La nécessaire décarbonation des transports amène les entreprises à repenser les déplacements de leurs employés. Véhicules électriques, vélos, covoiturage, transports en commun, train… l’autosolisme n’a plus le vent en poupe, place à la diversité !
L’autosolisme (le fait d’être seul dans sa voiture) reste roi dans le cadre professionnel, aussi bien pour aller et revenir du travail que pendant la journée. Selon le baromètre 2025 de Vinci Autoroutes, il concerne 84,6 % des conducteurs. Selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), un Français parcourt en moyenne 172 kilomètres par semaine pour se rendre sur son lieu de travail (c’est souvent plus dans nos départements). C’est en effectuant ces trajets seul, en voiture à moteur thermique, qu’il émet le plus de CO2.
À vélo ou en voiture
Mais c’est en train de changer. Venir au boulot à vélo, covoiturer, préférer le rail ou le bus n’est plus exceptionnel, et nombreuses sont les entreprises qui favorisent ces évolutions. Parfois, il en va de leur avenir. Ainsi, le groupe La Poste a réduit de 35 % ses émissions de gaz à effet de serre liées à son activité de transport de courrier et de colis depuis 2013. Un résultat obtenu en électrifiant plus de 20 000 véhicules utilitaires, en se dotant d’autant de vélos électriques et en achetant plus de 1 000 vélos cargos pour la desserte des centres-villes. Dans l’Ain et les Pays de Savoie, 30 % de la flotte est électrique, un résultat à peine en deçà de la moyenne nationale, malgré les handicaps que constituent les longues pentes et le froid.

« Le développement du télétravail à la suite de la crise de la covid a fait évoluer les mentalités, estime Guillaume Lucas, directeur “territoires, aménagement et mobilités” au bureau d’études Inddigo (siège à Chambéry), et les salariés sont plus sensibles aux enjeux environnementaux. Ils expriment beaucoup d’attentes sur la pratique du vélo, réclament des parkings adaptés ou des vélos de fonction par exemple. » Mais les résistances au changement sont aussi présentes : « Les déplacements professionnels pour des motifs commerciaux ou de direction sont considérés comme stratégiques dans une entreprise. Il peut être difficile d’y toucher », explique Guillaume Lucas.
« Mais les regards changent avec les générations. Les bilans carbone des entreprises deviennent une préoccupation. » Et puis, la pression législative et financière aide à évoluer : l’achat d’un véhicule thermique classique est aujourd’hui pénalisé, tandis que des normes sont édictées pour l’électrification progressive des flottes.
Préférer l’autopartage
De plus en plus d’entreprises analysent leurs déplacements pour les optimiser. « La question de la mobilité est au coeur de notre chaîne de valeur : sur 20 salariés, 16 à 17 sont toujours à l’extérieur », témoigne Damien Gaucherand, directeur d’Innovales, pôle territorial de coopération économique à Saint-Pierre-en-Faucigny.
« Dès 2016, nous avons fait la chasse aux déplacements parasitaires en mettant en place deux jours de télétravail (c’est trois aujourd’hui). Deux ans plus tard, plutôt que louer trois véhicules diesel standards, nous avons choisi d’aider à l’implantation d’une station d’autopartage Citiz dans la vallée de l’Arve. Il a fallu faire passer l’idée auprès de nos collaborateurs : au lieu de prendre la clé d’une voiture et de démarrer, il fallait réserver le véhicule, se rendre sur la plateforme… Sept ans après, personne ne reviendrait en arrière. Les salariés bénéficient d’un abonnement hybride, pour leurs déplacements professionnels et personnels (l’entreprise participe sur ce volet). Pour eux, c’est la possibilité de louer un véhicule toujours adapté à leurs besoins. Pour l’entreprise, le bilan financier est clairement satisfaisant. Nous avons calculé qu’en 2024, il nous aurait fallu cinq voitures de société au minimum pour vingt salariés, soit un coût estimé à 50 000 euros. La solution Citiz, pour tous les déplacements, personnels et professionnels, nous revient à 30 000 euros. Des études ont montré qu’une voiture de société ne tourne que 20 % de son temps. Le reste du temps, c’est un actif dormant… sur des parkings eux-mêmes coûteux. »
Covoiturage à bas bruit
Implantée dans la plaine de l’Ain, l’entreprise Soverglass vient de mener une étude “mobilités” pour mieux comprendre comment ses employés viennent au travail. Principal enseignement de l’enquête : 19 % d’entre eux covoiturent. « Nous n’avions pas conscience de l’ampleur du phénomène », reconnaissent Claire de Simone, responsable des ressources humaines, et Jérôme Soisnard, coordinateur “hygiène, sécurité, environnement”. D’autres entreprises confirment la montée en puissance à bas bruit de la pratique du covoiturage.
« Il n’est pas rare de constater 20 à 25 % de covoitureurs dans une entreprise », confirme Guillaume Lucas (Inddigo). « En moyenne, un quart passent par des applis dédiées, et les autres s’organisent entre eux, parfois depuis longtemps. Cette prise en main par les acteurs euxmêmes est une bonne nouvelle ! Notre seul conseil est, dans ces cas-là, d’aller vers la constitution d’équipages de trois ou quatre personnes par voiture : il est préférable d’éviter les binômes, trop fragiles dès qu’un des deux est en congés, en déplacement, en maladie… »
« Faire évoluer les mentalités »
D’autant que, les faits le montrent, le covoiturage reste une solution fragile. « Nous avons suivi un panel d’entreprises pendant six ans sur l’agglomération de La Rochelle », détaille Guillaume Lucas.
« Les incitations au covoiturage ont permis de faire basculer 10 % des effectifs vers cette solution… Mais, dans le même temps, 5 % des covoitureurs faisaient le chemin inverse. Les vieilles habitudes se reprennent vite… D’où l’importance de communiquer et d’informer, pour faire évoluer les mentalités. Bien souvent, se pencher objectivement sur ses trajets domicile-travail permet de se rendre compte que des solutions en transport en commun ou à vélo vont être plus régulières, plus agréables, moins chères… »
Le covoiturage est encouragé également dans les déplacements professionnels. « Nous mutualisons notre parc de véhicules de fonction afin de casser le schéma un service- une voiture », explique Manuelle Coupet au centre hospitalier Annecy-Genevois. « Notre application de réservation des véhicules professionnels permet d’organiser le covoiturage, afin d’éviter l’autosolisme », assure de son côté Sébastien Leclair, pour le centre hospitalier Métropole Savoie.

L’employeur peut inciter, pas imposer
Mais après tout, pourquoi les entreprises s’intéresseraient- elles aux trajets domicile- travail de leurs employés ? « C’est vrai, les textes disent clairement que c’est au salarié de se débrouiller », remarque Guillaume Lucas. « Mais, dans le même temps, l’employeur assure ces trajets dans le cadre de sa couverture “accidents du travail – maladies professionnelles”. Les employeurs sont donc bien légitimes pour inciter à d’autres usages, même s’ils ne peuvent rien imposer. »
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Philippe Claret









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