Les refuges de Tête Rousse et du Goûter sont fermés depuis ce mardi 11 août en raison des chutes de pierres dans le couloir du Goûter. Une décision qui neutralise le principal accès estival au Mont-Blanc, alors que les autres itinéraires français sont eux aussi devenus difficilement exploitables. Pour les guides, le manque à gagner peut être conséquent. Avec, en marge du marché légal, le risque de voir prospérer des offres beaucoup moins regardantes sur les conditions de sécurité.
Le maire de Saint-Gervais, Jean-Marc Peillex, a ordonné mardi 11 août la fermeture des refuges de Tête Rousse et du Goûter, ainsi que de leurs locaux d’hiver. L’arrêté municipal est entré en vigueur à 14 heures et restera applicable jusqu’à une décision administrative de réouverture. La commune invoque, à juste titre, les fortes chaleurs, l’absence de précipitations et la fonte continue du pergélisol, à l’origine d’importantes chutes de pierres, notamment dans le couloir du Goûter.
La situation était déjà suffisamment dégradée ces dernières semaines pour que les compagnies des guides de Saint-Gervais-Les Contamines et de Chamonix suspendent leurs ascensions du Mont-Blanc. La commune appelle également les alpinistes autonomes à renoncer. Des éboulements importants ont notamment été observés le 6 août dans le secteur.

Des solutions de repli plus que limitées
La fermeture intervient dans une saison déjà compliquée sur les autres grands itinéraires français. La traversée des Trois Monts, par le Tacul et le Maudit, avait été signalée comme non praticable après l’effondrement d’un pont de neige début juillet. Elle comporte par ailleurs des zones durablement exposées aux chutes de séracs et aux avalanches.
La voie historique des Grands Mulets ne constitue guère davantage une solution de repli en plein été. La Chamoniarde rappelle qu’elle est désormais « très peu fréquentée » à cette période en raison d’un glacier très tourmenté et d’une exposition importante aux chutes de séracs à la Jonction et sur les Plateaux. Elle est principalement devenue un itinéraire de ski de printemps. Le refuge des Grands Mulets n’est d’ailleurs plus gardé depuis le 31 juillet. En pratique, c’est donc l’essentiel de l’offre commerciale française d’ascension du Mont-Blanc qui se trouve momentanément paralysée.
Côté italien, la situation n’offre guère davantage de solutions. Le refuge Gonella est fermé depuis le 24 juillet et la voie normale italienne était déjà fortement dégradée, notamment sur le glacier du Dôme, très crevassé. L’itinéraire par l’arête des Aiguilles Grises peut offrir, selon les conditions, une variante plus rocheuse, mais il s’agit d’une course nettement plus engagée et qui ne constitue pas une solution de repli comparable à la voie normale du Goûter.

Plusieurs milliers d’euros par client
L’enjeu est également économique. Le Mont-Blanc demeure l’un des produits les plus valorisés des compagnies et guides indépendants de la vallée. Les programmes commercialisés en 2026 se situent couramment à plusieurs milliers d’euros par personne : la Compagnie des guides de Chamonix affiche par exemple son programme de cinq jours à 2 580 euros par participant, pour une cordée de deux clients, tandis que celle de Saint-Gervais-Les Contamines propose différents stages et ascensions entre environ 2 400 et 3 800 euros. Ces sommes comprennent cependant l’encadrement mais aussi, selon les formules, refuges, remontées mécaniques et autres prestations : elles ne correspondent donc pas au revenu net du guide.
Une interruption de plusieurs semaines en juillet ou en août peut néanmoins peser lourd dans une activité très saisonnière. Les compagnies tentent de limiter l’impact en proposant d’autres sommets. À Chamonix, les conditions de vente du programme Mont-Blanc prévoient explicitement un « plan B », comme le Grand Paradis ou le mont Rose, lorsque les conditions rendent le sommet inaccessible. Mais pour les guides indépendants comme pour les structures dont la clientèle vient spécifiquement pour le toit des Alpes, toutes les réservations ne sont pas nécessairement transférables.
Le risque des « guides marrons »
Cette tension commerciale pose enfin une autre question : celle des « guides marrons », ces personnes qui encadrent des clients contre rémunération sans disposer des qualifications leur permettant légalement de le faire. Le phénomène n’est pas nouveau au Mont-Blanc. La gendarmerie a déjà documenté des contrôles de faux guides dans le massif, certains usurpant le titre pour vendre leurs services à des alpinistes étrangers.
En France, l’encadrement rémunéré en haute montagne est une profession réglementée : le diplôme d’État de guide de haute montagne donne notamment le droit de conduire des clients en rocher, neige, glace et terrain mixte, et l’exercice professionnel suppose une déclaration et une carte professionnelle valides. Exercer contre rémunération sans la qualification requise est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
Dans un contexte où les professionnels établis renoncent précisément parce qu’ils jugent le risque excessif, des opérateurs clandestins peuvent être tentés de répondre à une clientèle venue parfois de loin et prête à payer pour atteindre malgré tout le sommet. Même si rien ne permet, à ce stade, d’affirmer que le phénomène va augmenter avec la fermeture des refuges, l’histoire récente du Mont-Blanc montre qu’il ne s’agit pas d’un risque théorique.
Et lorsque les itinéraires se dégradent, la différence entre un professionnel qui renonce à une course et celui qui promet le sommet à tout prix devient aussi une question de sécurité.
Crédit photo à la une : https://www.saintgervais.com/mairie/actualites/fermeture-des-refuges-de-tete-rousse-et-du-gouter/
Cet article a été rédigé avec l’appui d’un outil d’intelligence artificielle générative, à partir des données collectées par ECO Savoie Mont Blanc.








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