2021 : l’aérien a du plomb dans l’aile

par | 11 février 2022

La crise sanitaire a perduré en 2021, plombant les gestionnaires d’aéroports, qui résistent pourtant à la crise et annoncent une reprise du trafic commercial et de l’aviation d’affaires.

Les pertes dans l’aérien ont été énormes. Face à la crise, et sous l’effet des mesures sanitaires décrétées par les gouvernements, le trafic s’est littéralement effondré, privant les aéroports d’importants revenus.

Premier opérateur aéroportuaire privé au monde avec 53 aéroports dont 12 en France, Vinci Airports n’échappe pas au marasme, affichant un chiffre d’affaires en chute de 55 % à 1,18 milliard d’euros, contre 2,63 milliards en 2019, année de fréquentation record pour de nombreux aéroports. Une situation difficile pour le groupe qui sortait de plusieurs années d’investissements massifs. S’agissant de la fréquentation, Vinci a vu son trafic s’affaisser de 66 % en 2021, par rapport à 2019 (86 millions de passagers contre 255 millions), et progresser de 12 % comparativement à 2020.

En Rhône-Alpes, où le groupe exploite les cinq plateformes aéroportuaires existantes, la baisse du trafic passager fluctue de -61% à -97 % par rapport à 2019. Les aéroports lyonnais (Lyon−Saint Exupéry et Lyon-Bron ) n’ont accueilli que 4,5 millions de passagers, plongeant de 61 %, tandis que ceux, à plus petite échelle, de Chambéry Savoie Mont-Blanc et de Grenoble Alpes Isère ont dévissé respectivement de 96 % et 97 %, avec 7 000 et 14 000 voyageurs, du fait de l’absence de la clientèle ski, suite à la fermeture des domaines skiables dans les stations de sports d’hiver. Mais de nombreux vols sanitaires ont décollé et atterri. Quant à l’aéroport Annecy Mont-Blanc, il est le seul à indiquer une hausse de 21 % à 54 000 mouvements, au lieu de 44 200 en 2019.

-60 à -65 % : c’est la chute du trafic enregistrée par les aéroports français en 2021 par rapport à 2019, soit à peine quelques points de mieux qu’en 2020. Selon l’Union des aéroports français (UAF), la reconstruction sera longue. Le niveau d’avant la crise ne sera pas retrouvé avant 2024 au plus tôt.

« Complémentarité opérationnelle »

Avec la reprise de l’aéroport haut-savoyard, effective depuis le 1er janvier 2022 pour une durée de quinze ans (lire encadré rouge), Vinci finit de mailler le territoire. « Nos aéroports en Rhône-Alpes bénéficient d’une forte complémentarité opérationnelle », se félicite Sabine Granger, directrice des aéroports régionaux français de Vinci Airports (excepté Lyon−Saint-Exupéry), qui explique vouloir « travailler dans la continuité et compléter l’offre passagers ». Elle ajoute aussi que si l’un de ces aéroports est saturé, cela permettra son délestage vers les autres plateformes.

Et c’est sans compter les spécificités propres à chacun d’eux, attirant des clientèles différentes. À Lyon−Saint Exupéry et Lyon-Bron, la dimension internationale, avec plus de 100 lignes commerciales – et davantage à l’avenir – desservant la France, l’Europe et les destinations long courrier. « Nos marchés sont très diversifiés et axés business et commercial », rappelle Tanguy Bertolus, président du directoire d’Aéroports de Lyon.

L’hiver, Chambéry Savoie Mont Blanc est le 3e aéroport d’affaires français. Crédit Vinci Airports

Et il précise : « L’aviation d’affaires a su faire preuve de résilience pendant la pandémie, offrant plus de la flexibilité à la clientèle. » Ainsi, Lyon-Bron (3e français) a enregistré 7 500 mouvements en 2021 (+26%), affichant depuis mai un trafic supérieur aux niveaux de 2019. Quant aux aéroports de Chambéry (17 lignes régulières vers l’Angleterre, dont 10 charters) et Grenoble (20 destinations desservies), à l’activité très saisonnière (de décembre à avril) et très orientée clientèle ski, ils ont toute leur place dans le paysage. Mais pas seulement.

« L’hiver, Chambéry est le troisième terminal d’aviation d’affaires en France », souligne Sabine Granger, qui observe une nette reprise depuis décembre (+14 %). Enfin, Annecy Mont Blanc, proche de Genève, est entièrement tourné vers l’aviation d’affaires et de loisirs, avec de nombreux jets privés. Pour 2022, l’exploitant est optimiste, pointant une amélioration du trafic au rythme de la levée des restrictions sanitaires. Toutefois, il faudra attendre encore pour retrouver les niveaux (excellents) de 2019.

FOCUS

Environnement : des aéroports décarbonés en 2030

Alors que le transport aérien représente 2,8 % des émissions mondiales de CO2, tout en étant à l’origine de 4,9 % du réchauffement climatique, Vinci Airports mène une politique environnementale offensive pour atteindre le « zéro émission nette » pour ses 26 aéroports de l’UE au plus tard en 2030. Son plan d’action a permis de réduire l’empreinte carbone de son réseau de 28 % depuis 2018.

