Selon le directeur de la Banque de France dans l’Ain, les incertitudes pesant sur le commerce international semblent s’apaiser en 2020, pour mieux reprendre plus tard.
« L’an dernier à la même époque, les mots-clés étaient incertitudes et ralentissement. Cette année, on évoque une forme de stabilisation, a introduit Patrick Croissandeau, directeur de la Banque de France dans l’Ain, mardi 11 février, à l’heure de faire le point sur la conjoncture en partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie. Les activités manufacturières se sont contractées en 2019, de même que le commerce mondial, en baisse de 1,4 % sur un an, particulièrement en Chine et en Asie. L’indice PMI est passé sous le seuil d’expansion pour la première fois depuis 2012. Mais la bonne nouvelle, c’est que l’on observe une reprise des activités manufacturières sur la fin d’année. La situation pourrait se détendre à la faveur des accords de phase I entre la Chine et les États-Unis. Cela permet déjà d’observer un retournement à la hausse. »
Pause sur les tensions
Ainsi donc, 2019 devrait marquer un point bas, avec une croissance mondiale de seulement 2,9 % et 2020 mieux s’en tirer, notamment grâce aux pays émergents. Les incertitudes devraient toutefois faire leur retour en 2021, craint le FMI qui cite notamment le retour du Brexit, mis entre parenthèses le temps de nouvelles négociations avec l’UE. De surcroît, il n’était pas encore question du coronavirus chinois et de ses impacts économiques, dans les chiffres et projections de la fin 2019 sur lesquels se sont appuyées la Banque de France et la CCI de l’Ain.
Le ralentissement observé en 2019 n’avait pas été anticipé pour la zone euro, qui termine l’année sur une croissance de 1,2 % contre une prévision à 1,8 %. L’Allemagne, largement surexposée aux aléas du commerce mondial, en a particulièrement fait les frais. Elle termine à 0,6 % de croissance, loin du 1,9 % attendu. La France, à l’inverse, a plutôt bien résisté, finissant à +1,2 % contre 1,5 %. « L’inflation est restée contenue à 1,2 %, malgré une hausse des salaires qui, pour l’instant, ne se répercute pas sur les prix, note Patrick Croissandeau. Les économistes s’interrogent d’ailleurs pour savoir si cela peut être durable. »
Résilience française
Cette résilience française s’explique par la consommation intérieure et les investissements des entreprises, portés par les taux bas, même si les phénomènes de déstockage et les mouvements sociaux ont fait patiner la croissance au dernier trimestre (-0,1 %). « Pouvoir d’achat et emploi ont été les deux moteurs de l’économie française, commente le directeur de la Banque de France. Le premier a augmenté de 2 % en moyenne et l’on attend encore + 1,3 % en 2020. Quant au deuxième, il a réalisé une performance remarquable sur les quatre dernières années, progressant essentiellement dans le secteur marchand. Le niveau d’emploi semble aujourd’hui en cohérence avec les indicateurs économiques. » Reste à savoir si le rythme de consommation et les gains de pouvoir d’achat se poursuivront et comment ils s’orienteront. « En 2019, ces gains ont été davantage tournés vers l’épargne. »
En attendant, « les taux interbancaires devraient rester bas encore longtemps », précise Patrick Croissandeau, qui n’ignore pas les débats sur les effets de cette politique, « notamment en France où l’encours de crédit augmente en rythme annuel de 6,4 % ». La dette des particuliers a flambé de 6,6 % pour atteindre le plus haut niveau de la zone euro. « Les ménages français sont aujourd’hui plus endettés que les ménages italiens ou espagnols, relève Patrick Croissandeau. Nous n’en sommes pas à un niveau alarmant, mais c’est un point de vigilance. Et c’est pourquoi de récentes recommandations ont été formulées auprès des établissements de crédit sur l’endettement immobilier des ménages. »
Les taux bas, de surcroît, mettent les banques sous pression, allant jusqu’à questionner leur business model. « Les politiques monétaires arrivent au bout de ce qu’elles pouvaient faire. Elles doivent être relayées par des politiques d’investissement », estime le directeur de la Banque de France. Mais, une charge de la dette divisée par deux, grâce aux taux négatifs, n’incite guère les États à la vertu.

