L’éducation populaire, école de l’entrepreneuriat

par | 9 juillet 2020 à 8H00

Comment de l’accompagnement de projets à l’enseignement des arts du cirque, donner l’envie d’entreprendre ? Réponse avec le MRJC et l’Etac.

« On peut être jeune et avoir de l’expérience dans le montage de projets », a lancé Mayeul Baudet, administrateur du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC) de l’Ain. Le jeune homme intervenait jeudi 2 juillet chez Cheval Bugey à Ceyzériat, pour la deuxième des Rencontres du possible organisées par le Pôle territorial de coopération économique (PTCE) Bourg-en-Bresse Dynamique Solidaire sur la thématique « Entreprendre autrement ». Après une visioconférence sur les moyens pour l’Économie sociale et solidaire (ESS), de rebondir pendant la période particulière du confinement, le 23 avril, le pôle, qui réunit différents acteurs de l’ESS du bassin burgien, a en effet décidé de s’intéresser à l’éducation populaire, à travers les témoignages du MRJC et de l’Etac, l’École des techniques et arts du cirque de Bourg-en-Bresse.

« Notre mouvement a été créé, il y a 90 ans. Il n’est plus rattaché à aucune structure religieuse et ne propose plus de temps religieux, mais forme et accompagne des jeunes dans la réalisation de leur projet, décrit Lucile Clair, salariée du MRJC. L’une des particularités de notre association d’éducation populaire est que les jeunes sont encadrés par des jeunes. Tous les salariés, tous les bénévoles ont moins de 30 ans. Ils savent donc très bien où se situent les besoins d’accompagnement. » Et Mayeul, qui fait partie de ces jeunes engagés très tôt dans le conseil d’administration de la structure d’ajouter : « Voyage, événement culturel ou sportif… Les moins expérimentés sont accompagnés par ceux qui ont un peu plus de bouteille. Même avec des écarts d’âge faibles, on peut progresser par échanges d’expérience. Sans compter qu’il nous arrive de travailler avec d’autres structures où nos interlocuteurs seront peut-être plus âgés. »

Volonté d’agir

Si les projets sont construits par des jeunes, ils peuvent s’adresser à un public bien plus large. Parmi ses différents axes de travail, le MRJC entend « valoriser le milieu rural comme lieu de développement et pas seulement comme une enclave », précise sa salariée. Nés dans l’esprit des bénévoles, les projets sont jugés à l’aune, non pas de leur rentabilité, mais de leur cohérence avec le besoin et l’offre existante sur le territoire. Validés, ils deviennent un objet collectif. « Il s’agit moins de transmettre des valeurs que la volonté d’agir sur un territoire », note Mayeul Baudet. Lucie Clair cite l’exemple de la Fabrique du Revermont, un tiers lieu à Simandre-sur-Suran, tout à la fois projet culturel, gîte de groupe, espace de coworking et cuisine professionnelle, ou encore du festival Fous de Rural, dont la cinquième édition se déroulait à Étrez, le 4 juillet. « C’est par méconnaissance de la difficulté que certains jeunes osent et persistent, relève-t-elle. Encore faut-il en persuader nos financeurs. Une tendance de fond, en particulier chez les partenaires publics, est de s’inscrire eux-mêmes dans une logique de projets. Or, cela nuit à une approche de long terme. Nous les avons donc réunis pour leur rappeler nos objectifs et nos besoins, les sensibiliser notamment à cette idée parfois difficile à entendre : un projet de jeunes peut échouer, il n’en est pas moins formateur pour ceux qui l’ont porté. »

