En contacts réguliers avec les dirigeants d’entreprises, les professionnels du chiffre sont souvent les mieux placés pour les orienter quand pointent les difficultés.
« À la différence des autres acteurs qui interviennent plus en aval, quand les difficultés sont déjà présentes, nous côtoyons les chefs d’entreprise sinon au quotidien, au moins régulièrement, dans les projets, dans les bons et dans les mauvais moments. Nous sommes un peu le médecin généraliste, qui selon les cas, va orienter son patient vers le spécialiste ou vers le chirurgien », considère Hubert Masson, représentant départemental du Conseil régional de l’Ordre des experts-Comptables d’Auvergne-Rhône-Alpes (Croec).
Profitant de la signature d’une charte avec le Tribunal de commerce de Bourg-en-Bresse (lire l’encadré ci-dessous), l’Ordre organisait donc, avec la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Lyon-Riom, mardi 24 mars, une conférence sur la prévention.
On ne le répétera jamais assez : il ne faut pas attendre d’être en cessation des paiements pour appeler à l’aide. Dans cette période très chahutée pour l’économie, 68 700 défaillances ont été enregistrées en France, en 2025, dont quelque 45 000 liquidations judiciaires (LJ), 22 000 redressements (RJ) et 1 500 sauvegardes.
Or, comme l’a rappelé Jean-Baptiste Audras, administrateur judiciaire, « il existe des procédures de prévention confidentielles qui offrent un cadre sécurisé pour discuter avec ses principaux partenaires, les banques, l’État… et obtenir des gels ou des étalements de créances ».
Mandats ad hoc et conciliations, comme on les appelle, sont efficaces. L’on en a enregistré 9 000, en France, l’année dernière. Et ces procédures portent leurs fruits dans 70 à 80 % des cas. À titre de comparaison, pour les sauvegardes, c’est seulement 60 %. Et si 30 % des RJ aboutissent à un plan de continuation, seuls 12 % desdits plans sont menés jusqu’à leur terme.
« Quand face aux difficultés, le dirigeant perd sa lucidité, c’est là que votre rôle d’expert-comptable prend tout son sens », a considéré François Desprat, président d’honneur du Conseil national des administrateurs judiciaires et mandataires judiciaires (CNAJMJ). « N’hésitez pas à nous trouver pour un diagnostic, savoir quel est l’outil le plus adapté à la situation de votre client. »
Le président du Tribunal de commerce de Bourg-en-Bresse, Éric Defond, n’est lui-même pas avare de ses avis. « Nous devons dédiaboliser l’image du Tribunal. Quand nous convoquons un chef d’entreprise, il arrive terrorisé et ressort soulagé. Sur dix que j’ai reçus hier, la moitié est repartie avec un vrai plan pour redresser sa situation. Ma porte est toujours ouverte. » Que les dirigeants se le tiennent pour dit !
Un travail de longue haleine
Les représentants du Tribunal de commerce de Bourg-en-Bresse, des administrateurs judiciaires et des mandataires judiciaires, du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables (Croec) et de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes ont signé, ce mardi 24 mars à Bourg-en-Bresse, une charte visant à mieux coordonner leur action pour la prévention des difficultés, agir de manière plus fluide pour aider les dirigeants dont les entreprises sont à la peine.
Pour Hubert Masson, représentant départemental du Croec, cette signature est le fruit de cinq ans de travail, pour accorder ces différents acteurs.

Sébastien Jacquart








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