Il est une localité, en Savoie, où le temps s’écoule à flux et à reflux, entre la grande et la petite histoire. La commune de Chanaz, dont le patrimoine s’agglutine aux pieds de la chaîne de l’Épine, se distingue par ses multiples charmes passés, présents et singuliers, qui lui valent le surnom de Petite Venise de Savoie.
Bucolique, la « commune rurale à habitat dispersé », selon le classement Insee 2024, capitalise sur ses atouts naturels : un décor de carte postale et une histoire royale, adossée à celle de la Maison de Savoie. De nos jours, elle a aussi su se parer d’un concentré de culture et de loisirs. Aussi, ses voies d’eau et ses rues sont-elles quadrillées par une foule de 300 000 visiteurs chaque année, sous le regard indulgent des six cents habitants permanents.
Altitude : 250 mètres. Il faut grimper pour gagner le droit, par paliers successifs, de surplomber le panorama. Près de 60 % de forêts s’étendent au loin ; environ 9 % d’étendues d’eaux et 20 % de terres agricoles dont les récoltes nourrissent un artisanat de bouche mis à l’honneur dans les boutiques du village…

Une forte valeur patrimoniale
Au milieu des compositions florales à profusion, un bouquet d’édifices à forte valeur patrimoniale. À commencer par celui qui aujourd’hui, abrite la mairie : la maison de Boigne ou Grand’maison. Cette demeure est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1980.
Bâtie au XIIIe siècle, elle a appartenu à la Maison de Savoie jusqu’au XVIe siècle. Elle passera ensuite de mains nobles en mains de maîtres jusqu’au comte de Boigne, puis à la famille de son régisseur Jean Antoine Curtillet, en 1889. Il faut attendre 1969 pour que la bâtisse devienne propriété de la commune.
Non loin de là, l’ancienne chapelle de la Miséricorde, de style gothique flamboyant du XVIe siècle, héberge, depuis 2001, le musée des potiers gallo-romains de Portout. Dans cette petite localité, à 3 km en aval de Chanaz, des potiers s’étaient établis pour faire commerce de leurs céramiques jusqu’en Afrique depuis la Savière, ancienne rivière naturelle devenue canal de navigation après avoir été domptée par l’Homo Economicus. Il se pratiquait, en son temps, un droit de pontonage : pas moins de quatre péages assuraient des revenus confortables à la châtellenie des comtes de Savoie.

Un bras d’eau à double sens
Un phénomène naturel rare auréole de mystère le canal de Savières. Tout comme le temps s’écoule sans emprise sur Chanaz, le courant peut inverser sa course au gré des intempéries. Le canal prend sa source au lac du Bourget pour se jeter dans le Rhône : il arrive que son débit reflue lorsque ce dernier entre en crue. Une écluse du XIXe siècle et le barrage de Lavours canalisent ce jeu de balancier et facilitent la navigation.
Cet héritage qui fonde Chanaz, s’accompagne d’un patrimoine préservé : le moulin à huile (voir encadré), l’ancien fort, le four à pain et l’église Sainte-Appolonie, auréolé du label Petite Cité de caractère… Il en faut, du tempérament, pour apprivoiser les éléments et en extraire une identité forte. Celle-ci s’exprime jusque dans les commerces, ambassadeurs d’une agriculture et d’un artisanat local marqué…
La Sale Gosse, péniche rouge vif fabriquée en Bretagne (300 000 € d’investissement privé) et amarrée depuis 2021 à Chanaz, se visite comme un sanctuaire dédié à l’abeille et au miel, où trône une authentique ruche en activité.
Autre concept original situé au cœur du village, dans une cave restaurée du XVe siècle : la boutique Terroir café. Sur ses étagères, Didier Cornetti étale des cafés verts de gamme supérieure qu’il a torréfiés et conditionnés dans son unité de production à Grésy-sur-Aix (1,2 M€ de CA).
Dans un autre registre, les hébergements écologiques sur pilotis du camping municipal Les Îlots de Chanaz ajoutent du pittoresque au tableau. De là, l’accès est direct vers un éventail très large d’activités pédestres, cyclistes – sur la ViaRhôna – et aquatiques… Enfin, les croisières en bateau-mouche remontent les aiguilles du temps, l’espace d’une ou deux heures de flottaison mémorable.

Un moulin à huile qui carbure à l’eau
Le moulin hydraulique de Chanaz a été édifié en 1868. Sa roue à augets d’origine a repris de l’activité dans les années 1990. Elle est mise en mouvement grâce aux eaux d’un ruisseau, le Biez. Classé aux Bâtiments de France, l’édifice a connu trois mouliniers locataires depuis sa restauration. Aujourd’hui, Sébastien Milley y travaille avec son épouse de mars à novembre. « J’écrase 8 tonnes de noix et 7 tonnes de noisettes chaque année », lance-t-il devant un public conquis.
« Notre huile de noix pressée à froid contient une grande quantité d’oméga 3. Quant à l’huile de noisette, elle est très rare. Nous ne sommes pas nombreux à posséder ce savoir-faire », vante-t-il. Les résidus de sa production servent à préparer des farines sans gluten, de la bière, une moutarde miel-noisette et des confitures.
Chanaz. Escale touristique incontournable de Savoie. Son centre historique contemple les eaux altières du canal de Savières, qui serpente à quelques mètres des façades. Gorgée d’eau en amont et en aval de son territoire, mais aussi d’est en ouest, la cité chautagnarde a gagné le surnom de Petite Venise de Savoie, allant jusqu’à assumer son rôle en organisant sa propre parade vénitienne chaque mois de mai.










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