Suisse : les réseaux thermiques pour sortir du tout-fossile ?

par | 8 Avr 2026

Les réseaux thermiques structurants (RTS) ont pour objectif de chauffer et rafraîchir les bâtiments genevois avec une énergie locale et renouvelable grâce à 250 kilomètres de galeries souterraines. GeniLac, le plus important réseau hydrothermique de Suisse romande, illustre cette évolution énergétique en termes de capacité et de portée urbaine.

Selon des statistiques de l’Office fédéral de la statistique, 52 % des bâtiments à usage d’habitation étaient chauffés aux énergies fossiles en 2024, soit environ 35 % au mazout et 17 % au gaz. Avec environ 70 % des bâtiments équipés de chauffages au gaz ou au fioul, Genève se classe en tête avec Neuchâtel des cantons les plus utilisateurs de combustibles fossiles pour le chauffage résidentiel et non résidentiel.

Dans une volonté de sortir de la dépendance aux énergies fossiles et de réduire les émissions de CO2, les RTS repensent le chauffage et la climatisation urbains. En centralisant l’énergie renouvelable pour plusieurs bâtiments, ils offrent un approvisionnement fiable, optimisent l’efficacité énergétique et stimulent l’innovation locale.

C’est dans ce contexte que s’inscrivent, à Genève, les deux réseaux qui composent les RTS. GeniTerre fournit de la chaleur, GeniLac produit du froid et, dans certains cas, du chauffage. Ensemble, ils doivent permettre de réduire fortement l’usage du mazout et du gaz dans la région.

GeniTerre : le cœur du dispositif

Ce réseau transporte de l’eau chaude à une température moyenne de 110 degrés dans des conduites souterraines. Il fournit déjà du chauffage à environ 100 000 habitants du canton de Genève. Son développement est assuré par les Services industriels de Genève (SIG), selon les objectifs fixés par le Plan directeur de l’énergie. D’ici à 2030, 80 % de la chaleur devra provenir de sources renouvelables ou de récupération.

Aujourd’hui, GeniTerre fonctionne déjà à 60 % avec des énergies renouvelables. Une partie de la chaleur provient des data centers, qui dégagent beaucoup d’énergie, et de la récupération de chaleur provenant de l’incinération des déchets aux Cheneviers. « Pour que les fours restent à une température constante de 900 degrés, il faut un bon mélange de déchets », explique Virginie Perret, directrice de la Valorisation des déchets aux SIG. Les déchets très humides, comme le gazon ou les épluchures, freinent la combustion.

« Les restes de repas devraient être mis dans la petite poubelle verte », rappelle-t-elle. Les SIG doivent maintenant relever deux défis. Le premier est d’étendre le réseau GeniTerre pour desservir davantage de quartiers et de communes. Le second est de rendre la chaleur encore plus propre. « Nous allons développer la géothermie et récupérer la chaleur des eaux usées à la STEP d’Aïre, explique Cliff Moesching, directeur exécutif en charge de la Thermique, de l’eau potable et du gaz aux SIG.

« Ce projet permettra d’éviter 50 000 tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent des émissions de 25 000 voitures parcourant 10 000 kilomètres par an. » Les réseaux thermiques structurants peuvent être comparés à des autoroutes de l’énergie. Mais comme pour les routes, il faut aussi des raccordements jusqu’aux bâtiments. Dans les zones concernées, les propriétaires ont l’obligation de se raccorder à GeniTerre lorsqu’ils remplacent une chaudière au mazout ou au gaz.

Le lac Léman comme source de froid renouvelable

En complément, GeniLac est dédié au refroidissement. Long de 30 kilomètres et entièrement souterrain, il s’agit du plus grand réseau hydrothermique jamais construit à Genève. Il puise l’eau du Léman à 45 mètres de profondeur, où la température est stable à 7 degrés. Ce système remplace les climatiseurs classiques, très gourmands en électricité. De plus, grâce à des pompes à chaleur installées dans les bâtiments, GeniLac peut aussi produire du chauffage.

Le réseau fonctionne avec une électricité 100 % renouvelable. Il permet de réduire de 80 % la consommation électrique liée à la climatisation et de 80 % les émissions de CO2 pour le chauffage. À l’horizon 2050, lorsque 350 bâtiments seront raccordés, GeniLac permettra d’économiser 70 GWh d’électricité par an, soit la consommation de 27 000 ménages, tout en évitant 70 000 tonnes de gaz à effet de serre chaque année, soit l’équivalent des émissions annuelles de 7 000 habitants de Genève.

Annecy : un réseau lacustre innovant

Depuis 2023, le réseau “ali énergie” alimente l’écoquartier des Trésums, à Annecy, soit plus de 500 logements et un hôtel. Développé par Idex, il s’agit du premier réseau de chaleur et de froid lacustre de France. L’eau est prélevée à 20 mètres de profondeur, où la température reste stable autour de 7 °C, puis valorisée via des pompes à chaleur. Le dispositif couvre jusqu’à 95 % des besoins en chauffage et eau chaude sanitaire, réduit significativement la consommation d’énergie fossile et les émissions de CO2, et illustre une approche innovante et durable d’urbanisme énergétique.


Odile Habel


Cet article est issu de notre magazine L’Extension Printemps 2026, disponible gratuitement au format liseuse en ligne.

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