Interview de Pierre Didio, secrétaire général FO de Savoie

par | 17 Nov 2021

Secrétaire général de l’Union départementale des syndicats Force ouvrière de Savoie, Pierre Didio fait le point sur son organisation à l’occasion de l’inauguration des locaux aixois.

Vous avez été élu secrétaire général de l’Union départementale des syndicats Force ouvrière de Savoie en 2015. Comment se porte FO ?

FO compte environ 3 500 adhérents dans le département, qui a toujours été très dynamique pour notre organisation. Nous comptons huit unions locales, dont celle d’Aix-les-Bains dont nous venons d’inaugurer les nouveaux locaux. Nous occupons la deuxième place quant à la représentativité dans le secteur privé et nous nous rapprochons de la CGT, qui est première.

Y a-t-il un gros écart entre ces deux formations ?

L’écart diminue. Il y a quatre ans, nous avions douze points de différence. Aujourd’hui, nous ne sommes plus qu’à six points de la CGT. Elle en a perdu quatre quand nous en avons gagné deux.

C’est important pour vous ?

Oui, j’ai le rêve absolu que d’ici six ans, on puisse reprendre notre place historique, qui est la première.

Où trouve-t-on vos adhérents ?

40 % d’entre eux travaillent dans la fonction publique, ou plutôt, dans les fonctions publiques : la territoriale, les hospitaliers et les fonctionnaires d’Etat. FO est majoritaire pour les premiers d’entre eux. En revanche, cela pêche un peu du côté des hospitaliers et des enseignants où nous ne sommes que troisièmes.

Les 60 % restants œuvrent dans le privé où nous sommes premiers dans l’alimentaire, la grande distribution, l’automobile, le thermalisme, les remontées mécaniques ou le Club Med…

Existe-t-il un domaine où vous perdez des adhésions ?

Non, depuis quinze ans, nous n’avons fait qu’augmenter leur nombre. En revanche, en 2020, nous avons perdu 5 % de nos adhérents, ce qui correspond pour une moitié aux saisonniers et aux remontées mécaniques qui n’ont pas travaillé l’hiver dernier, et pour l’autre, au non-renouvellement d’adhésions dû au télétravail. Depuis, nous sommes revenus à notre niveau de 2019 et avons même de nouvelles implantations, comme la Boîte à outils ou Lalliard bois.

Force ouvrière Aix-les-Bains a inauguré ses nouveaux locaux, avenue de Marlioz, le mardi 9 octobre. Crédit photo : DR

Quels ont été les dossiers les plus marquants de ces deux années de pandémie ?

Les Thermes nationaux d’Aix-les-Bains ont connu un mouvement de grève en juin 2021, qui a abouti positivement. Le manque de personnel était énorme suite à la gestion des saisonniers lors de la première vague Covid. A ce manque s’ajoutaient des problèmes de salaires, extrêmement bas. Un jour de grève a suffi pour que la direction lance le recrutement de neuf personnes, paie les heures supplémentaires et donne une prime Macron. On a également eu beaucoup de travail avec les saisonniers

Quels types de problèmes avez-vous rencontré dans les stations ?

Lors de la première vague Covid, ça a été plutôt houleux avec les hôtels-restaurants qui ont dit à leurs personnels de rentrer chez eux sans leur proposer le chômage partiel. J’ai eu beaucoup de fil à retordre pour que les employeurs les y inscrivent. De gros établissements, comme le Panoramic, qui emploie 200 saisonniers à Tignes, ou comme le Chabichou, à Courchevel, ne voulaient rien savoir, par peur que l’Etat ne tienne pas ses promesses.

Au moment de la deuxième vague, l’hiver dernier, beaucoup d’employeurs avaient rédigé des promesses d’embauches sur lesquelles il était mentionné qu’en cas de crise sanitaire, les salariés ne seraient pas employés. Du coup, les saisonniers, n’ayant pas du tout été embauchés ni mis au chômage, ont cherché et trouvé du travail ailleurs. Et quand les patrons ont voulu les rappeler pour l’été, ils n’étaient plus disponibles. S’ils les avaient mis au chômage partiel, cela aurait sans doute été différent ! Mais entretemps, les saisonniers avaient trouvé un travail dans une structure normale, avec des horaires normaux, avec des week-ends libérés et la possibilité d’avoir une vie de famille, des loisirs, etc. Cela a engendré des problèmes de recrutement. Problèmes qui se reposeront encore cet hiver, notamment pour l’hôtellerie et la restauration. Il manquerait 10 % de personnel dans cette branche !

