Clos Réserve veut créer un « petit empire » du vin en Savoie

par | 15 juillet 2026 à 9H30

Après les rachats coup sur coup de Maison Viallet et du Domaine Perrier en 2025, Guy Chifflot à la tête de Clos Réserve signe l’acquisition, le 30 juin, de la SAS Jean Perrier & Fils à Porte-de-Savoie.

Guy Chifflot, industriel lyonnais de 85 ans et ancien patron d’Orapi (229 M€ de CA, 1 200 salariés) spécialiste de l’hygiène professionnelle, a ce que l’on appelle « du nez « . Un an après avoir investi, il compte déjà à son actif cinq domaines viticoles savoyards et revendique 30 à 35 % des vins de Savoie. Tout commence, le 30 juin 2025, avec la reprise de Maison Viallet (propriétaire des domaines René Quenard, Bouvet et Pierre Boniface), dont il détient 80 % des parts.

L’entreprise savoyarde était en redressement judiciaire, en raison de lourds investissements et d’un contexte économique compliqué qui l’avaient fragilisée. « J’ai proposé un plan de continuation qui intégrait les 43 salariés », explique Guy Chifflot. Et le PDG de Clos Réserve de confier : « Après avoir cédé mon groupe en 2023, je ne pouvais quand même pas rester sans rien faire ». Sans être issu du monde viticole, il a très vite perçu le potentiel de ces vins, conseillé par des professionnels : « les blancs, les rouges mais aussi les crémants ont beaucoup gagné en qualité ».

Avec Maison Viallet (CA 2024 : 15 M€), premier négociant et exportateur de vins de Savoie, il mise sur une montée en gamme. À Apremont où elle est située, l’entreprise familiale, codirigée par Philippe Viallet (20 % du capital) depuis 1984, possède 112 hectares de vignes, une maison de négoce, « et surtout un outil de production entièrement automatisé, ainsi qu’une ligne de conditionnement ultra-sophistiquée (3 M€ d’investissements) », assure Guy Chifflot. De quoi augmenter la cadence si nécessaire. « Et c’est sans compter notre production annuelle qui s’élève à 2 millions de bouteilles », souligne Philippe Viallet, cogérant des structures viticoles au côté de Guy Chifflot.

Dans la foulée, fin décembre, l’homme d’affaires reprend au tribunal le domaine viticole Perrier, en dépôt de bilan. Soit 52 ha dans la Combe de Savoie, avec une production de 400 000 bouteilles (14 crus). Six mois plus tard, le 30 juin 2026, il acquiert la structure commerciale SAS Jean Perrier & Fils (CA 2025 : 6,4 M€, 20 employés), créée par Jean Perrier en 1947, et dirigée depuis 2023 par son petit-fils Gilles.

Le siège de la SAS Jean Perrier & Fils est située sur la commune Les Marches (Porte-de-Savoie) – crédit Jean Perrier & Fils

Créer un groupe pérenne

« C’est alors que j’ai décidé de regrouper les deux entités sous l’appellation Clos Réserve », précise-t-il. L’ensemble exploite désormais 164 ha, « capables de produire 1 million de litres par an », calcule Guy Chifflot, en bon gestionnaire. En 2026, 3,5 millions de bouteilles seront mises sur le marché, sur les 10 millions que commercialiseraient les Vins de Savoie.

En 2025, Clos Réserve (siège à Apremont) affiche un chiffre d’affaires consolidé de 17 M€ (13 % à l’export), avec un objectif de 25 M€ à trois ans. « Nous visons 50 % du marché des Vins de Savoie », ambitionne le propriétaire, qui annonce des croissances externes. Pour y parvenir, il a également rationnalisé les coûts et s’est structuré par métiers et produits afin de renforcer sa présence dans les hypermarchés ; les cafés, hôtels, restaurants (CHR) et les marques de distributeurs (MDD).

« Viallet est très tournée vers la grande distribution alors que Perrier fournit la restauration », dit-il. Il entend aussi étendre la distribution au-delà de l’arc alpin (où sont écoulés 70 % des vins de Savoie) en Auvergne-Rhône-Alpes, puis en France, avant d’accélérer à l’export. Le groupe a créé récemment un réseau de télévendeurs et investit dans un site en ligne La Cave Idéale, où seront proposés tous les vins de Savoie et d’autres appellations françaises, pour booster les ventes.

Un GFA pour sécuriser le foncier viticole

Enfin, l’homme d’affaires qui réfléchit à long terme a lancé, le 8 juillet, le Groupement foncier agricole (GFA) de la Fruitière des vignerons des terroirs de Savoie avec la coopérative Sica du même nom (43 producteurs adhérents, 300 ha de vignes) pour sécuriser le foncier viticole. « Pour devenir copropriétaire de vignobles, le ticket d’entrée est de 5 000 € (cinq parts sociales à 1 000 €) , en contrepartie, les associés seront rémunérés en bouteilles de vin », précise le gérant de la Sica, Guillaume Durand, en quête d’investisseurs.


Patricia Rey
Photo Une : Guy Chifflot au milieu des vignes de Maison Viallet – crédit Clos Réserve


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