Des deux côtés de la frontière, le financement de l’audiovisuel public a longtemps reposé sur une redevance liée à la détention d’un téléviseur. Un système remis en cause face aux nouveaux usages numériques et aux mutations des modes de consommation.
Supprimée en France en 2022, la redevance TV en Suisse a été confirmée par le peuple lors de votations en 2024.
Suisse : la redevance se maintient
Le financement de la radio publique suisse s’installe dès les années 1930 avec la structuration des premières émissions nationales. L’arrivée de la télévision dans les années 1950 étend ce dispositif, fondé à l’origine sur la détention d’un poste radio ou d’un téléviseur. Dans ce système, chaque foyer équipé s’acquitte d’une contribution annuelle, qui reste pendant des décennies la principale source de financement du service public audiovisuel.
Au fil du temps, le montant évolue progressivement. À la fin du XXe siècle et au début des années 2000, la redevance liée aux appareils atteint un niveau d’environ 450 francs suisses par an. Elle finance alors principalement la SSR ainsi que ses missions de service public dans les différentes régions linguistiques du pays. L’entreprise privée Billag collecte alors la redevance radio et télévision pour le compte de la Confédération.
Contestations et votations
Or, au fil du temps, ce modèle est de plus en plus remis en cause. Le débat est ravivé notamment par l’initiative populaire “No Billag”, soumise au vote le 4 mars 2018 et rejetée par 71,6 % des votants. L’initiative visait à supprimer entièrement la redevance et à mettre fin au financement public de l’audiovisuel. Ce rejet massif ne clôt pas la controverse, mais marque un tournant politique important, en renforçant la pression sur le système existant et en relançant la question de son mode de financement dans un contexte de transformation des usages médiatiques.
Le système est profondément réorganisé en 2019 avec le remplacement de l’entreprise Billag par Serafe et une évolution de la logique de perception de la taxe. La redevance n’est plus liée à la possession d’un appareil, mais devient une contribution obligatoire pour l’ensemble des ménages, fixée à 335 francs suisses par an. Cependant, avant ce changement, la redevance était déjà exigible dès lors qu’un ménage disposait d’un équipement capable de recevoir des programmes, les possibilités d’exemption restant très limitées en pratique, y compris en l’absence déclarée de télévision ou de radio.
En juin 2024, le débat sur le financement de l’audiovisuel public a été relancé par l’initiative populaire intitulée “200 francs, ça suffit !”, visant à plafonner la redevance à 200 francs par an et à réduire significativement le périmètre du financement de la SSR. L’initiative a toutefois été rejetée par 64,4 % des votants, avec un refus plus marqué en Suisse romande que dans certaines régions alémaniques, où le soutien était légèrement plus élevé.

France : disparition après 90 ans d’existence
L’histoire de la redevance audiovisuelle débute avec la radio ! Dans les années 30, le poste TSF s’impose largement dans les foyers français et, en 1933, la redevance audiovisuelle est instituée avec un double objectif : financer le développement de la radiodiffusion publique et l’exploitation des équipements. Mais, après la Deuxième Guerre mondiale, l’immense essor de la télévision transforme cet impôt.
Au début des années 1950, la redevance, de l’ordre de 3 000 anciens francs, soit l’équivalent d’une centaine d’euros actuels, accompagne l’entrée progressive de la télévision dans les foyers français où elle devient assez vite un objet central de la vie domestique. Le montant de la redevance augmente progressivement au rythme de la démocratisation du téléviseur couleur et du développement des chaînes nationales. La contribution finance l’ORTF, puis, après son éclatement en 1974, les différentes entités publiques : France Télévisions, Radio France, l’INA ou encore Arte.
À son apogée, la redevance apparaît comme le pilier d’un modèle français fondé sur un service public fort, relativement protégé des pressions commerciales. Au début des années 2000, la taxe est d’environ 100 à 116 euros. Mais elle est aussi de plus en plus contestée en raison notamment du développement des usages numériques. Beaucoup de Français regardent désormais les programmes sur ordinateur, tablette ou smartphone, sans forcément posséder de téléviseur. La taxe, adossée à la taxe d’habitation, est alors jugée de plus en plus obsolète.
De la contestation à la suppression
En 2009, la réforme de l’audiovisuel public engagée sous Nicolas Sarkozy marque un tournant. La publicité est supprimée après 20 heures sur les chaînes publiques, renforçant la dépendance au financement public. Dans le même temps, le montant de la redevance continue de progresser pour atteindre 138 euros en métropole. La question devient hautement politique. Pour ses défenseurs, la contribution garantit l’indépendance éditoriale de l’audiovisuel public face au pouvoir et aux annonceurs.
Pour ses opposants, elle constitue un impôt injuste, payé indistinctement par des foyers aux usages très différents. En 2022, Emmanuel Macron décide sa suppression dans le cadre des mesures sur le pouvoir d’achat. Le gouvernement estime alors que la disparition de la taxe représente une économie immédiate pour près de 28 millions de foyers. La contribution à l’audiovisuel public disparaît officiellement à l’automne de la même année. Depuis, le financement de l’audiovisuel public repose sur une fraction de la TVA affectée à l’État.

Odile Habel
Photo à la une de Kevin Woblick sur Unsplash
Cet article est issu de notre magazine L’Extension Été 2026, disponible gratuitement au format liseuse en ligne >









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