Chaque jour, l’an dernier, plus de vingt dirigeants – femmes et hommes –, se sont retrouvés sans emploi en Auvergne-Rhône-Alpes. Soit plus de 7 000 au total. Si leur nombre se stabilise, ce niveau reste très élevé, confirmant de fortes tensions économiques.
Le nombre de chefs d’entreprise ayant perdu leur emploi en 2025 s’élève à 7 354 en Auvergne-Rhône-Alpes (contre 61 459 en France) et semble enfin se stabiliser, par rapport à l’année précédente (-0,1 %), « même si, pour la deuxième année consécutive, plus de 7 000 dirigeants sont concernés », dévoile l’observatoire de l’emploi des entrepreneurs réalisé par l’association GSC et Altares et publié le 17 mars. Il fait suite à trois années de hausse continue : +15,7 % en 2024, +38,7 % en 2023 et +39,6 % en 2022.
Toutefois, pour Hervé Kermarrec, président de GSC : « Cette apparente stabilisation ne doit en aucun cas nous rassurer : nous restons à un niveau inédit de pertes d’emploi entrepreneurial. Le contexte économique demeure fortement dégradé, marqué par une croissance atone, des tensions géopolitiques persistantes et une instabilité politique durable. »
Situations contrastées
Cette sinistralité varie fortement en fonction des secteurs d’activité, des zones géographiques, de la taille des entreprises et de l’âge des dirigeants.
Ainsi, si l’on raisonne par département (huit au total en Aura), le Rhône est le plus impacté, avec 2 065 chefs d’entreprise ayant cessé leur activité (+3,8 % par rapport à N-1), suivi de l’Isère (1 188, +9,1 %). Toutefois, trois départements limitent la casse, affichant une baisse des pertes d’emploi supérieure à 10 %, parmi lesquels la Haute-Savoie, avec 623 dirigeants concernés, soit -15,8 %, et la Savoie avec 428, soit -12,8 %. L’Ain, lui, enregistre -6,7 % avec 555 patrons déchus.

Quant aux secteurs d’activité, celui de la construction présente des chiffres en légère amélioration, indiquant une baisse de 9,6 % des pertes d’emploi (1 882 entreprises) suite à plusieurs années de forte dégradation. Autre secteur touché : les professionnels de l’immobilier, qui relèvent la tête (-49,8 %), après avoir été durement frappés par le ralentissement du marché, post-covid.
Le commerce, pour sa part, montre une quasi-stabilisation (-0,3 %, 1 572 pertes d’emploi), tandis que, dans le commerce de détail, la situation demeure tendue (-9 %). Côté hébergement, restauration et débits de boissons, ce n’est pas la panacée, avec une hausse marquée de 8,8 % (1 148 entrepreneurs concernés). C’est dans la restauration, qu’ils sont les plus nombreux (901, +11,2 %). Elle concentre, à elle seule, huit chômeurs sur dix.
Les services aux entreprises et le secteur de l’industrie restent aussi sous pression, avec respectivement +8,9 % (955 dirigeants) et +7,8 % (537). À l’inverse, les activités d’assurance et financières résistent plutôt bien (-6,8 %).

Les TPE plus vulnérables
La taille des entreprises influe également, puisque plus de sept entrepreneurs nouvellement sans emploi sur dix dirigeaient une structure de moins de trois salariés (soit 5 180). Ces très petites entreprises accumulent les difficultés : manque de trésorerie, vulnérabilité face aux impayés ou aux bouleversements de marché.
Enfin, l’âge médian des dirigeants est aussi un marqueur. En Auvergne-Rhône-Alpes, il diminue légèrement, passant de 46,3 ans en 2024 à 46,1 ans en 2025. Pour Hervé Kermarrec, de la GSC, l’année 2026 sera déterminante.
Un avis que partage aussi Thierry Millon, chez Altares : « Le début de l’année ne laisse guère de répit : 6 400 défaillances ont été enregistrées rien qu’en janvier, là encore un record », ajoutant que « les cinq dernières années d’instabilité économique permanente ont fini par épuiser les ressources morales et financières de nombreux dirigeants ».
Reste le droit à la seconde chance, qui constitue un enjeu essentiel, humain autant qu’économique.
Patricia Rey
Photo Une : delila – stock.adobe.com









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