Jacqueline Gourault, ministre de l’Intérieur chargée des collectivités locales, a rencontré élus locaux, parlementaires et représentant des frontaliers. Une découverte attentive, mais pour quel résultat?

«Quand vous dites “frontalier”, c’est quelqu’un qui travaille en Suisse mais vit en France, c’est ça?» Forcément, quand on est enracinée dans le centre (à tous les niveaux, puisqu’elle est à la fois une élue du Loir-et-Cher et une figure du Modem), la frontière, c’est un peu lointain… Alors avec le sourire et une attention réelle, Jacqueline Gourault, ministre de l’Intérieur en charge des collectivités locales, a pris connaissance des problématiques locales, lors de son déplacement à Saint-Julien-en-Genevois, vendredi 9 mars.

Elle a eu de quoi faire. Élus locaux, parlementaires et président du Groupement des frontaliers (lire ci-dessous) lui ont dressé un portrait sans concession du Genevois. « Annemasse est sur le podium des villes les plus inégalitaires de France : oui, il y a des frontaliers très aisés, mais pas que ! », a insisté Christian Dupessey, président d’Annemasse Agglo. « Entre 1 % et 3 % des frontaliers de France utilisent les transports communs pour aller travailler, contre 30% à 40% des pendulaires qui habitent dans le canton de Vaud et travaillent sur Genève», a pointé Pierre-Jean Crastes, président de la communauté de communes (CC) du Genevois.

« Nous, dans les communes rurales, nous subissons de plein fouet l’attraction frontalière. Cela génère des coûts supplémentaires pour l’accueil des nouveaux habitants et une grande pression foncière. Et nos entreprises ne trouvent plus personne à embaucher… », a renchéri Bernard Revillon, vice-président de la CC Usses et Bornes.

Même le préfet de Haute-Savoie y est allé franco : « Il n’y a pas ici de sur-rémunération pour les fonctionnaires alors qu’il y en a une dans le Pays de Gex voisin. Le département fait des efforts pour le logement social, mais à un moment, on touche les limites. Résultat, nous manquons de fonctionnaires dans de nombreux domaines. »

Compensation financière genevoise, co financement des infrastructures d’intérêt transfrontalier situées en France, « préférence indigène », refus de Genève de scolariser les enfants habitants en France, indemnisation par la France des chômeurs frontaliers, tendances “unilatéralistes” de Genève qui se renforcent à l’approche des élections (en mai) … Chacun y est allé de son petit couplet. Et Genève et Berne en ont pris pour leur grade : l’heure est clairement au tiraillement dans les relations transfrontalières. La ministre a noté, avec application. Sans prendre d’engagements.

Avec le Premier ministre, elle va étudier l’opportunité d’inclure la hausse démographique dans le calcul des dotations d’État versées aux collectivités. Elle se dit aussi plutôt favorable aux expérimentations (c’est une des demandes des élus locaux), sachant que la réforme en cours de la Constitution doit justement les faciliter. Quant à la “prime de vie chère” pour les fonctionnaires, pourquoi pas… mais là encore, c’est le Premier ministre qui tranchera entre logique territoriale et économies nationales. Bref, à la frontière comme ailleurs, les ministres passent plus vite que les problèmes.

Le GTE veut « mener une guérilla administrative et politique »

Le Groupement transfrontalier européen (GTE) a tenu son 32e congrès le 9 mars dernier. L’occasion pour son président, Michel Charrat, de faire le point devant les plus de 500 participants sur les principaux dossiers d’une actualité brûlante – transports, fiscalité, blocage de projets transfrontaliers… – avec un ton résolument offensif. Cette année la principale préoccupation du GTE, c’est l’entrée en vigueur de la « préférence indigène light » à compter du 1er juillet 2018. Derrière cet euphémisme à la neutralité toute suisse, se cache ni plus ni moins qu’une « discrimination claire et nette ». « Les chômeurs frontaliers sont rejetés de l’autre côté de la frontière, sans autre forme de procès. C’est une atteinte manifeste à la libre circulation des personnes. » Face à cette agression, le GTE fait part de sa détermination à « mener une guérilla administrative et politique », notamment en saisissant le Service extérieur de l’Union européenne.


Par Éric Renevier


Cet article est paru dans Eco Savoie Mont-Blanc du 16 mars 2018. Il vous est exceptionnellement offert à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité des articles de notre hebdomadaire mais aussi de nos suppléments et hors-séries, c’est ICI