Ancien militant des Verts puis député socialiste, Arnaud Leroy a été chargé par Emmanuel Macron d’élaborer son programme énergétique pour sa campagne de 2017. Il a pris la présidence de l’Agence de la transition écologique (ex-Ademe) en 2018.
Propos recueillis par Antonin Tabard, interview réalisée dans le cadre de Reso Hebdo Eco.
On parle beaucoup de transition écologique, mais où en sommes-nous plus particulièrement dans le monde des entreprises ?
Deux tendances se distinguent. D’une part, des entrepreneurs qui sont déjà embarqués dans la transition écologique parce que leur activité le nécessite, et, d’autre part, des entreprises où c’est plus compliqué. En sachant que ces sujets, parfois techniques, demandent aussi une certaine connaissance. Nous travaillons beaucoup avec ces PME de moins de vingt salariés et ces TPE, notamment dans les secteurs des services ou du commerce, via les fédérations professionnelles et les chambres consulaires. La grande différence avec les années passées, c’est qu’aujourd’hui, nous avons une palette d’outils à disposition des professionnels quels que soient leurs secteurs d’activité… Du financement au diagnostic, nous mettons même à disposition des consultants pour pouvoir vraiment voir où faire des efforts et que faire en matière d’amélioration. Et ce que nous pouvons dire aujourd’hui, c’est que nous sentons de plus en plus une volonté d’aller vers ces sujets. C’est peut-être à mettre en corrélation avec une demande toujours plus forte émanant de l’ensemble des consommateurs. C’est aussi une question de rentabilité économique. Aujourd’hui, quand vous faites attention à votre matière première, à vos déchets, à votre facture énergétique, tout cela à un aspect positif sur votre chiffre d’affaires.

Quel rôle ont à jouer les TPE-PME dans la transition écologique et énergétique ?
Elles sont apporteuses de solutions à leur échelle. Des TPE-PME inventeront certainement des nouvelles choses et proposeront des nouveaux services. C’est un champ économique en soi. Ensuite, il est vrai qu’il y a aussi plus de contraintes, tant réglementaires que dues aux pressions des consommateurs. J’ai tendance à dire que ceux qui iront à l’encontre du courant seront pénalisés à terme. C’est une question de survie économique !
Concernant le plan de relance pour les TPE-PME fléché “transition écologique et énergétique”, qu’en est-il ?
L’Ademe a historiquement toujours accompagné les TPE-PME. Notamment via un dispositif qui s’appelait “TPE-PME, gagnante à tous les coups”, nous travaillions sur des diagnostics de flux pour voir l’énergie et la gestion des déchets. Ça fonctionnait tellement bien qu’on s’est allié à la BPI pour le déployer de manière beaucoup plus forte. Comprenons bien que tout n’a pas commencé avec le plan de relance ! Ce plan de relance, pour l’Ademe, c’est une grosse accélération. Mais nous avions, depuis très longtemps – avec moins de moyens financiers, je vous l’accorde –, commencé à travailler avec cette cible que sont les TPE-PME. Nous avions même établi un travail de fond avec la CCI, en finançant des postes en CCI liés à la transition écologique. Toutefois, aujourd’hui, avec le plan de relance, nous avons des moyens conséquents, et notamment deux dispositifs phares dédiés aux TPE-PME. Le dispositif Tremplin permet, parmi une soixantaine de dépenses possibles, de financer des actions liées à la transition écologique, de l’achat d’un nouveau parc d’ampoules basse consommation à l’installation d’un garage à vélo, en passant par une rénovation énergétique côté isolation… C’est un dispositif très souple et très réactif pour lequel nous disposons, pour 2021, d’un budget de 30 millions d’euros. Le second est peut-être davantage à destination des plus grosses structures parmi les PME. Ce dispositif, “Entreprises engagées dans la transition écologique” (EETE), permet de débloquer des financements pour la commercialisation de solutions liées à la transition écologique, tant dans le secteur agricole que dans ceux du bâtiment ou de la mobilité partagée. Quand les professionnels ont besoin de faire des investissements, on vient apporter une subvention après un examen technique du dossier. Ce dispositif représente une enveloppe de 15 millions d’euros sur l’année 2021.
Finalement, qu’est-ce que ce plan de relance représente pour l’Ademe ?
L’Ademe a un budget annuel moyen d’environ 750 millions d’euros. Cette année, nous étions à 720 millions, hors plan de relance. Le plan de relance nous a permis de doubler les moyens d’action de l’Ademe sur deux ans [ndlr : de fin 2020 à fin 2022]. Nous nous retrouvons donc, sur toute la période du plan de relance, avec deux milliards d’euros de financements supplémentaires, en sus de notre budget annuel. Il reste toutefois important de souligner que, si le plan de relance permet une belle accélération sur le sujet des TPEPME pour l’Ademe, d’autres dispositifs préexistent déjà, notamment sur l’économie circulaire, y compris sur la question énergétique. Il ne faut pas qu’on laisse s’installer l’idée que c’est parce qu’il y a eu un plan de relance que l’Ademe s’intéresse aux entreprises.

Quels constats l’Ademe a-t-elle dressés et quels besoins a-t-elle repérés ?
Il y a un réel besoin de fonds pour pouvoir financer la transition écologique. On ne pourra pas tout subventionner, certes, mais il nous faut trouver les moyens de continuer et d’amplifier cette démarche au regard des objectifs de la France. La neutralité carbone en 2050, ce n’est pas un slogan ! Si nous voulons que ce soit un objectif, il va falloir s’en donner les moyens. En plus de la France, l’Europe met aussi un coup d’accélérateur. Et ce constat va au-delà du plan de relance. Nous avions commencé à travailler fortement sur ce sujet avec la BPI juste avant la crise sanitaire, en mettant en place un continuum d’actions, des diagnostics, une première prise en main par l’entrepreneur avec le “climatomètre” qui permettait de voir où il en était lui-même.
Vous semblez penser que le problème de la transition écologique est presque avant tout financier…
Ces besoins de financements vont être récurrents. On ne changera pas d’économie du jour au lendemain, et encore moins sans aide. Un exemple : le prix du plastique vierge et le prix du plastique recyclé. Tout le monde fait l’apologie du plastique recyclé. Sauf qu’à la tonne, il est quasiment deux fois et demie plus cher que le plastique vierge. C’est sûr qu’il y a des gens qui veulent le faire – certains d’ailleurs le font déjà –, mais si on veut vraiment démultiplier et intégrer de plus en plus de matières recyclées, notamment le plastique, il va falloir qu’on trouve des moyens de compenser les coûts. Nous avons le même débat sur la question de l’hydrogène, alors que le gaz naturel est historiquement très bas. Comment faire pour faire pénétrer des énergies renouvelables et de récupération plus chères de par leur processus de production ? Il faut que nous trouvions les moyens à l’échelle nationale et européenne, et l’Ademe a certainement un rôle à jouer en matière d’expertise.
Les objectifs fixés aux niveaux national et européen sont-ils réalisables ?
C’est en tout cas l’objectif que nous nous fixons. Nous avons beaucoup de cibles et d’objectifs à remplir et nous nous y tenons. Sur le contrat précédent, nous étions à plus de 90 % de réussite. C’est ambitieux, mais c’est faisable !
Crédit photo : Federico Beccari sur Unsplash








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