A quoi faut-il s’attendre cet hiver ?

On risque d’avoir une crise du côté des remontées mécaniques. Ces saisonniers-là ont la garantie de l’embauche et pour l’instant, le passe sanitaire n’est requis ni pour eux, ni pour les touristes. En revanche, si, en cours de saison, le taux de contamination explose, le passe sera exigé. Et là, ce sera la catastrophe car rien n’aura été organisé en amont. Comment seront remplacés ceux qui ne pourront plus travailler faute d’être vaccinés ?

Dernier point crucial pour ces populations de salariés : la réforme de l’indemnisation chômage dont les effets courent depuis le premier octobre. Pour les saisonniers, cela signifie une baisse de 17 % en moyenne de l’indemnisation, avec des pointes pouvant atteindre 40 % ! Il leur faut désormais six mois de travail pour recharger leurs droits, contre quatre mois auparavant, alors que les stations n’ouvrent que 4 à 5 mois. Avec cette réforme, les saisonniers, il faudra les chercher ailleurs, dans d’autres pays où le Smic français fait encore rêver

D’une manière plus générale, sur quels points êtes-vous particulièrement vigilant ?

Nous accordons une attention particulière aux ruptures conventionnelles. Force Ouvrière a donné son accord en 2008, mais avec le recul c’était une erreur. On n’a pas prévu l’ampleur que ça prendrait. La première année, il y en a eu 30 000 environ en France. On en est à 446 000 par an aujourd’hui ! En Savoie, on en dénombre 3 400 alors que dans le même temps, il n’y a eu « que » 800 licenciements. Cela dévoie le système fondateur de l’Unedic et nous estimons que ça lui coûte plus de six milliards d’euros par an. Ça a rendu les choses trop faciles, il faudrait l’encadrer beaucoup mieux. Ces indemnités qu’on donne aux salariés représentent des milliards qui pourraient servir à l’embauche.

A propos de licenciements, quel regard portez-vous sur l’actualité de Ferroglobe, en Savoie ?

Ferroglobe compte deux sites dans la région, un en Isère à Clavaux et l’autre en Tarentaise, à Château-Feuillet. Un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) est en cours depuis plus d’un an. Lundi 15 novembre, la direction a annoncé qu’elle maintient tous les emplois à Clavaux, soit 129, et qu’elle va même réaliser une trentaine d’embauches. Du silicium y est produit, dont une part pour le médical. C’est un produit très précieux en ce moment, dont les cours sont bien remontés. En revanche, à Château-Feuillet, on nous a annoncé 240 licenciements d’ici un ou deux mois. Alors que le silicium est essentiel pour la France ! Il faut savoir que cette usine donnait 6 000 euros d’intéressement par an à ses salariés il y a 10 ansIl faut que l’Etat nationalise temporairement le site, en attendant qu’un repreneur se manifeste. Sinon, l’usine va s’arrêter.

Propos recueillis par Sylvie Bollard

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Découvrez également :

Immobilier : la reprise reste fragile

Les notaires des Savoie ont présenté les derniers chiffres 2025 de leur observatoire de l’immobilier. Si le volume des ventes est globalement stable, voire en baisse, à l’inverse, les prix augmentent avec de fortes disparités selon les secteurs. La chambre des...

LIRE LA SUITE

Industrie : le groupe AAF monte en puissance

Fort de ses quatre sociétés complémentaires, le groupe Application Alpine de Fluides (AAF) développe ses activités sur l’ensemble de la Haute-Savoie. C’est à la SNCF, où il a commencé sa carrière, que Marc Théodule a découvert les métiers de l’hydraulique. Depuis,...

LIRE LA SUITE

Cosmétique : Peggy Sage veut séduire le grand public

Installé à Bonneville, le spécialiste historique du vernis à ongles a célébré, fin 2025, cent ans de savoir-faire. La marque, qui jouit d’une forte notoriété auprès des professionnels, cible les particuliers. Que de chemin parcouru depuis la création de la marque...

LIRE LA SUITE

Publicité