépassé la première et n’en finit pas d’enfler, en particulier en Pays de Savoie. Mais au fait, comment les partenaires sociaux locaux perçoivent-ils ce reconfinement ? Tour d’horizon forcément lacunaire.

« Ce nouveau confinement nous a surpris. Nous ne le souhaitions pas car c’est un très mauvais signe pour l’économie. Pour autant, nous comprenons que la situation sanitaire est très délicate et que la santé doit passer avant tout. Nous notons aussi que la communication du gouvernement a été claire sur la nécessité de maintenir l’activité économique. Et nous nous félicitions que l’industrie ne fasse pas partie des secteurs qui se sont vus imposer une fermeture administrative. »

C’est avec une forme de soulagement que Jean-Patrick Bailhache, le secrétaire général de l’UIMM Savoie, considère ce retour du confinement. Un soulagement néanmoins mâtiné d’inquiétude. Car si la filière a retrouvé 80 % de son activité d’avant le premier confinement, le manque de visibilité sur la durée génère un climat d’incertitude qui devrait obérer de nombreux projets d’investissement. Ce constat est largement partagé par le président du Medef de la Haute- Savoie et d’Auvergne-Rhône-Alpes.

« Ce reconfinement n’a rien de comparable avec le premier épisode », estime Jean- Luc Raunicher. « En mars, l’essentiel des activités s’étaient arrêtées d’un coup et tout le monde ou presque était resté chez soi, avec un traitement quasi égalitaire qui a favorisé une forme d’acceptation sociale. Depuis le déconfinement, les entreprises ont beaucoup oeuvré pour mettre en place des protocoles sanitaires extrêmement stricts afin de protéger autant que possible la santé et la sécurité de leurs collaborateurs. Le Medef a toujours plaidé pour que l’activité économique se poursuive. Il ne faudrait pas que le remède soit pire que le mal. À cet égard, nous sommes satisfaits des décisions prises pour permettre une continuité de l’activité dans l’industrie au sens large, le bâtiment ou les travaux publics… En revanche, nous déplorons la fermeture des commerces dits “non essentiels”, alors que ces commerçants ont mis en place des protocoles sanitaires qui leur permettraient d’accueillir des clients dans de bonnes conditions. Cette décision est d’autant plus regrettable qu’elle risque d’être délétère pour le commerce de proximité, notamment dans les villes moyennes de nos territoires. »

Course contre la montre

Le triste sort des commerçants cristallise les incompréhensions et les ressentiments. « C’est sûr, nous avons du mal à comprendre pourquoi nous devons fermer tandis que la grande distribution (GMS) reste ouverte ! », soupire Alain Bonzi, président, en Haute-Savoie, de l’Union des entreprises de proximité. Difficile, en effet, de comprendre que les grandes enseignes puissent rester ouvertes et continuer à proposer des produits que les petits commerces ne peuvent plus vendre.

Cette décision marqua le début d’une séquence ubuesque où les GMS se sont vues intimer l’ordre de retirer les produits dits « non essentiels » de leurs rayons et où la France se retrouva à se quereller afin de déterminer qui pouvait vendre quoi, à qui et comment. Certains maires s’en sont mêlés, n’hésitant pas à braver le gouvernement et prendre des arrêtés municipaux – illégaux – pour autoriser les commerces de leurs communes à ouvrir.

Aux dires des préfectures, le phénomène n’a pas essaimé en Pays de Savoie (à l’exception de Pont-de-Beauvoisin où la municipalité s’est finalement rétractée au bout de quelques heures). Plusieurs communes ont néanmoins lancé des initiatives pour soutenir les commerces locaux. Si le président de l’U2P salue les dispositifs de soutien mis en place qui ont permis à nombre de commerçants de rester la tête hors de l’eau, il souligne néanmoins que tous attendent avec l’impatience l’autorisation de rouvrir, afin de ne pas passer à côté de la période des fêtes de fin d’année.

Car les petits commerçants sont ceux qui souffrent le plus du reconfinement, aux côtés des acteurs de l’hôtellerie-restauration et de la culture (salles de cinéma et de spectacles, artistes). Si les librairies ou les théâtres étaient ouverts, on pourrait se régaler de cette réplique du Barbier de Séville : « Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. » Enfin, il reste le cliquer-collecter…


« Les entreprises ont beaucoup œuvré pour mettre en place des protocoles sanitaires extrêmement stricts », souligne Jean-Luc Raunicher, du Medef.

Télétravail : un engouement modéré

«Le télétravail n’est pas une option. » La ministre du Travail, Élisabeth Borne, le répète à l’envi. Depuis le début du reconfinement, le télétravail à 100 % est en effet théoriquement redevenu obligatoire dès il s’avère possible. Pourtant, cette injonction semble appliquée avec moins de zèle que lors du premier confinement. À tel point que le gouvernement promet des sanctions aux entreprises récalcitrantes. « Nous comprenons la nécessité de développer le télétravail, mais nous regrettons les pressions et les menaces inutiles sur le sujet », expose Jean-Patrick Bailhache, le secrétaire général de l’UIMM Savoie.

« Nous considérons qu’il revient aux employeurs de déterminer quels postes sont télétravaillables ou pas. En outre, il conviendrait d’adopter une approche différenciée en fonction des spécificités locales. Le télétravail a sans doute toute sa place en région parisienne où les gens se déplacent beaucoup en transports en commun. C’est moins le cas dans nos régions. »

« IL EST IMPORTANT QUE LES NÉGOCIATIONS EN VUE D’UN NOUVEL ACCORD SUR LE TÉLÉTRAVAIL ABOUTISSENT RAPIDEMENT. »

Mais si l’appétence au télétravail est objectivement moins forte, cela n’est pas seulement le fait des employeurs. Tous nos interlocuteurs évoquent des témoignages d’entreprises où les salariés demandent à ne pas être mis en télétravail, ou du moins pas totalement.

« Certains salariés ont très mal vécu le premier confinement en télétravail et ne souhaitent pas recommencer dans les mêmes conditions », relate ainsi Christophe Roseren, secrétaire interdépartemental CFDT pour la Savoie et la Haute-Savoie. « C’est une des raisons pour lesquelles il est important que les négociations en cours en vue d’un nouvel accord national interprofessionnel (ANI) sur le télétravail aboutissent rapidement, afin de pouvoir encadrer le déploiement du travail en distanciel et toutes ses conséquences, aussi bien sur le plan matériel qu’au niveau des risques psychosociaux. »

La nécessité de conserver un lien avec le collectif de travail et les collègues fait aussi consensus, du côté patronal comme chez les syndicats de salariés, dans le service public comme dans le privé. Et le télétravail pour les enseignants ? Christophe Roseren, qui est aussi enseignant, remarque : « On n’est pas dupes : on a compris qu’il fallait absolument que les enfants continuent d’aller à l’école pour permettre à leurs parents de continuer à travailler. » En télétravail… ou pas.

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