Site d’expérimentation du groupe, l’aéroport de Lyon–Saint-Exupéry sera précurseur et devrait atteindre l’objectif final dès 2026, à coups de dizaines de millions d’euros d’investissements. « Dès 2023, une station à hydrogène vert – d’abord sous forme gazeux, puis liquide – verra le jour, en partenariat avec Airbus, Air Liquide et la Région Aura, de sorte que nous soyons totalement opérationnels en 2030-2035, quand les premiers avions à hydrogène décarboné développés par Airbus voleront. Ce qui augure un changement révolutionnaire », avance Tanguy Bertolus, président du directoire d’Aéroports de Lyon.

En 2030, les infrastructures de l’aéroport lyonnais allieront la production, le stockage et la distribution de l’hydrogène. Avec l’objectif affiché, à terme, pour Vinci, de faire de ses aéroports de véritables hubs à hydrogène pour servir leur écosystème. En attendant, la première station de distribution d’hydrogène sera mise en service en 2023 pour alimenter les véhicules terrestres de l’aéroport (autobus, navettes, voitures de service…). À cette fin, la flotte automobile évoluera progressivement vers le tout-hydrogène.

L’aéroport fera l’acquisition des premiers bus l’an prochain, et de dix véhicules professionnels réservés au personnel dans les deux ans. En parallèle, et en vue d’améliorer sa performance énergétique, le parking de l’aéroport sera équipé sur 17 hectares d’ombrières photovoltaïques.

Plus largement, Vinci Airports entend participer à la décarbonation de toute la chaîne de la mobilité aérienne en instaurant
des mesures incitatives. À commencer par la modulation carbone des redevances aéroportuaires, déjà déployée sur ses aéroports français, et le développement des biocarburants durables d’aviation, comme c’est le cas sur les plateformes de Clermont-Ferrand et de Londres-Gatwick.

Alors que le transport aérien représente 2,8 % des émissions mondiales de CO2, tout en étant à l’origine de 4,9 % du réchauffement climatique, Vinci Airports mène une politique environnementale offensive pour atteindre le « zéro émission nette » pour ses 26 aéroports de l’UE au plus tard en 2030. Crédit Vinci Airports.

Gros trou d’air pour Genève Aéroport

Fragilisé par la crise, l’aéroport genevois enregistre un redressement du trafic mais clôture son exercice dans le rouge. Alors que Genève Aéroport a ouvert sa nouvelle aile Est en décembre, il subit de plein fouet la crise covid qui a frappé l’aérien à l’échelle planétaire. Sur l’exercice 2021, Cointrin a accueilli 5,9 millions de passagers, en hausse de 5,8 % sur un an, mais en chute de 67 % par rapport à 2019, année où il avait enregistré une fréquentation record avec 17,9 millions de voyageurs. Après un premier semestre atone, le second a vu une reprise marquée du trafic passagers dès le mois de juillet, et ce jusqu’à l’apparition du variant Omicron en novembre, avec l’instauration de nouvelles limitations de voyage dans de nombreux pays.

La nouvelle aile Est, qui a coûté 166 millions de francs suisses, peut accueillir 5 800 passagers en simultané. Crédit photo Joas Souza

Néanmoins, le nombre total d’atterrissages et de décollages s’est accru de 14,9 % pour atteindre 92 249 mouvements. Rien à voir, encore une fois, avec les 186 043 recensés en 2019. L’exploitant suisse relève que les mouvements des lignes et charters après 22 heures, déjà en fort retrait en 2020, sont restés inférieurs de 57,8 % par rapport à 2019. En particulier, les décollages non planifiés, au nombre de 296. C’est 44 de plus que l’an dernier (252) mais presque six fois moins qu’il y a deux ans (1 404).

Quant aux destinations, Genève Aéroport en affichait 139 en 2021, contre 147 en 2020. « Mais nous avons retrouvé la quasi-totalité de la desserte long courrier », se réjouit la direction de l’aéroport, qui pointe un taux de remplissage élevé de ces lignes en fin d’année. Par ailleurs, la relance du fret avionné (+19,1 %) et camionné (+12,4 %) se confirme en 2021 et s’élève à 58 094 tonnes, en croissance de 14,7 % sur douze mois (mais en recul de 27,9 % si l’on compare à 2019).
Serait-ce les signes annonciateurs que le trafic aérien reprend son envol ? Pour l’heure, la direction anticipe « une nouvelle perte importante pour l’exercice écoulé, cependant inférieure à celle de 2020 (pour rappel, elle était de 129,5 millions de francs contre un bénéfice de 84,1 millions en 2019) ». La société publiera des résultats complets le 29 mars.

Fragilisé par la crise, l’aéroport genevois enregistre un redressement du trafic mais clôture son exercice dans le rouge. Crédit photo Genève Aéroport.

Patricia Rey


Pour aller plus loin sur la mobilité longue distance :

https://theshiftproject.org/plan-de-transformation-de-leconomie-francaise-mobilite-longue-distance/

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