Canicule en Savoie Mont Blanc : pourquoi la facture s’envole pour le BTP

par | 13 août 2026 à 13H53

Alors que la Savoie et la Haute-Savoie subissent un nouvel épisode caniculaire, les entreprises du bâtiment réorganisent leurs chantiers pour préserver leurs salariés et maintenir leur activité. Horaires décalés, pauses supplémentaires, baisse de productivité et arrêts de travail alourdissent cependant la facture d’un secteur particulièrement exposé.

Commencer avant que le soleil ne chauffe les façades, réserver les tâches les plus physiques aux premières heures de la journée, multiplier les pauses et reporter certaines opérations : sur les chantiers, les épisodes caniculaires modifient désormais en profondeur l’organisation du travail.

La Savoie et la Haute-Savoie sont placées en vigilance orange alors que Météo-France prévoit ce jeudi 13 août le pic de la vague de chaleur avec des températures de 37°C annoncées, à l’ombre. L’exposition directe au soleil et au rayonnement des surfaces minérales peut soumettre les ouvriers à une contrainte thermique comparable à plus de 45°C, tandis que certains matériaux dépassent 55°C. Pour aider les entreprises à adapter leurs horaires, les préfets des deux départements ont accordé des dérogations pendant les alertes orange ou rouge.

Les travaux peuvent débuter dès 6 heures et se poursuivre jusqu’à 22 heures du lundi au vendredi en Savoie. En Haute-Savoie, la plage autorisée s’étend de 6 heures à 21 heures.

Cette amplitude ne permet évidemment pas de faire travailler les salariés pendant quinze ou seize heures. Elle offre aux entreprises la possibilité de déplacer leurs heures d’activité vers les périodes les moins chaudes, malgré les règles habituelles encadrant les nuisances sonores.

5 jours de travail perdus en moyenne

Cette adaptation limite les risques sanitaires, mais ne compense pas entièrement la baisse d’activité. Une enquête réalisée par la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) auprès de plus de 2 200 entreprises montre que 91 % d’entre elles sont exposées aux épisodes de chaleur.

Plus de la moitié, 58 %, déclarent avoir subi des retards de chantier liés aux conditions climatiques. Les horaires de travail ont dû être décalés dans 55 % des entreprises, tandis que 53 % signalent de la fatigue, de la démotivation ou des arrêts de travail. Sept dirigeants sur dix ont déjà adapté les horaires de leurs équipes.

Sur l’ensemble de l’année 2025, les entreprises interrogées et capables de chiffrer leurs pertes font état d’une médiane de cinq jours de travail et de 4 800 euros de chiffre d’affaires, soit 2 % de leur activité. Cette extrapolation ne constitue toutefois pas une estimation nationale de la Capeb, l’enquête ne fournissant ni perte moyenne ni coût global consolidé.

Rapportée, à titre purement indicatif, aux quelque 620 000 entreprises artisanales du bâtiment recensées en France, cette somme approcherait 3 milliards d’euros.

Les métiers du gros œuvre, notamment la maçonnerie et le carrelage, figurent parmi les plus touchés. Le travail en toiture, la pose d’enrobés ou les interventions sur des surfaces minérales exposées au soleil peuvent également confronter les ouvriers à des températures très supérieures à celle de l’air ambiant.

Une addition qui dépasse les heures non travaillées

Pour les entreprises, la facture ne se limite pas aux journées interrompues. Il faut financer de l’eau fraîche, des protections contre le soleil, des vêtements ou équipements adaptés, aménager les zones de repos et parfois installer des ventilateurs, des brumisateurs ou des bases de vie rafraîchies.

Les horaires matinaux peuvent également désorganiser les livraisons de matériaux, la coordination entre les différents corps de métier et les relations avec les maîtres d’ouvrage. Lorsqu’une tâche est décalée, les interventions suivantes le sont parfois à leur tour. La perte de productivité peut ainsi se propager à l’ensemble du calendrier du chantier.

L’enjeu est particulièrement sensible en Savoie, où le BTP figure actuellement parmi les secteurs les plus dynamiques. Selon la dernière note de conjoncture d’Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises, l’activité est soutenue par la reprise de la construction de logements et de locaux professionnels, ainsi que par l’avancement du chantier du tunnel Lyon-Turin.

Des obligations renforcées pour les employeurs

Depuis le 1er juillet 2025, le Code du travail impose aux employeurs d’évaluer explicitement les risques liés aux épisodes de chaleur intense, en intérieur comme en extérieur. Ceux-ci doivent adapter les horaires et les postes, réduire autant que possible l’exposition, organiser des périodes de repos, fournir de l’eau potable fraîche et informer les salariés des symptômes pouvant annoncer un malaise.

Sur les chantiers dépourvus d’eau courante, au moins trois litres d’eau par jour et par travailleur doivent être mis à disposition. Le risque doit également apparaître dans le document unique d’évaluation des risques professionnels.

La réglementation ne fixe toutefois aucune température maximale au-delà de laquelle le travail serait automatiquement interrompu. La décision dépend de la température, de l’humidité, de l’exposition au soleil, de l’intensité de l’effort, des équipements portés et de l’état de santé des travailleurs.

La canicule reconnue comme une intempérie

Depuis juin 2024, la canicule peut ouvrir droit au régime de chômage intempéries du BTP. Un arrêt est éligible lorsque le chantier se trouve dans un département placé en vigilance orange ou rouge, entre le 1er juin et le 15 septembre, et que les conditions rendent le travail impossible ou dangereux.

La décision d’interrompre le chantier revient à l’employeur, après consultation du comité social et économique lorsqu’il existe. Sous certaines conditions, le salarié reçoit une indemnité correspondant à 75 % de son salaire horaire brut, versée par l’entreprise. Le régime géré par les caisses CIBTP en rembourse ensuite une partie, selon ses propres règles et coefficients.

Ce mécanisme mutualise une fraction de la perte salariale, mais ne couvre ni le chiffre d’affaires non réalisé, ni l’ensemble des frais fixes, ni les conséquences commerciales d’un retard. Les petites entreprises situées sous le seuil d’assujettissement aux cotisations intempéries doivent indemniser leurs salariés, sans nécessairement bénéficier d’un remboursement.

Quant aux éventuelles pénalités de retard, leur traitement dépend du contrat conclu avec le maître d’ouvrage. Une vigilance canicule ou un arrêt indemnisé par la CIBTP ne suffit pas systématiquement à exonérer l’entreprise. La reconnaissance d’un cas de force majeure ou d’une cause légitime de prolongation doit être appréciée selon les clauses du marché et les circonstances du chantier.

À mesure que les épisodes de chaleur gagnent en fréquence et en intensité, leur coût rejoint ainsi celui des intempéries historiquement redoutées par le bâtiment : gel, neige ou précipitations. Pour les entreprises du BTP, l’adaptation devient une condition de sécurité, mais aussi un nouvel élément à intégrer dans les prix, les délais et les contrats.


Sources : Météo-France ; arrêtés préfectoraux de la Savoie du 24 juin 2026 et de la Haute-Savoie du 27 juillet 2026 ; enquête nationale Capeb menée auprès de plus de 2 200 entreprises artisanales du bâtiment ; Service public Entreprendre ; CIBTP France ; OPPBTP ; note de conjoncture économique de la Savoie, Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises, juin 2026.


Cet article a été rédigé avec l’appui d’un outil d’intelligence artificielle générative, à partir des données collectées par ECO Savoie Mont Blanc.


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