Édito | Élections : au-delà du barrage

par | 11 Juil 2024

Pour ce deuxième tour des législatives, les Français se sont une nouvelle fois rendus massivement aux urnes (66,63 % contre 66,71 % au premier). Cela ne s’était plus vu depuis longtemps. Il faut remonter à 1997 pour trouver mieux (71,08 %) et l’on est proche de la participation du second round de 1993 (67,38 %).

On ne pourra donc pas dire que cette Assemblée-ci aura été mal élue, quand bien même le résultat en aura déçu certains et donné peu de motifs de satisfaction aux autres. Les électeurs ont refusé de donner les clés du pouvoir au Rassemblement national, le reléguant même en troisième position.

Mais Jordan Bardella observe avec raison que son parti « réalise la percée la plus importante de toute son histoire », avec 143 députés contre 88 pour la précédente mandature.

La digue (plus que le barrage) a tenu. Mais pour combien de temps encore, si les autres partis ne se remettent pas en question et se contentent d’agiter l’extrême droite en épouvantail à chaque élection ?

Emmanuel Macron prétendait en 2017, rendre le vote RN désuet. Or, il n’a jamais été aussi haut, au bout de 7 ans d’exercice du pouvoir par le Président. Cette situation peut s’expliquer de différentes manières. Je vais en proposer trois, mais il y en a probablement d’autres.

La première est sans doute la plus désagréable pour le bloc central. Peut-être qu’en s’affirmant « ni de gauche ni de droite » et a fortiori lorsque l’on prétend mener les deux politiques « en même temps », manque-t-on d’une boussole ? Nombre d’observateurs ont le sentiment que le camp présidentiel s’est souvent laissé dicter son agenda, voire ses thèmes, par le Rassemblement national. Jusqu’au vocabulaire. Emmanuel Macron ne dénonçait- il pas, dans l’entre-deux-tours, le « programme immigrationniste » du Front Populaire ? Est-ce vraiment le meilleur moyen d’enrayer la montée du parti à la flamme ?

La deuxième est plus consensuelle. Il est communément admis qu’en gouvernant par le centre, en siphonnant la droite et la gauche de leurs éléments les plus compatibles, on ne laisse d’autre choix aux oppositions que de se radicaliser. D’où les discours qui tendent à assimiler aux extrêmes tous ceux qui ne se situent pas dans le spectre centriste élargi. Mais du coup, quelle alternative laisse-t-on aux électeurs ?

La troisième ne se limite pas au camp présidentiel, mais concerne tout le spectre politique : on ne gouverne pas contre le peuple. Des gilets jaunes au mouvement contre les retraites, les exemples récents ne manquent pas. Mais, cela fait 20 ans que les gouvernements successifs, tous bords confondus, ont montré plus ou moins d’autisme face à la contestation, d’où qu’elle vienne.

Il va falloir témoigner un peu plus d’écoute. C’est peut-être le sens d’ailleurs, de certains des discours prononcés au soir des élections.

Nous verrons bien. Une chose est sûre en attendant, la légitimité des urnes ne permet pas tout. La démocratie, ce n’est pas la dictature de la majorité contre la minorité. Cela tombe bien, avec trois blocs à peu près à égalité, il n’y a plus de majorité.


Sébastien Jacquart
Photo à la une de Jeremy Bishop sur Unsplash


1 Commentaire

  1. Fournier Em

    Je souhaite vous soumettre ma réflexion: Electeur plutôt proche des idées LR, je constate depuis des dizaines d’années l’influence appuyée et constante des journalistes, qui ne cachent plus leurs opinions (car vivant en autarcie dans leur monde de gauche). Cette influence s’exerce sur les personnalités de droite lors d’interviews en disqualifiant systématiquement toute idée qui pourrait être validée par le parti honni du FN. A tel point que petit à petit les élus de droite n’osent plus émettre la moindre idée en accord avec leurs opinions (qui d’ailleurs finissent elles aussi pas se « sinistraliser »). Les idées traditionnelles de droites finissent donc par n’être défendues que par le RN, et même s’il est honni de l’intelligentsia, les électeurs finissent par voter pour ce parti « honteux ». Mais soit on interdit ce parti pour avoir émis des idées contraire à ce qu’est la démocratie, soit il est scandaleux de le traiter en paria. L’adage ne dit-il pas que lorsque l’on veut tuer son chien on dit qu’il est enragé?

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