Persévérance

À l’Etac, on approuve cette vision des choses. « C’est l’un des fondamentaux de l’éducation populaire : on apprend en faisant et vice-versa », commente Émeline Bertin, chargée du développement de l’école. « Le cirque est un outil de transmission de valeurs. Je n’ai pas trouvé de meilleur support car il associe activités physique et artistique », ajoute Christian Curtis, son directeur et créateur. L’Etac elle-même est une aventure entrepreneuriale un peu hors norme. Née voici 25 ans, autour d’un simple atelier de jonglerie, elle compte aujourd’hui huit salariés (six équivalents temps plein) pour 260 élèves de 3 ans à 60 ans et plus, organise un festival (Br’Ain de Cirque, deuxième quinzaine de mai, en principe) et propose des interventions ponctuelles ou régulières au sein d’autres structures. « Le cirque véhicule notamment des notions de persévérance, de travail, de dépassement de soi et de capacité à affronter le regard des autres, poursuit le créateur. Nos élèves viennent pratiquer le cirque, mais nous souhaitons qu’ils aient envie de s’impliquer. Tous finissent par proposer quelque chose lors du festival, quel que soit leur niveau ou la discipline choisie. Certains deviennent bénévoles, encadrent des cours ou apportent leur aide. Nous en avons même qui sont devenus professionnels et qui, parfois, mènent une carrière internationale. Nous n’avons pourtant pas le niveau pour préparer aux écoles de cirques. Mais quand vous possédez ces valeurs, la technique vient. » Le conseil d’administration de l’école intègre autant des parents d’élèves que d’élèves, là aussi, avec la volonté d’intégrer des gens assez jeunes, avec pour objectif de construire un véritable projet collectif.

Etac

Ci-dessus, Emeline Bertin, chargée de développement, et Christian Curtis, directeur et fondateur de l’Etac.
En haut, Mayeul Baudet, membre du conseil d’administration, et Lucie Clair, salariée du MRJC de l’Ain.


Deux sur quatre

« Entreprendre autrement durant le confinement », en visio le 23 avril, « Entreprendre autrement dans l’éducation populaire, les sports et les loisirs », le 2 juillet… Le cycle de quatre conférences engagé par le PTCE Bourg-en-Bresse Dynamique se poursuivra le 1er octobre, à l’Écrin, tiers lieu à Étrez, sur la thématique « Entreprendre autrement dans l’agriculture et les nouveaux moyens de coopération ».


Encourager la jeunesse à entreprendre

Une quinzaine de jeunes sont invités à gérer pour l’été, une véritable entreprise, avec le support d’une coopérative.

Coopérative jeunesse de Services

Chaperonnés par la Coopérative d’activité et d’emploi ESS’Ain, avec laquelle ils signeront un Contrat d’appui au projet d’entreprise (Cape), ils auront leur propre numéro de Siret, une assurance et un cadre juridique pour opérer. Une quinzaine de jeunes la Communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse âgées de 16 à 18 ans sont invités à se lancer, le temps d’un été, dans l’aventure entrepreneuriale, au travers d’une CJS, Coopérative jeunesse de services. « Du 6 juillet au 28 août, ils pourront proposer toutes sortes de services aux particuliers, aux entreprises et aux collectivités du territoire. Ils se rémunéreront sur leur activité, selon le nombre de contrats réalisés (35 l’année dernière, pour environ 450 euros chacun, au total) », décrit Marie Fouillet, chargée de projet en économie sociale et solidaire (ESS) au sein de l’AGLCA (Agence pour la gestion, la liaison et le conseil aux associations).

Gestion autonome

« Les jeunes vont tout gérer de A à Z. La première semaine sera occupée à définir le cadre de la coopérative : son nom, son logo, ses flyers, l’élection de son président, la désignation du conseil d’administration, etc. Ils vont également vont décider ensemble des services qu’ils vont proposer (logistique, rangement, installation, désinfection, livraison à domicile…), soit en fonction de leurs compétences et de leurs envies, soit en fonction des besoins identifiés des entreprises partenaires, poursuit-elle. Il leur faudra ensuite prospecter, réaliser les devis, les prestations et la facturation. » Un appel est lancé aux entreprises qui voudraient devenir partenaires de l’opération, soit par l’achat de prestations, soit par du mécénat de compétences ou encore, par des visites de sites. « Les retours de la première année indiquent que les jeunes ont le sentiment d’avoir progressé sur la prise de parole en public, leur aisance vis-à-vis des entreprises et la gestion. Cela leur a permis de se rendre compte de ce qu’est l’entrepreneuriat, termine Marie Fouillet. Ainsi, certains ont été confirmés dans leur envie d’entreprendre, d’autres non. »


Par Sébastien Jacquart

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