Vêt’Cœur, Tremplin… En se mettant à produire des masques, les structures d’insertion ont renforcé leurs partenariats publics et privés, et mis en lumière les talents de leurs publics.
Chantier d’insertion à Valserhône, Vêt’Cœur emploie 15 personnes en insertion dont sept dans un atelier de confection qui habituellement réalise plutôt des tote bags et autres produits du genre, à l’unité. Mais, avec la crise sanitaire, il a fallu s’adapter. Après une interruption de son activité, l’atelier est reparti le 27 mars, en se lançant dans la confection de masques. Plus qu’un changement de produit, il s’est agi là d’un véritable changement de métier, de la production unitaire à une production de série. « Pendant le temps de fermeture, nous avons travaillé sur un prototype de masque. Depuis, nous avons dû passer à 35 heures et de 70 à 300 masques par jour, face au nombre de commandes. Une collectivité de l’Ain voulait même nous en prendre 100 000, mais c’était bien au-delà de nos capacités », a témoigné Patrick Bois, directeur de la structure, lors d’une Rencontre du possible organisée en visioconférence par le Pôle territorial de coopération économique (PTCE) Bourg-en-Bresse Dynamique Solidaire, le 23 avril.
« Le plus dur a été d’organiser la production. Le reste a été assez facile. Nous étions déjà une entreprise de confection, poursuit le directeur. Nos ateliers sont suffisamment grands pour permettre le respect des distances barrières, avec port de masques et de gants pour tout le monde. Nous sommes connus sur Valserhône. A partir de là, nous avons pu nous faire connaître plus largement et trouver des mécènes. Nous nous sommes appuyés notamment sur les réseaux des CCI de l’Ain et de Lyon, ainsi que sur des réseaux nationaux. Et nous avons participé à un webinaire avec le haut commissariat à l’insertion. Cette crise nous a donné, d’un seul coup, une visibilité très importante et provoqué un afflux de commandes dont l’essentiel émane de collectivités qui veulent équiper leurs administrés. »
Vêt’Cœur n’est pas seule à bénéficier de la crise, les personnels en profitent aussi. « Nous accueillons des salariés en insertion pour une durée de 24 mois maximum, avec pour objectif de les intégrer en entreprise. A travers cette aventure, ils ont montré leurs capacités d’adaptation et d’investissement, relève Patrick Bois. Mieux connus, nous pouvons de surcroît envisager davantage de placements en entreprise. »
Les ateliers chantiers d’insertion (ACI) sont une première marche pour accéder à l’emploi. « Nous n’opérons aucune sélection. Nous avons affaires le plus souvent, à des personnes en grandes difficultés sociales et professionnelles : des travailleurs handicapés, des femmes battues ou des gens qui ne parlent pas un mot de français. Pour ces derniers, cette période a d’ailleurs été très profitable. Elle les a sorti de leur communauté et contraint à parler la langue. Ils sont fait d’énormes progrès. Tous étaient ravis de travailler davantage et fiers de participer à l’effort national », relève Patrick Bois qui gère également Ain, 2, 3 Services, une structure destinée à des personnes moins éloignées de l’emploi.
Cette nouvelle activité sera-t-elle durable ? « Une étude devra sans doute être réalisée sur le prix du masque (vendu aujourd’hui au prix maximal de 2,50 euros, NDLR) comparativement à une production chinoise. Mais à l’occasion de cette crise, les entreprises et les collectivités ont peut-être aussi à mener, une réflexion sur l’opportunité de faire vivre les structures sociales et locales », estime le directeur qui envisage une réouverture de l’ensemble des activités de Vêt’Cœur et Ain, 2, 3 Services dès le 11 mai. L’homme compte bien, en tout cas, saisir la balle au bond, pérenniser cette production et créer éventuellement, d’autres structures d’insertion. « Nous allons travailler avec la fondation EDF à qui nous avons demandé le financement de machines, annonce-t-il. Il va nous falloir des locaux différents et demander à la Direccte, l’autorisation d’embaucher davantage de personnel. Nous avons bien entendu que l’Etat voulait rapatrier un certain nombre de productions. Masques, mais aussi blouses… Nous envisageons de créer une nouvelle activité, sur un modèle plus industriel, en plus de nos activités habituelles. »

La dessinatrice Lison Bernet était invitée à illustrer en direct, la visioconférence organisée par le PTCE Bourg-en-Bresse Dynamique.
Tremplin fournit la ville de Bourg
L’association Tremplin aussi voulait faire des masques, mais cette volonté s’est heurtée, au départ, à quelques obstacles. « L’Agence régionale de santé a commencé par rejeter notre proposition au motif que nos productions ne seraient pas normées, raconte Julie Lombardo, directrice du pôle insertion par l’activité économique. Nous avons souhaité participer au projet Résilience, mais nous étions une trop petite structure. Finalement, nous avons été sollicités par le maire de Bourg-en-Bresse, pour produire quelque 65 000 masques, en partenariat avec l’entreprise de lingerie 7 Fashion pour les deux tiers de la commande. Nos ateliers comptent sept piqueurs auxquels s’ajoute un réseau de bénévoles qui fabriquent eux aussi des masques, à partir de kits que nous leur fournissons. Nous contrôlons systématiquement la conformité de la production, avant livraison à la Ville, qui se charge du packaging et de la distribution auprès de ses habitants, à raison de deux masques par boîte aux lettres. »
Les près de 30 000 masques commandés à Tremplin seront une clé de reprise pour un certain nombre d’activités de la structure, à travers les sollicitations des entreprises et de nouveaux partenariats.
D’autres rencontres à venir
La Rencontre du possible du 23 avril était la première d’une série de quatre. Organisée en visio sur la thématique « Entreprendre autrement pendant le confinement », elle doit être suivie le 2 juillet, par une soirée chez Cheval Bugey, à Ceyzériat, sur le thème « Entreprendre autrement pour l’éducation populaire et dans les sports et loisirs », puis une nouvelle date en septembre, sur l’agriculture et sur les nouvelles formes de coopération, ainsi qu’une dernière en novembre, pendant le mois de l’économie sociale et solidaire, sur « Les nouveaux modèles pour entreprendre en centre bourg ». Ces rencontres sont une initiative du PTCE Bourg-en-Bresse Dynamique Solidaire qui réunit des acteurs de l’économie sociale et solidaire de l’agglomération burgienne. Ses membres, une dizaine de structures d’insertion par l’activité économique, mutualisent un chargé de relations entreprises afin de proposer leurs candidats aux entreprises du territoire, dans une logique de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.
Par Sébastien Jacquart








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