Une récente étude du sous-sol montre que le potentiel géothermique de Genève s’avère 10 % supérieur aux prévisions initiales. Côté France, le sujet semble n’avoir pas encore la même profondeur mais Savoie, Haute-Savoie et Ain ont du potentiel. Mais la géothermie, tout comme les autres énergies (nucléaire, solaire, éolien, etc.), ne reste-elle pas tributaire des énergies fossiles ? Et d’une façon plus globale, le problème est-il réellement l’énergie… ou plutôt ce qu’on en fait ?
D’accord, l’opération est un peu énergivore : les données récoltées par les Services industriels de Genève (SIG) lors de la campagne sismique de 2021 représentent 100 teraoctets. Mais le jeu en vaut largement la chandelle. Car ces données permettent de cartographier, en profondeur, le sous-sol local : une première en Suisse.
Or, les résultats, dévoilés en fin d’année dernière, ont réservé une excellente surprise : à l’horizon 2050, le sous-sol pourrait couvrir non pas 20 % (comme attendu) mais bien 30 % des besoins en chaleur du canton de Genève. Car de l’eau se trouve aussi dans « des roches failliées qui n’étaient pas dans le sens prévu », explique Christian Brunier, directeur des SIG.
« Nous savons maintenant que nous avons un potentiel énorme. Nous allons nous engager dans des programmes pour aller chercher cette énergie propre et locale : exactement ce qu’il nous faut, vu l’état climatique de la planète. » Les projets sont déjà nombreux dans la géothermie dite de moyenne profondeur. Parmi eux, le forage de Satigny, qui doit rapidement être mis en fonction, puis celui de Meyrin- Nations (2024-2025) et enfin Veyrier-Troinex, qui devraient être opérationnels en 2026. En 2035, la géothermie pourrait déjà couvrir 14 % des besoins énergétiques.

La France pourrait, elle aussi, exploiter la chaleur de la terre : 90 % du territoire seraient compatibles avec la géothermie de surface, selon l’Ademe (Agence de la transition écologique), qui a d’ailleurs été chargée de mettre en place, dans chaque région, une animation locale sur le sujet.
Un potentiel sous-exploité en France
En Auvergne-Rhône-Alpes, elle l’a confiée à l’agence Auvergne-Rhône-Alpes Énergie Environnement (Aura-EE) et au pôle de compétitivité de la transition énergétique Tenerrdis. Objectifs : augmenter de 30 GWh la capacité de production géothermique entre 2024 et 2028. Une ambition encore modeste (+6 % par rapport à l’existant) pour une filière en train de se structurer. « Le potentiel est gigantesque et difficile à quantifier », explique Nicolas Picou, chargé de mission à Aura-EE.
« Les grandes villes sont toutes installées à proximité de nappes : sous chaque bâtiment, ou presque, il est possible de capter, à moins de 200 mètres de profondeur, de la chaleur ou du froid susceptibles de produire de l’énergie. » Mais, à l’heure actuelle, à peine « plus de 500 GWh sont produits sur le territoire, représentant 3 % seulement de la production d’énergie renouvelable dans la région ».
À court terme , l’une des clefs du développement de la géothermie semble résider dans une meilleure mise en relation entre donneurs d’ordres (y compris les particuliers), foreurs (une trentaine dans la région) et installateurs. Et aussi dans l’information des conseillers en énergie et des collectivités qui instruisent les dossiers de subvention.
Car les moyens sont là : le Fonds chaleur de l’Ademe « renforce les taux d’aides à la géothermie, souligne l’ingénieur, ce qui permet de financer de 40 à 50 % du coût de l’installation ». Forer pour se chauffer sans creuser un trou dans son budget : la perspective suffira-t-elle à sortir la géothermie de son trou ?
Savoie, Haute-Savoie et Ain ont du potentiel
Les trois départements exploitent la géothermie, mais à faible échelle. Pourtant, le gisement semble, là aussi, important. Selon Fabien Challeat, chef du service “énergies renouvelables” au Syndicat des énergies et du numérique (Syane) de Haute-Savoie, le département compte deux types de géothermie. D’une part, la géothermie superficielle (voir encadré ci-contre), qui exploite l’énergie du sous-sol à moins de 200 m de profondeur.

« Cette énergie est déjà assez largement utilisée dans le territoire, pour des bâtiments », explique-t-il. Mais il n’en est pas encore de même pour la géothermie profonde, qui exploite l’énergie du sous-sol à des profondeurs variant de 1 000 m à environ 2 000 m. « Pour cette seconde technologie, bien qu’il existe de nombreuses installations dans d’autres régions, comme le Bassin parisien, il n’y en a encore aucune en Haute-Savoie. Toutefois des études sont en cours, notamment sur le bassin annécien et le Genevois français. »
Des études sont également menées dans l’Ain où, entre 2011 et 2019, la production de chaleur renouvelable issue de la géothermie a augmenté de 57 %. Et, selon les spécialistes, la moitié du département comporte des formations géologiques favorables à ce type d’énergie. Le Pôle de l’entrepreneuriat du Pays de Gex (photo) y a déjà recours.
En Savoie, « il y a un fort potentiel de développement de la géothermie de surface et de minime importance pour les logements individuels et les collectivités, mais il n‘existe pas encore de cartographie – ni d’installation – pour la géothermie en grande profondeur », explique Nathalie Noël, chargée d’accompagner les projets au sein de l’Asder (Association savoyarde pour le développement des énergies renouvelables). Le potentiel du département semble, là aussi, important.
Mais la mise en oeuvre « doit être en lien avec les besoins particuliers de tel ou tel projet, en proximité des bâtiments qui doivent être alimentés, et elle doit respecter les règles d’urbanisme », poursuit la spécialiste. Bref, entre les études encore à mener, les ajustements nécessaires dans les documents d’urbanisme et les aménageurs à convaincre, le dossier mérite encore… d’être creusé.
Marion Grizbec
Crédit photo à la une : DepositPhotos
Pour aller plus loin :
« Le problème, ce n’est pas l’origine de l’énergie, mais ce que nous faisons de l’énergie. Et nous l’utilisons majoritairement pour mener une guerre totale contre la vie. »
Aurélien Barrau









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