Incendies : les forêts des deux Savoie face à un risque émergent

par | 13 août 2026 à 9H00

Longtemps relativement épargnées, la Savoie et la Haute-Savoie voient progresser, sous l’effet du dérèglement climatique, les conditions favorables aux incendies. Sans atteindre le niveau d’exposition du pourtour méditerranéen ou des Landes, ces feux peuvent avoir de lourdes conséquences dans des territoires de montagne : routes coupées, activité touristique perturbée, entreprises isolées et services publics fortement mobilisés.

L’incendie du Planay (photo ci-dessus), en Savoie, a constitué un sérieux avertissement. Déclenché par la foudre le 24 juin 2026, sur les pentes de la Tour du Merle, le feu s’est réactivé sous l’effet du vent avant de parcourir environ 70 hectares. La forte déclivité, l’absence d’accès carrossables et l’instabilité du terrain ont considérablement compliqué l’intervention. Un sapeur-pompier volontaire de 22 ans, Baptiste Gerfaud-Valentin, a perdu la vie après avoir été frappé par un bloc rocheux.

La fragilisation de la falaise située au-dessus de la RD 915 a également entraîné la fermeture de l’unique route desservant Pralognan-la-Vanoise. Près de 5 000 habitants et touristes se sont retrouvés temporairement isolés. Bien que limitée en superficie par rapport aux incendies de plusieurs milliers d’hectares observés dans le sud de la France, la catastrophe a ainsi produit des conséquences importantes à l’échelle de la vallée.

D’autres épisodes avaient déjà marqué les deux départements. En août 2003, environ 85 hectares de forêt avaient brûlé à Champagny-en-Vanoise après un impact de foudre. À Bozel, un feu avait parcouru une douzaine d’hectares en juillet 2022. En Haute-Savoie, environ trois hectares avaient été touchés dans le Semnoz en août 2023.

Ces événements restent peu nombreux, mais montrent que les massifs alpins ne sont pas à l’abri d’incendies durables et difficiles à maîtriser.

Un risque encore inférieur à celui du sud de la France

La Savoie et la Haute-Savoie ne figurent pas parmi les départements français les plus exposés. Les surfaces brûlées y demeurent très inférieures à celles recensées dans le Var, l’Aude, les Bouches-du-Rhône, les Pyrénées-Orientales, la Corse, la Gironde ou les Landes.

Les données de l’Observatoire régional climat air énergie d’Auvergne-Rhône-Alpes confirment cet écart. Entre 1993 et 2022, le nombre moyen de jours pendant lesquels l’Indice forêt-météo dépassait le seuil de 20 s’établissait à 1,3 par an en Savoie et à 1,8 en Haute-Savoie. Sur la même période, il atteignait près de 16 jours dans la Loire, 26 dans le Rhône et 40 en Ardèche.

Mais ces moyennes départementales masquent une extension géographique de l’aléa. La part du territoire connaissant au moins vingt jours de risque élevé a fortement progressé depuis les années 1960, même si elle partait d’un niveau presque nul. Dans les Alpes du Nord, la saison propice aux incendies se serait déjà allongée d’environ une semaine en soixante ans, principalement à basse altitude.

Les températures plus élevées accélèrent l’assèchement des sols et de la végétation. La diminution de l’enneigement à basse et moyenne altitude, les sécheresses prolongées et le dépérissement de certains peuplements favorisent également l’accumulation de bois mort.

Dans 90% des cas, le départ de feu est directement provoqué par une activité humaine — mégot, travaux, barbecue ou brûlage. Mais l’influence humaine intervient aussi en amont : en provoquant le dérèglement climatique, elle rend la végétation plus sèche et inflammable, favorisant ainsi la propagation, l’intensité et la durée des incendies.

Des secteurs localement plus vulnérables

En Savoie, les massifs des Monts et du Mont Saint-Michel sont officiellement classés comme exposés au risque d’incendie. Le zonage concerne notamment Chambéry, Bassens, Saint-Alban-Leysse, Barby, Challes-les-Eaux, Curienne et Saint-Jeoire-Prieuré. Les versants secs et bien exposés de Maurienne, de Tarentaise et du bassin chambérien font également l’objet d’une attention croissante.