42 335
Les effectifs de l’industrie aindinoise progressent de 416 emplois sur un an, pour s’établir à 42 335. L’Ain se trouve ainsi au 2e rang des départements industriels de France pour la part de l’industrie dans l’emploi total (27,7 %).
2,9 et 2,1 %
En 2019, le chiffre d’affaires des entreprises de l’Ain a crû de 2,9 %, leurs effectifs de 2,1 %. On attend pour 2020, respectivement, +2,7 et +1,2 %.
Dans l’Ain, l’emploi entre performance et tassement
Le département a vu progresser l’emploi salarié sur son territoire de 8,5 % en 10 ans. Et l’industrie a fraîchement retrouvé des couleurs. Mais cette dynamique semble mollir.

Dans l’Ain, l’emploi salarié a progressé de 1,5 % en 2019 et de 8,5 % sur dix ans. Une dynamique supérieure à celle de la France, sur la même période (+ 6 %), qui lui permet d’afficher un taux de chômage plus faible de deux points (6,2 % en local contre 8,8 % au national). Surtout, l’industrie retrouve des couleurs. Si elle a perdu 1 890 emplois sur dix ans (- 4,3 %), elle en a gagné 416 sur la dernière année, ce qui permet à l’Ain d’atterrir au deuxième rang des départements de France, pour la part de l’emploi industriel (27,7 %) dans l’emploi total, après avoir perdu deux places, en 2018. « La métallurgie est particulièrement dynamique, générant quatre fois plus d’emplois que la moyenne nationale du secteur », remarque Chantal Rovri, responsable de l’Observatoire économique de la CCI de l’Ain.
Tous les secteurs ne sont en effet pas logés à la même enseigne. C’est même une particularité de l’année que d’observer des disparités de l’un à l’autre, selon Patrick Croissandeau, directeur de la Banque de France dans l’Ain. Le chiffre d’affaires des produits informatiques et électroniques progresse de 5,9 %, celui des équipements électriques de 5,2 %. Les produits en caoutchouc et plastiques (+0,9 %), comme les matériels de transport (+ 0,7 %) se maintiennent, quand les machines et équipements (- 1,3 %) se tassent.
L’ensemble montre des signes d’essoufflement. Et les deux spécialistes de la conjoncture en concluent que le début d’année sera en demi-teinte, offrant peu de visibilité. Les perspectives leur paraissent cependant bien orientées, en tout cas plus optimistes qu’en 2019. Sur la foi des enquêtes conduites auprès des entreprises, ils envisagent une progression de 2 % du chiffre d’affaires et 0,3 % des effectifs dans l’industrie, de 2,1 % et de 1,6 % dans le BTP, de 4,2 % et de 2,7 % dans les services. Côté industrie, ils notent en particulier que face au ralentissement de certains secteurs, comme l’automobile, les entreprises cherchent à se diversifier, ceci permettant de maintenir un certain niveau de croissance.
Export : Le cap des 10 milliards franchi
Les exportations aindinoises ont passé la barre des 10 milliards d’euros en 2019, 10,6 pour être précis. L’Ain, qui se maintient au troisième rang des départements exportateurs d’Auvergne Rhône-Alpes avec 17,2 % du total, a vu ses ventes à l’international afficher la plus forte progression de la région et la deuxième progression de France : +8,5 %, soit 872 millions d’euros de mieux que l’année dernière.
Un appel aux industrielles
En introduction de cette soirée de conjoncture, Patrice Fontenat, président de la CCI de l’Ain a souhaité insister sur l’importance des femmes dans l’économie aindinoise, celles-ci représentant 21 % des chefs d’entreprise installés. En octobre dernier, la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher a lancé un appel aux acteurs de l’industrie, pour qu’ils œuvrent en faveur de la mixité professionnelle. Cet appel se traduit par la création d’un collectif “IndustriElles”, afin de réunir tous ceux et toutes celles qui souhaitent agir en faveur d’une féminisation de l’industrie. La première étape vise à constituer un vivier de 1 000 industrielles comme ambassadrices du secteur auprès des jeunes et des organismes de formation. Une opportunité à saisir pour les femmes chefs d’entreprise, a estimé le président.
Par Sébastien Jacquart








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