En Haute-Savoie, le Semnoz et le Salève sont identifiés parmi les massifs sensibles. Sur le Salève, des sols calcaires souvent superficiels, une forte fréquentation et le dépérissement de certains peuplements résineux renforcent la vulnérabilité. L’Arve aval, le Genevois et certains secteurs proches du Léman sont également intégrés au nouveau Plan départemental de protection des forêts contre les incendies, approuvé en mai 2026.

Le relief alpin constitue un facteur aggravant. Les pentes ralentissent l’accès des secours tout en accélérant parfois la propagation des flammes. Les moyens aériens peuvent être moins efficaces sous un couvert forestier dense ou dans des vallées encaissées.

Après le passage du feu, la disparition de la végétation et des systèmes racinaires peut en outre favoriser l’érosion, les chutes de pierres et les coulées de boue.

À Chambéry, les massifs des Monts et du Mont Saint-Michel sont officiellement classés comme exposés au risque d’incendie.

Des conséquences économiques bien au-delà de la forêt

Les impacts économiques d’un incendie alpin ne se mesurent donc pas uniquement au nombre d’hectares brûlés. La fermeture d’une route, d’un massif ou d’une vallée peut perturber l’activité des hébergeurs, restaurateurs, remontées mécaniques, guides, accompagnateurs, refuges, campings et entreprises de loisirs. Elle peut également compliquer les déplacements des salariés, les livraisons, les chantiers, l’exploitation forestière ou l’approvisionnement des commerces.

Au Planay, l’isolement temporaire de Pralognan-la-Vanoise, en pleine saison touristique, a nécessité des ravitaillements et des évacuations sanitaires par hélicoptère. Le Département a engagé en urgence la construction d’un ouvrage de protection de 300 mètres le long de la RD 915, pour un premier coût estimé à 400 000 euros, avant d’éventuels travaux de sécurisation complémentaires.

Pour les services publics, les dépenses peuvent rapidement s’accumuler : mobilisation prolongée du SDIS, moyens aériens, surveillance des foyers, fermeture et remise en état des routes, sécurisation des falaises, continuité des transports et des secours, nettoyage des terrains puis restauration des forêts.

La destruction d’une forêt de protection peut enfin imposer pendant plusieurs années des ouvrages artificiels coûteux pour sécuriser une route, un village ou des réseaux d’eau, d’électricité et de télécommunications.

Un risque appelé à progresser

À l’échelle nationale, les projections climatiques retiennent un doublement du nombre de jours à risque élevé d’ici à 2050, dans une France réchauffée d’environ 2,7 degrés par rapport à l’ère préindustrielle. La saison des feux devrait commencer plus tôt au printemps et se prolonger davantage en automne, tandis que les zones exposées progresseront vers le nord et en altitude.

Ces projections ne signifient pas que les deux Savoie connaîtront demain des incendies comparables, par leur fréquence, à ceux du pourtour méditerranéen ou de la forêt des Landes. Elles annoncent plutôt la multiplication de périodes ponctuelles pendant lesquelles un feu pourra prendre rapidement de l’ampleur.

Le principal danger pourrait ainsi venir moins de mégafeux récurrents que d’incendies frappant des secteurs particulièrement vulnérables : au-dessus d’une route unique, à proximité d’une agglomération, dans un massif très fréquenté ou au sein d’une forêt assurant la protection d’habitations et d’infrastructures.

Dans les territoires alpins, quelques dizaines d’hectares peuvent suffire à provoquer une crise majeure.


Sources : Observatoire régional climat air énergie d’Auvergne-Rhône-Alpes (ORCAE) ; Météo-France et portail Drias, Les futurs du climat ; Base de données sur les incendies de forêt en France (BDIFF) ; préfectures de la Savoie et de la Haute-Savoie ; ministère de l’Intérieur ; Office national des forêts (ONF) ; Centre national de la propriété forestière (CNPF) ; synthèse scientifique Forest Fires in the Alps – State of Knowledge, Future Challenges and Options for an Integrated Fire Management.


Crédit photo à la une : Jean-Christophe Bérard.
Cet article a été rédigé avec l’appui d’un outil d’intelligence artificielle générative, à partir des données collectées par ECO Savoie Mont Blanc.


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